Le Maître du Gang (The Undercover Man)

Le Maître du Gang (The Undercover Man)

Synopsis : Deux agents spéciaux du Ministère des Finances et un opérateur tentent de mettre hors d’état de nuire Le Patron, personnage tout puissant à la tête de l’Organisation.

Critique : 1949, Joseph H. Lewis, spécialiste de séries B, adapte avec Le Maître du Gang l’histoire vraie de Frank J. Wilson, comptable et agent du fisc, et accessoirement celui qui a fait tomber Al Capone, en s’attaquant rigoureusement à la partie financière de l’enquête. Pour ce faire, il s’appuie sur un scénario de Sydney Boehm, ancien journaliste. Suivront ceux de La Rue de la Mort d’Anthony Mann, de Midi, Gare Centrale de Rudolph Maté ou de Les Inconnus dans la Ville de Richard Fleischer.

Le Maître du Gang se veut avant tout une oeuvre d’utilité publique. En effet, après qu’une voix off nous ait expliqué que le film est dédié aux personnes qui, dans l’ombre, font de grandes choses pour le bien de tous, nous assistons à une enquête policière empreinte de réalisme. La pègre contrôle tout, domine tout. Elle a la main mise sur tout la ville. Ce faisant, elle est toute puissante et ne craint rien de la police locale. Le scénariste se garde bien d’ailleurs d’évoquer la corruption au sein des forces de l’ordre préférant insister sur les policiers qui voient leur carrière brisée ou leur vie menacée pour avoir fait leur travail. Et même dans ces cas précis, on nous laisse entendre que c’est bien du fait de l’Organisation et non de supérieurs à la solde de cette dernière. La population est également prise en otage par ces hommes au-dessus des lois. Témoin de meurtres, rackettée, elle n’a d’autre choix que de se taire sous peine de représailles.

C’est alors qu’entrent en scène, des agents qui, de par leur statut fédéral, sont normalement moins sujet à se faire soudoyer que le simple policier de quartier. Ils sont en effet totalement étrangers à l’endroit où ils travaillent et de ce fait la Pègre n’a pas ou peu de moyens de pression sur eux. Mais cette spécificité n’en fait pas pour autant des surhommes. Nous accompagnons donc des hommes en milieu hostile du fait de la main mise exercée par l’Organisation, en plein doute sur la finalité de leur mission (la Justice suivra-t-elle?) mais aussi inquiet pour la sécurité de leur famille.

Ennemie héréditaire des hommes du bureau fédéral, l’Organisation est présentée ici de manière anonyme. Le boss de cette dernière ne sera jamais cité que par son surnom « le Patron » et ne sera jamais filmé de face (on ne verra jamais son visage, une manière de dire que le Mal n’a pas de visage), ses hommes de main ne seront jamais décrit de façon précise. Après tout, ils ne servent qu’à faire la basse besogne et sont remplaçables en cas de mort brutale. Eux ne comptent pas. Les comptables non plus d’ailleurs, interchangeables au gré des besoins de l’Organisation. Un seul individu semble avoir de l’importance, l’avocat. Lui qui est le seul a avoir une influence certaine sur la police et la Justice, lui qui est la voix du Patron, la voix de son maître.

Pour enfoncer le clou de la dénonciation d’une société se laissant parfois aller à idéaliser les criminels, le réalisateur nous assène, en plein milieu de récit, un plaidoyer pour une Justice efficace et une remise en question de la population qui ferme les yeux devant les agissements de certains. Cette diatribe, déclamée par une petite fille et sa grand-mère, intervient alors que notre héros décide de raccrocher les gants de peur que son épouse soit la cible de représailles.

Glenn Ford, ayant déjà 10 ans de carrière derrière lui lorsqu’il accepte d’interpréter le rôle de Frank Warren (inspiré donc de Frank J. Wilson), restitue avec brio le professionnalisme qui l’habite mais aussi les doutes et la peur qui font de lui, malgré tout, une terrible menace pour l’Organisation. Face à lui se dresse Barry Kelley dans le rôle d’Edward J. O’Rourke, l’avocat marron, mielleux au possible mais représentant le mieux qu’il peut ses employeurs pour l’argent mais aussi pour sauver sa peau.

Joseph H. Lewis, prenant fait et cause pour les membres des forces de l’ordre, livre un polar hyper efficace et tendu servi par un casting tout en nuance. Une vraie découverte et une autre vision de l’histoire développée bien des années après dans Les Incorruptibles.

Edition dvd :

Copie très propre et veloutée pour cette parution signée Sidonis Calysta à la VO puissante et sans souffle.

Côté bonus, nous retrouvons les présentations de Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

Le film est à retrouver en dvd ici.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Joseph H. Lewis
  • Scénario : Jack Rubin et Sydney Boehm
  • Montage : Al Clark
  • Musique : George Duning
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 85 mn

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :