Le Jardinier d’Argenteuil

Le Jardinier d’Argenteuil

Synopsis :

Joseph Martin surnommé Tulipe vit sa retraite simplement, se consacrant tout entier à ses passions, la peinture et le jardinage. Et occasionnellement en fabricant de la fausse monnaie. Son secret est bientôt éventé par un neveu et son amie bien trop gourmands.

Critique :

Pour cette co-production franco-allemande, le réalisateur Jean-Paul Le Chanois va s’appuyer sur le roman éponyme signé René Jouglet paru à la veille de la seconde guerre mondiale. Le Jardin d’Argenteuil sera la seule adaptation cinématographique de cet auteur. Pour parfaire son travail, il va s’entourer de deux plumes, François Boyer et Alphonse Boudard. Si le premier est connu pour ses dialogues savoureux (on pense notamment à La Guerre des Boutons d’Yves Robert), le second puise dans son passé de résistant et ses séjours en prison pour apporter à ses commandes une touche toute personnelle faite d’argot et de trognes crédibles issues du gangstérisme. Et il faut bien reconnaître que l’association de ces deux hommes fonctionne à merveille dans Le Jardinier d’Argenteuil.

Le Jardinier d’Argenteuil sera l’avant-dernier film de Jean-Paul Le Chanois, avant une courte carrière pour la télévision. Après des études en droit et en philosophie, Le Chanois est formé aux métiers du cinéma au sein de la société Pathé. Acteur, attaché de presse, assistant réalisateur de Maurice Tourneur et Jean Renoir, il entamera une carrière de scénariste et de réalisateur dès la fin de la seconde guerre mondiale. Pour une filmographie aux nombreux succès et qui oscillera entre comédie (Papa, Maman, la Bonne et Moi) et engagement (Le Cas du Docteur Laurent), il pourra compter sur de grands noms du cinéma français de l’époque, au premier rang desquels Jean Gabin mais aussi Bernard Blier (Agence Matrimoniale) et Bourvil (Les Misérables).

Tournant très rapidement le dos à une intrigue policière pourtant promise par le scénario, Jean-Paul Le Chanois opte pour un traitement bien plus léger faisant la part belle aux beaux mots et à des magouilles finalement bien innocentes. Le spectateur charmé par la simplicité de Tulipe et un art de vivre qui fleure bon le bonheur se prend très vite d’amitié pour ce vieil homme qui se contente d’imprimer de faux billets dans l’unique but de subvenir à ses besoins. Tout le contraire de son neveu et de sa nouvelle compagne qui eux ne cherchent qu’à s’enrichir et mener la grande vie à grands coups de grosses coupures. Leur départ pour le Sud de la France, symbole de richesse et de réussite, obligera notre peintre jardinier à les rejoindre pour les sortir d’embarras, leur désir de mener un train de vie élevé les ayant mené à s’endetter plus que de raison. Mais le Destin leur jouera un bien joli tour et forcera tout se beau monde à retourner à une vie bien plus simple et heureuse. La Morale est sauve.

Le Jardinier d’Argenteuil est aussi à voir comme la fin d’un monde fait de petites joies, où l’amitié et les plaisirs simples étaient de mise. Confortablement installé dans un wagon désaffecté que borde un jardin parfaitement entretenu, Tulipe est le témoin impuissant de la destruction de son quartier où les maisons pleines de caractère sont remplacées par d’immenses barres d’immeubles sans âme.

Une fin de monde également générationnelle. En effet, Jean-Paul Le Chanois en profite également pour confronter Tulipe à une jeunesse gentiment décadente par l’entremise d’un baron dont le choix de vie est aux antipodes du sien. Là où la simplicité l’emporte chez notre retraité, l’excentricité est de mise chez ce « noble » qui, suite au décès de son épouse, a choisi de brûler la chandelle par les deux bouts afin tromper son ennui. Cette partie, placé sous le signe d’un psychédélisme naissant dans l’hexagone, n’est pas des plus réussie et ne semble exister que pour servir un propos qui était pourtant jusque là parfaitement clair.

Pour Le Jardinier d’Argenteuil, Jean Gabin évite tout cabotinage excessif qui aurait pu s’avérer contre-productif. Il campe le plus naturellement du monde ce vieux monsieur bougon pour qui l’argent ne fait pas nécessairement le bonheur, contrairement à ses deux passions. Face à lui, le couple Liselotte Pulver / Pierre Vernier est plein de charme. Mais la palme revient à Curd Jürgens qui, dans un rôle à contre-emploi, prend un plaisir évident à jouer un baron excentrique et tellement attachant. Petit rôle pour Serge Gainsbourg qui signe également la musique du film.

Doté du charme suranné d’un cinéma aujourd’hui disparu, Le Jardinier d’Argenteuil offre un spectacle fort plaisant où tout autre considération que celle de divertir le spectateur est bannie.

Edition bluray :

Une fois de plus Coin de Mire Cinéma nous gâte ! Le Jardinier d’Argenteuil jouit d’une restauration 4K de toute beauté. Aucun défaut à l’horizon, les couleurs sont pimpantes, le niveau de détail est très élevé que ce soit sur les gros plans des visages ou sur les plans plus larges. La bande-son n’est pas en reste avec une belle clarté. La musique, signée Serge Gainsbourg, est parfaitement mise en valeur.

En terme de bonus, nous sommes en terrain connu avec journaux d’époque, réclames publicitaires, bandes-annonces, livret, jeu de photos et reproduction de l’affiche du film.

Des informations sur la restauration du film ? C’est ici.

Le Jardinier d’Argenteuil est disponible ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Jean-Paul Le Chanois
  • Scénario : Jean-Paul Le Chanois, François Boyer, Alphonse Boudard d’après le roman de René Jouglet Le jardinier d’Argenteuil
  • Images : Walter Wottitz
  • Montage : Emma Le Chanois, assistée d’Hélène Muller
  • Musique : Serge Gainsbourg
  • Pays : Franco-allemand
  • Genre : Comédie policière
  • Durée : 86 minutes
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