Le Kimono Pourpre (The Crimson Kimono)

Le Kimono Pourpre (The Crimson Kimono)

Synopsis : Deux amis policiers, l’un américain l’autre nippo-américain, anciens combattants de la guerre de Corée, enquêtent sur le meurtre d’une strip-teaseuse. Les deux hommes tombant amoureux de la même femme, témoin menacé de mort, mettent alors leur amitié en danger.

Critique : Commençons par un peu d’histoire afin de situer le film dans la société de l’époque. De 1910 à 1945, la péninsule coréenne était occupée par l’empire japonais. Mais suite à sa défaite dans le Pacifique, le Japon perdit son hégémonie sur ce territoire. Les États-Unis (au sud) et l’Union soviétique (au nord) se partagèrent l’occupation de la Corée le long du 38ème parallèle. Les nombreuses escarmouches et les raids inter-frontaliers finirent par déboucher sur une guerre ouverte entre les deux Corée. Le Nord envahit le sud le 25 juin 1950 plongeant les deux pays dans le chaos. Cette guerre, qui devait durer jusqu’au 27 juillet 1953, opposa la Corée du Sud et les forces de l’ONU, au premier rangs desquelles les USA, et la Corée du Nord alliée à la Chine et à L’Union Soviétique.

Comme à son habitude, Hollywood n’a pas tardé à s’emparer du sujet et deux films sortirent sur les écrans alors que les combats faisaient rage. Ces deux longs-métrages, J’ai vécu l’enfer de Corée (The Steel Helmet) et Baïonnette au Canon (Fixed Bayonets!), furent réalisés par Samuel Fuller. Ce dernier y fera de nouveau allusion dans son Le Kimono Pourpre et ses deux policiers anciens combattants. Comme autre films sur le sujet, nous pouvons citer La Gloire et la Peur (Pork Chop Hill) de Lewis Milestone ou encore M.A.S.H de Robert Altman.

Lorsqu’il s’attaque à la rédaction du scénario de Le Kimono Pourpre, Samuel Fuller a dix ans d’expérience dans la réalisation avec des films comme Le Port de la Drogue (Pickup on South Street) avec Richard Widmark, La Maison de Bambou (House of Bamboo) avec Robert Stack, tourné au Japon, pays pour lequel Fuller avait beaucoup d’affection et de respect, ou encore Quarante Tueurs (Forty Guns) avec Barbara Stanwyck. Il confie les rôles de deux policiers à deux débutants, Glenn Corbett que l’on retrouvera dans Chisum aux côtés de John Wayne ou La Bataille de Midway (Midway) avec Charlton Heston, et James Shigeta qui s’opposera à Charlton Heston (encore!) dans La Bataille de Midway (Midway) et à Alan Rickman dans Piège de cristal (Die Hard). Entre les deux hommes se dressera Victoria Shaw, actrice australienne, qui donnera la réplique à William Holden et Richard Widmark dans Alvarez Kelly et à Richard Benjamin dans Mondwest.

Pour le besoin de son film, Samuel Fuller décide de tourner en décor naturel et de s’attacher, encore une fois après La Maison de Bambou, à la culture japonaise. Little Tokyo, quartier japonais de Los Angeles, sera donc le théâtre de la traque du tueur par les deux policiers mais aussi le témoin de la fin de leur profonde amitié. Car, plus que l’enquête policière, c’est cette relation qui intéresse Fuller. Les deux hommes entretiennent une relation quasi fusionnelle. Ils vivent ensemble dans le même meublé, travaillent ensemble dans le même commissariat, mangent ensemble, fréquentent les mêmes endroits, pratiquent le même art martial, le kendo, et n’ont aucun secret l’un pour l’autre. Cette amitié remonte à la guerre de Corée où Joe (James Shigeta) a sauvé Charlie (Glenn Corbett), son officier, grâce à une transfusion sanguine suite à une grave blessure. Ce dernier n’aura de cesse au cours du récit d’y faire allusion disant que le sang de son ami coule dans ses veines L’intrusion d’une femme, Christine Downs, entre deux amis autant liés l’un à l’autre n’en sera que plus violente. L’américain Charlie, confiant car bien installé dans une société qui fait de lui la « norme », aura tôt fait de déclarer sa flamme à cette femme dont il est tombé amoureux. Il n’hésitera pas à draguer ouvertement Christine qui se laissera dans un premier temps séduire par cet homme si direct. Tout le contraire du nippo-américain Joe, plus dans la retenue, hésitant à aller plus loin avec cette femme dont il est également tombé amoureux mais qui craint le regard de sa propre communauté (la première question que l’on pose à Joe est de savoir si la femme qu’il aime est japonaise) ou d’être éconduit à cause de ses origines. Et lorsque les deux hommes se retrouveront confrontés au choix de Christine, l’idée même de racisme, invariablement présent dans toute société cosmopolite, va refaire surface, mais pas du côté que l’on croit. En effet, incapable de déclarer les sentiments qu’il ressent pour Christine, Joe va se murer dans un premier temps dans le mutisme avant de tout avouer à son ami. Interprétant mal la réaction de Charlie, Joe va s’élever en victime du prétendu racisme de Charlie jusqu’à s’en prendre physiquement à lui lors d’un combat de kendo au cours duquel il va tourner le dos à la tradition de son propre pays usant d’une violence totalement dépassée. Samuel Fuller fait néanmoins preuve d’énormément de finesse dans le portrait qu’il croque de son interprète féminine qui, a aucun moment, n’exacerbe les sentiments de l’un ou l’autre de ses prétendants. Point de femme fatale dans Le Kimono Pourpre, juste une femme qui, loin de ne penser qu’à elle, tente par tous les moyens de sauver une si belle amitié. En cela, Victoria Shaw est parfaite, tout comme Glenn Corbett et James Shigeta crédibles et à l’aise dans la restitution de leurs sentiments. La vétéran du casting, Anna Lee, est excellente dans son rôle d’artiste peintre portée sur la boisson.

Côté enquête policière, nous sommes dans le classique. Après une première scène (pas des plus réussie) au cours de laquelle la strip-teaseuse se fait tuer en pleine rue devant des badauds pas très concernés, nos deux inspecteurs vont mener leur enquête en parallèle, chacun au sein de sa propre communauté, et se retrouvant régulièrement pour faire le point. Cette routine policière ne sera interrompue que par des intermèdes musclées comme une bagarre à deux contre un dans un bar contre un géant coréen ou une tentative d’arrestation en pleine nuit, avant de se terminer lors d’une course-poursuite pendant un défilé dans le quartier japonais.

C’est aussi et surtout l’occasion pour Fuller de filmer cette communauté japonaise qu’il aime tant. Dès lors, il nous invite à nous promener dans les rues de Little Tokyo, à visiter l’intérieur des commerces aux décors japonais 26 ans avant que Michael Cimino ne fasse de même avec Chinatown dans L’Année du Dragon (Year of the Dragon).

On l’aura compris, Samuel Fuller aura réussi, sous le couvert d’un film noir, à décrypter les travers de la société d’alors et ses difficultés à faire cohabiter plusieurs communautés bien aidé en cela par un casting réduit de qualité. Mais le final laisse tout de même place à un beau positivisme. Un très bon Fuller.

Edition DVD :

Malgré quelque baisses de définition, notamment sur les gros plans et certaines scènes extérieures, l’image est dans l’ensemble très belle avec des noirs très profonds. Aucune trace ni griffure ne vient polluer l’ensemble. Disponible uniquement en version originale avec sous-titres, la bande-son est très puissante et clair.

En bonus, une présentation du film par Bertrand tavernier et François Guérif.

Le Kimono Pourpre retrouver en dvd ici

Fiche Technique :

  • Réalisation : Samuel Fuller
  • Scénario : Samuel Fuller
  • Musique : Harry Sukman
  • Montage : Jerome Thoms
  • Production : Samuel Fuller
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 82 min
  • Date de sortie : Aucune distribution en France
Bande-annonce

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