Le Dénonciateur (Captain Carey, U.S.A.)

Le Dénonciateur (Captain Carey, U.S.A.)

Synopsis :

Trahi durant la seconde guerre mondiale, le capitaine Webster Carey, membre de l’O.S.S., retourne en Italie après la fin des hostilités pour se venger de celui qui l’a livré aux allemands et fait tuer son collègue Simmons.

Critique :

Heidi Huberta Freybe Loewengard, née au sein de l’Empire allemand en 1910 ou 1914, va savoir, fuit l’Allemagne nazie dès 1933 pour rejoindre la Grande-Bretagne avant de poser définitivement ses valises aux Etats-Unis en 1937. Cette femme de lettres, devenue citoyenne américaine l’année suivante, continue d’écrire dans sa langue maternelle sous le nom de Katrin Holland et ce jusqu’en 1939. A partir de 1942, elle signe Martha Albrand (du nom de son arrière grand-père) des romans désormais rédigé en anglais, langue qu’elle utilisera jusqu’à la fin de sa carrière. Rencontrant un beau succès public avec No Surrender, perçu comme un suspense, elle décide de persévérer dans le genre. After Midnight, publié en 1948 (Les Morts ne Parlent Plus aux éditions Presses de la Cité), sera son seul livre adapté au cinéma sous le titre Le Dénonciateur (Captain Carey, U.S.A.).

Acteur, Robert Thoeren fuit la montée du nazisme en Allemagne en 1933. Direction la France puis les Etats-Unis. Dès lors, il va se consacrer à l’écriture de scénarios pour les plus grands au premier rang desquels William Dieterle (Les Amants de Capri) et Joseph Losey (Le Rôdeur). Période faste que les années 50 pour le scénariste qui signera également l’adaptation du roman de Martha Albrand pour le compte de la Paramount Pictures et le réalisateur Mitchell Liesen. Ce dernier, costumier de formation puis chef décorateur, se lance dans la réalisation en 1933. Le Dénonciateur sera son unique incursion dans le film noir, sa filmographie penchant plutôt vers l’aventure et la comédie romantique. Il sera assisté pour l’occasion de Gerd Oswald (Le Jour le Plus Long) qui signera quelques années plus tard Baiser Mortel (A Kiss Before Dying) avec Robert Wagner, adaptation du roman La Couronne de Cuivre d’Ira Levin (Un Bébé pour Rosemary). La photographie est confiée à John F. Seitz (Boulevard du Crépuscule) quand Alma Macrorie (Mais qui a Tué Harry ?) se charge du montage.

Le film noir a toujours été un formidable révélateur du stress post traumatique dont souffraient les vétérans de la seconde guerre mondiale. Le Dahlia Bleu de George Marshall et On ne Joue pas avec le Crime de Phil Karlson en sont de parfaits exemples. Cet aspect de l’intrigue insufflait une certaine profondeur à ces longs-métrages et leur permettait de se différencier du tout-venant. Le Dénonciateur fait le choix d’ignorer cette souffrance dans le but évident de ne pas plomber une entreprise qui se veut avant tout divertissante. Notre héros n’est pas du genre à se laisser abattre par une blessure par balle, par une déportation et par la perte de sa bien-aimée. Seul son égo en a pris un coup. La trahison ne passe pas. Alors, lorsqu’il tombe par hasard sur un tableau tout droit sorti de son passé guerrier, son sang ne fait qu’un tour. Direction l’Italie pour identifier le vendeur de l’œuvre. Vendeur qui ne saurait être que celui qui l’a vendu, lui, le soldat américain spécialisé dans le renseignement.

Mais si notre Captain Carey semble s’en être sorti à moindre frais, il en est tout autrement de la population italienne. Mitchell Liesen n’oublie pas que les civils sont toujours les premières victimes des conflits armés. Et il tient à le démontrer. En guise de représailles, les soldats allemands ont investi la bourgade proche de la villa qui servait de base arrière aux soldats américains et fusillé vingt-sept des villageois. Mais la vengeance n’est pas du seul fait de l’Occupant. Livré à la vindicte populaire, l’homme qui aidait les américains a été pendu par ses propres voisins. La guerre est finie mais les rancœurs toujours présentes. Notre vétéran va l’apprendre à ses dépends. Les regards se détournent sur son passage. Les silhouettes s’évaporent. Et il faudra l’intervention d’une notable pour lui éviter la lapidation. On l’aura compris, Le Dénonciateur est un film de vengeance. C’est là son intérêt principal. L’intrigue, cousue de fil blanc malgré de nombreuses péripéties, ne présente finalement que peu d’intérêt tout comme le « coup de théâtre », un peu vain. La longue confrontation finale dans les sous-sols de la villa, sur les lieux même de la trahison, relève quelque peu le niveau d’un scénario qui obéit benoitement aux codes du genre.

Pourtant le charme agit. Et on le doit à … Mitchell Liesen. Pas en tant que réalisateur, même s’il nous livre un travail honnête, mais en tant que chef décorateur de formation. Son Italie de carte postale, toute droit sortie des studios Paramount, participe grandement à ce que les spectateurs se sentent dépaysés et impliqués dans l’intrigue. Mais si les décors semblent correspondre à une certaine Italie, il en est tout autrement de la tenue des deux membres de l’OSS (pour Office of Strategic Service) en début de métrage. Comment imaginer des membres de cette agence de renseignements, fondée en 1942 et disparue en 45 au profit de la CIA, se balader en territoire occupé dans leur uniforme de soldats américains ? Alan Ladd aurait dû le faire remarquer, lui qui a déjà incarné l’un de ses membres dans Les Héros de l’Ombre (O.S.S.)…

Le film repose intégralement sur les épaules du valeureux Alan Ladd (Lutte sans Merci). Si Le Dénonciateur est loin d’être son meilleur film, on lui préférera par exemple La Clé de Verre, voilà une nouvelle occasion pour la star de livrer une solide prestation. Difficile d’exister face à une telle omniprésence. Le reste du casting en paye le prix et ne fait que lui donner la réplique. L’alchimie entre la star et Wanda Hendrix (Et Tournent les Chevaux de Bois) ne fonctionne pas. N’est pas Veronica Lake qui veut. Francis Lederer (Les Aveux d’un Espion Nazi), Celia Lovski (Enquête à Chicago, Airport), Angela Clarke (Outrage), Joseph Calleia (Gilda) font le job avec professionnalisme.

Le Dénonciateur se verra récompensé par un Oscar en 1951. Non pour sa réalisation, son scénario, son montage ou sa réalisation mais pour sa chanson originale, Mona Lisa, signée Ray Evans (Bonanza) et Jay Livingston. Chanson qui sera reprise par un certain Hitchcock pour Fenêtre sur Cour. Le duo récidivera en 1957, récompense à la clé, avec Whatever Will Be, Will Be pour L’Homme qui en Savait Trop.

Le Dénonciateur, sans révolutionner le genre, se révèle suffisamment divertissant et agréable à regarder pour se laisser suivre avec intérêt. Aucune raison donc de s’en priver, d’autant plus que l’édition blu-ray signée Sidonis Calysta est de toute beauté.

Edition blu-ray :

Sidonis Calysta nous permet de (re)découvrir Le Dénonciateur dans des conditions optimales. Le master est exempt de tout défaut. Le grain est parfaitement géré et le niveau de détail très élevé. La bande-son, proposée en version française et en version originale sous-titrée français, est sans souffle et parfaitement intelligible. Du tout bon. Contrairement aux autres articles du site, les images présentes ici ne sont pas issues du blu-ray ni même du dvd, la faute à un lecteur blu-ray externe ayant décidé de tirer définitivement sa révérence…

Au rayon bonus, nous retrouvons les présentations de François Guérif et Patrick Brion, un documentaire intitulé « Alan Ladd, le véritable homme tranquille » et un portrait de la star par Jean-Claude Missiaen.

Le Dénonciateur est disponible directement auprès de Sidonis Calysta en combo blu-ray et dvd ici et en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Mitchell Leisen
  • Scénario : Robert Thoeren
  • Musique : Hugo Friedhofer
  • Directeur de la photographie : John Seitz
  • Montage : Alma Macrorie
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Noir
  • Durée : 82 min
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2 réflexions sur « Le Dénonciateur (Captain Carey, U.S.A.) »

  1. Ce Captain était jusqu’ici totalement inconnu de mon bataillon. Je l’ajoute à mon contingent de films à voir, contingent qui grossit et devient légion.

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