Le Justicier de New-York (Death Wish 3)

Le Justicier de New-York (Death Wish 3)

Synopsis : Paul Kersey est de retour à New-York à la demande de l’un de ses amis. Le meurtre de ce dernier le convaincra de reprendre les armes face à un gang faisant régner la terreur dans le quartier.

Critique : Après les westerns Bronco Apache, Pancho Villa, Chino, Les Collines de la Terreur, Le Bison Blanc, Jubal l’Homme de Nulle Part, C’est Arrivé entre Midi et Trois Heures, les films d’aventures Les Baroudeurs et Raid sur Entebbe et les polars Le Messager de la Mort, Le Cercle Noir et Un Justicier dans la Ville 1 & 2, Sidonis Calysta complète sa collection consacrée à Charles Bronson avec l’ajout le 22 mai de deux titres, le bas de plafond Un Justicier dans la Ville 3 aka Le Justicier de New-York (Death Wish 3), objet de la présente chronique, et le formidable Le Bagarreur de Walter Hill.

Le succès commercial des deux premiers opus de la série du Justicier permet à Cannon Films de faire signer des stars du cinéma d’action dont l’inénarrable Chuck Norris. C’est à ce même Chuck Norris que le duo Golan-Globus propose de reprendre le rôle du Justicier pour un troisième film, Charles Bronson devenant trop gourmand financièrement à leur goût. Devant le refus de Norris, qui considérait la violence du script bien trop négative, Bronson ré-endosse son costume de Paul Kersey après avoir obtenu un cachet de 1.5 millions de dollars.

Don Jakoby, scénariste spécialisé jusque-là dans le cinéma fantastique et de science fiction avec des titres comme Lifeforce ou L’Invasion vient de Mars, écrit un premier jet où Paul Kersey apparaît comme la version urbaine de John Rambo. Bronson ne validant pas le script, il est demandé à Gail Morgan Hickman (L’Inspecteur Harry ne Renonce Jamais) de livrer plusieurs versions alternatives du scénario qui ne seront à leur tour pas retenues. Retour donc au script de Jakoby.

Ses deux dernières réalisations britanniques (La Dépravée et La Dernière Victime) ayant été de cuisants échecs commerciaux, Michael Winner a besoin pour se relancer d’un projet sûr. Charles Bronson intervient auprès des producteurs et Winner est engagé pour assurer la réalisation de Le Justicier de New York. Il s’agira là de la sixième et dernière collaboration entre les deux hommes.

Encore une fois, Michael Winner s’appuie sur un fait de société répandu dans les grandes villes américaines, l’insécurité. Après une forte récession économique, entre 1980 et 1982, les autorités tentent de reprendre rapidement la main. Mais, le chantier est immense. Obligées de rembourser les dettes contractées à la fin des années 70 et au début des années 80, les municipalités se sont vues obligées d’effectuer des coupes drastiques dans leur budget. Coupes matérialisées, entre autre, par une baisse des effectifs de la Police avec pour conséquence immédiate une très forte hausse de la délinquance. Mais loin de tabler sur un réalisme sociale crédible et une violence sèche comme dans les deux premiers opus, il va choisir une imagerie plus proche du comics que celle du revenge movie.

Faisant fi de toute crédibilité, Winner force le trait de son propos à l’extrême quitte à tomber dans la caricature. La grande force du premier Un Justicier dans la Ville était de dresser le portrait d’un homme « contraint » de prendre les armes devant l’inertie des forces de l’ordre et de la Justice mais aussi de pointer du doigt l’ambiguïté d’un personnage finissant par prendre plaisir à commettre ce qui pouvait s’apparenter à des meurtres. Sa suite, malgré sa volonté de surenchérir avec notamment deux scènes de viol dont une pouvant poser question, conservait un réalisme bienvenu.

Ici, point de réalisme social ou de psychologie, Paul Kersey évolue dans un cartoon où les policiers, assis, se font tancer par leur supérieur comme des élèves de maternelles, où les membres du gang semblent constamment défoncés au crack, où les figures imposées de la municipalité et de la Justice sont totalement absentes. Dès lors, notre justicier, avec la bénédiction d’un inspecteur de police, use et abuse de violence pour rétablir l’ordre sous les vivas des habitants du quartier. Un malfrat lui vole son appareil photo et s’enfuit? Un tir dans le dos et c’est réglé! On lui jette des pierres ou des bouteilles? Paul sort une M1919 d’un placard et mitraille à tout va! Le chef du gang porte un gilet pare-balle? Qu’à cela ne tienne, Paul sort un lance-roquette de derrière le canapé et règle le problème à bout portant, sans se décoiffer!

Mais force est de constater que malgré toutes ses faiblesses, Le Justicier de New-York fait du bien. Et c’est là l’essentiel. Il est un exutoire, un défouloir d’1h30 où le spectateur pose littéralement son cerveau et se laisse aller à ses plus bas instincts. Il est de ces films à voir entre potes, vautrés dans un canapé, pizzas et bières à portée de main. C’est aussi un film qui titille la fibre nostalgique du cinéphile friand de VHS durant les heures de gloire des vidéos-clubs. En d’autres termes, un feel good movie violent et régressif.

Alors âgé de 64 ans, Charles Bronson apparaît quelque peu usé mais parvient encore à donner le change. Relativement à l’aise dans les scènes d’action, il l’est nettement moins lorsqu’il lui faut faire preuve d’humour. Et que dire des scènes intimistes, heureusement fort peu nombreuses. Le film est aussi l’occasion de retrouver Martin Balsam, le détective de Psychose, Ed Lauter (French Connection 2, True Romance) ou encore Gavan O’Herlihy croisé dans Willow et The Descent 2. Le reste du casting est totalement en roue libre tant leurs rôles semblent ne pas avoir été écrits (mention spéciale aux membres du gang où l’on frise à plusieurs reprises le grand n’importe quoi…).

En grande partie tournée en Angleterre pour réduire les coûts, Le Justicier de New-York prend ses distances avec la franchise et s’oriente naturellement vers les productions de l’époque comme Commando, Invasion USA ou Rambo II: La Mission. Une réalisation efficace faisant référence par certains aspects aux grandes heures du western et du film de guerre font de ce film un agréable moment à passer si l’on est pas trop regardant sur le résultat d’ensemble.

Edition blu-ray :

Dans la droite lignée des opus 1 et 2, Sidonis Calysta nous gratifie pour ce Le Justicier de New-York (Death Wish 3) d’une édition particulièrement soignée. L’image parfaitement détaillée est dotée d’une très belle colorimétrie. Le master est exempt de tout défaut (à l’exception d’un début de générique tremblotant). La bande-son est claire et puissante dans les deux versions. Du très bon travail.

Côté bonus, nous retrouvons le making-of du film ainsi que la remise de l’étoile à Charles Bronson sur Hollywood Boulevard.

Le Justicier de New-York est disponible en dvd ici et en bluray ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Michael Winner
  • Scénario : Don Jakoby
  • Musique : Jimmy Page et Mike Moran
  • Photographie : John Stanier
  • Montage : Michael Winner
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Policier, action
  • Durée : 92 mn

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