Le Justicier de Minuit (10 to Midnight)

Le Justicier de Minuit (10 to Midnight)

Synopsis :

Leo Kessler, vétéran de la police de Los Angeles, est prêt à tout pour mettre hors d’état de nuire un détraqué sexuel qui éventre ses victimes. D’autant plus que ce dernier semble vouloir faire de la propre fille du flic sa prochaine proie.

Critique :

1982. L’inénarrable duo Menahem Golan / Yoram Globus vient de mettre la main sur Charles Bronson. Leur Un Justicier dans la Ville 2 a cartonné au box-office et les deux producteurs souhaitent faire fructifier leur investissement. Ainsi, l’année suivante, William Roberts (Les Sept Mercenaires, Le Pont de Remagen…) est engagé pour écrire un scénario sur mesure pour la star tout en respectant un certain cahier des charges. Cahier des charges ayant pour but d’entretenir un certain amalgame entre les deux premiers Death Wish et ce Le Justicier de Minuit. Pour mettre en image cette histoire de tueur en série assassinant dans le plus simple appareil, il est fait appel au britannique J. Lee Thompson (Les Nerfs à Vif) qui a déjà travaillé avec Bronson au milieu des années 70 dans Monsieur St. Ives et Le Bison Blanc et le dirigera à nouveau dans L’Enfer de la Violence, La Loi de Murphy, Le Justicier Braque les Dealers, Le Messager de la Mort et dans Kinjite, Sujets Tabous. Au poste de monteur, nous retrouvons le fils du réalisateur, Peter Lee Thompson, qui aura la particularité de travailler exclusivement pour son père et William Peter Blatty (La Neuvième Configuration, L’Exorciste : La Suite). Le directeur de la photographie Adam Greenberg (Terminator 1 et 2, Aux Frontières de l’Aube, Futur Immédiat, Los Angeles 1991) complète l’équipe technique.

L’extrême violence et le caractère ambiguë du message asséné au public d’Un Justicier dans la Ville, premier du nom, avaient collé une étiquette réactionnaire sur le front de notre bien-aimé Charles Bronson. L’ambiguïté du scénario venait du fait que le « héros », Paul Kersey, tuait au hasard de ses rencontres et finissait par prendre un certain plaisir à rendre la justice. Une justice certes expéditive mais qui répondait au contexte social de l’époque emprunt de violence et d’abandon des services de l’État par l’État face à la criminalité. Le second opus allait plus loin dans le sadisme et le jusqu’au-boutisme puisque nous étions là devant un véritable film de vengeance, contrairement au premier. Mais l’honneur de la société était en quelque sorte encore sauve. Ces séries de meurtres / vengeances émanaient d’un simple citoyen. Le Justicier de Minuit va aller encore plus loin et franchir la ligne rouge.

On ne va pas se mentir. Le scénario de Le Justicier de Minuit ne brille pas par son originalité et aurait pu s’inscrire sans difficulté comme une nouvelle aventure du vengeur Paul Kersey. Mais il en a été décidé autrement, probablement dans le but de se renouveler. Mais pas trop. Faut pas exagérer non plus ! Exit donc l’architecte Paul Kersey, place au flic Leo Kessler. Je sais, rien que sur le nom du personnage principal, la différence n’est pas flagrante. D’autant plus que Paul vit déjà à Los Angeles depuis Death Wish 2, tout comme Leo. Question de budget. New-York, c’est cher à cette période de l’année. Bref, passons !

Leo Kessler est un flic d’expérience et réputé dans la profession. Sa femme est morte. Trop accaparé par son travail, il a laissé le poids du deuil sur les épaules de sa fille unique. La donzelle lui en veut. Leur relation est au mieux distante. Rien de bien neuf sous le soleil hollywoodien. Histoire d’accumuler encore un peu plus les poncifs, on adjoint au vieux loup solitaire un collègue fraîchement sorti d’école qui ne trouve rien de plus malin que de polluer une scène de crime en crachant son chewing-gum par terre. Mais qui saura vite se rattraper en comptant fleurette et en protégeant la belle enfant de notre mâle alpha moustachu. Vous aimez les clichés, vous allez être servis.

Parlons du tueur, l’incarnation du Mal absolu. Un bel éphèbe à la plastique parfaite, homosexuel refoulé collectionnant les revues pornographiques gays dans ses toilettes et rangeant bien comme il faut son masturbateur électrique sous son lavabo. Sa marotte ? Se mettre tout nu et éventrer des femmes avec un couteau papillon qu’il dissimule dans le siphon de son évier. Pas folle la guêpe. Il faut dire que l’éventration est le seul moyen qu’il ait trouvé pour pénétrer une femme. C’est en tout cas ce qu’en déduit notre flic à la fine psychologie.

Ah oui, j’allais oublier ! Les jeunes femmes ont une fâcheuse tendance à se balader topless voire complètement à poil !

Cette accumulation de clichés aurait pu conduire Le Justicier de Minuit et ses interprètes directement dans le mur. Étrangement, il n’en est rien et même si le film ne se hisse pas au niveau des réussites du genre, il n’en demeure pas moins un très honnête divertissement sacrément bien troussé.

Il faut dire que J. Lee Thompson s’y entend pour donner une vraie personnalités à l’ensemble. Son Los Angeles, fait de disparité sociale, entre quartiers en proie au délitement hantés par ses SDF et ses prostituées et ses quartiers résidentiels bien sous tout rapport, est criant de vérité. Avec le savoir-faire qu’on lui connait, Thompson parvient à créer un vrai suspense lors des scènes d’agressions et lorgne même à plusieurs reprises du côté du giallo. Il est bien aidé en cela par son fils, auteur d’un montage au cordeau qui imprime une urgence à certaines scènes et permet même au réalisateur de mixer en une seule et même séquence plusieurs points de vue. En outre, Le Justicier de Minuit ne souffre d’aucun temps mort, ce qui n’est pas négligeable en soi.

Mais si l’on dépasse l’aspect purement divertissant de Le Justicier de Minuit, force est de constater que ce film présente mine de rien un intérêt tout particulier.

Jusqu’ici, le flic a toujours été considéré comme un ardent défenseur de la loi. Il peut être en butte avec sa hiérarchie. Il peut ne pas comprendre les décisions de la Justice. Il peut passer outre les lois pour mieux les faire respecter. De colère, il peut même jeter son insigne à la flotte comme l’inspecteur Harry. Mais jamais il ne tuera de sang froid. S’il doit tuer, c’est en état de légitime défense (Harry Callahan, encore), ou au terme d’une poursuite qui a mis les nerfs du policier à rude épreuve (« Popeye » Doyle). En un seul petit paragraphe, je cite le célèbre personnage incarné par Clint Eastwood. Ce n’est pas innocent. 1983 est aussi l’année de sortie de Le Retour de l’Inspecteur Harry. Ce quatrième opus où ce dernier finit, au terme de son enquête, par aider une jeune femme victime d’un viol collectif à assouvir sa vengeance. L’ombre d’Eastwood plane sur Le Justicier de Minuit tout comme elle plane sur la carrière de Bronson. Les deux hommes ont tout d’eux commencé dans les années 50 et ont été longtemps considérés comme des stars du film d’action avant que Clint ne prenne une autre envergure.

Mais revenons au sujet qui fâche !

Pour ce qui est de l’interprétation, nous sommes en terrain connu. Charles Bronson fait du Charles Bronson. Régulièrement, j’entends et lis ici ou là que l’acteur est aussi expressif qu’une brique. C’est pas faux, mais c’est ce que l’on recherche dans ce genre de films, non ? Prenez le même personnage avec des états d’âme et le plaisir régressif d’assister à ses exactions en serait fortement diminué. J’affirme donc haut et fort que Charles Bronson incarne avec justesse Charles Bronson ! Si Lisa Eilbacher (Leviathan) et Andrew Stevens (Furie) font le job sans trop se donner de mal, mais il faut bien reconnaître qu’on ne leur demande pas grand chose, c’est du côté de Gene Davis (Cruising, Hitcher, Le Messager de la Mort) qu’il faut chercher un investissement supérieur à la moyenne. Ce dernier incarne à la perfection un individu psychologiquement instable. Son jeu, sa façon de se vêtir(?) crée rapidement le malaise chez certains spectateurs / spectatrices. Le même malaise qu’il inspire aux femmes qu’il croise.

Prévisible, parfois incohérent, Le Justicier de Minuit est un vrai plaisir coupable qu’il est encore aujourd’hui agréable de regarder et d’apprécier à sa juste valeur. D’autant plus que l’édition proposée par Sidonis Calysta fait le job.

Édition Bluray :

Inédit jusqu’ici dans nos contrées en HD, Le Justicier de Minuit nous est présenté ici dans une copie excellente, même si l’on reste quelque peu éloigné des standards actuels du support. Le master est particulièrement propre et le grain maîtrisé. La bande-son, proposée en version française et en version originale sous-titrée français, est elle parfaite, puissante comme il faut et sans souffle.

Sidonis Calysta complète Le Justicier de Minuit par une présentation de Gérard Delorme, une bande-annonce et le documentaire « Charles Bronson, un héros populaire« .

Le Justicier de Minuit est disponible en précommande directement auprès de Sidonis Calysta ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : J. Lee Thompson
  • Scénario : William Roberts
  • Musique : Robert O. Ragland
  • Photographie : Adam Greenberg
  • Montage : Peter Lee-Thompson
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 98 min

6 thoughts on “Le Justicier de Minuit (10 to Midnight)

  1. Analyse assez juste. J’apprécie de revoir ce genre de série B au budget moyen, et à la méchanceté revendiquée, qui ne se fait plus de nos jours. A l’époque, les années 1980 étaient pour Bronson synonymes de déclin. Aujourd’hui, avec du recul, ces polars violents (devenus aussi subversifs que jouissifs avec le temps) vieillissent bien. Comme ce « Justicier de Minuit ». Tu parles de giallo, j’irais même jusqu’à évoquer le slasher, très à la mode aux débuts des 80’s… Sinon, je trouve dommage que le public et la critique aient parfois tendance à faire l’amalgame entre Bronson (l’homme et l’acteur) et ses personnages de justiciers, que certains taxent de « réacs »…

    1. Cet amalgame entre acteur et personnages m’a toujours interpellé. Même si dans le cas de Bronson, on peut légitimement se poser la question sur ses derniers films. Beaucoup pense que son étiquette de réac lui colle à la peau depuis Death Wish et nombre de critiques y ont contribué. Personnellement dans Un Justicier dans la Ville, je vois un homme qui décide de laisser exploser sa colère suite à un drame. Je ne parle pas de vengeance car il ne poursuit pas les tueurs de son épouse et les violeurs de sa fille. Il frappe au hasard. Ce n’est qu’à partir du second opus qu’il se transformera en vengeur. Le Justicier de Minuit est son premier film où il rend la justice sciemment en temps que membre des forces de l’ordre. Un tournant. Après cet agréable Le Justicier de Minuit, deux autres articles vont paraître : La loi de Murphy et protection rapprochée. Le fond du panier n’est malheureusement pas loin.

      1. Bien d’accord avec toi. Les ressorts psychologiques du premier « Death Wish » demeurent passionnants et en font bien plus qu’un simple « vigilante movie »… J’ai hâte de lire tes prochains articles bronsoniens ! 😉

  2. Un peu effrayé par la mauvaise réputation de ces opus, je crois n’avoir jamais été plus loin que Death Wish. Je crois que je me laisserais volontiers tenter aujourd’hui.

    1. Le premier est très bon. Le second va encore plus loin et se tient tout à fait. Le troisième jour la carte de la surenchère et je dois bien avouer que c’est jubilatoire. Le 4 et 5, franchement oublie, ne perds pas ton temps. Pour ce qui est du Justicier de Minuit, qui ne fait pas partie de la série Death Wish, il est tout à fait honorable. A son niveau.

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