Le Masque Arraché (Sudden Fear)

Le Masque Arraché (Sudden Fear)

Synopsis : Myra Hudson, richissime dramaturge, semble filer le parfait amour avec Lester Blaine, jeune comédien qu’elle a pourtant récemment recalé à l’une de ses auditions. Mais Lester compte bien, avec l’aide d’une ex-compagne entreprenante, faire main basse sur un héritage, qui pourrait lui échapper, en se débarrassant de son épouse.

Critique : Après des études au Hunter College de l’Université de New-York, Edna Sherry enseigne quelques temps la littérature anglaise. Après son mariage, elle se consacre exclusivement à l’éducation de ses deux enfants avant de prendre la plume et d’écrire en collaboration avec Milton Herbert Gropper deux romans policiers, Is No One Innocent? (1930) et Grounds for Indecency (1931), précédés de trois pièces de théâtre et de nouvelles. Puis, plus rien jusqu’à l’année 1948 qui verra la publication de Sudden Fear (Ils ne m’auront pas en français aux éditions Ditis en 1950). Suivront huit autres romans, tous publiés en France à l’exception du dernier étrangement resté inédit. Alors propriété de Howard Hughes, la RKO Radio Pictures acquiert les droits de Sudden Fear et confie l’écriture du scénario à Leonore Coffee, scénariste américaine ayant commencé sa carrière en 1919 et à qui l’on devra le scénario de Des Pas dans le Brouillard (Footsteps in the Fog) d’Arthur Lubin. David Miller est chargé de mettre en image cette histoire de femme trompée et menacée de mort qui échafaude un plan machiavélique pour tuer son mari volage et faire accuser sa maîtresse. Connu pour son éclectisme, Miller a dirigé Robert Taylor dans Billy the Kid en 1941, John Wayne dans Les Tigres Volants (Flying Tigers) en 1943 et les Marx Brothers dans La Pêche au Trésor (Love Happy ) en 1949. Ses films les plus connus seront néanmoins Seuls sont les Indomptés (Lonely are the Brave) avec Kirk Douglas et donc Le Masque Arraché (Sudden Fear). Ce dernier fut nominé quatre fois aux Oscars dans les catégories Meilleure Actrice pour Joan Crawford, Meilleur Acteur pour Jack Palance, Meilleurs Costumes et Meilleure Photographie pour Charles Lang.

Loué par François Truffaud, le film n’usurpe en rien son statut de classique instantané du film noir grâce d’une part à une réalisation inspirée et d’autre part à une interprétation souvent habitée.

Un scénario aussi bon soit-il ne fait pas obligatoirement un bon film. Encore faut-il que le réalisateur soit en mesure de le porter avec talent à l’écran. Et c’est ce que parvient à faire David Miller. Sa réalisation inventive parvient à mêler longues scènes romantiques, aux premiers rangs desquelles la rencontre Myra Hudson / Lester Blaine et le jeu de séduction qui en découlera, et de nombreux morceaux de bravoure (scène finale frénétique) et de suspense (meurtre et conséquence rêvés) sans que cela ne rende le tempo bancal. Miller tire également le meilleur des décors naturels de San Francisco où se déroule la quasi totalité du film. On sait la ville cinégénique avec ces rues en pentes raides, sa localisation géographique entre baie et océan, ses édifices… Hitchock a magnifiquement filmé la ville dans Sueurs Froides (Vertigo) en 1958. Mais lorsque l’on met en parallèle les deux films d’un strict point de vue des décors, nous sommes en droit de nous demander jusqu’à quel point Hitchcock n’a pas voulu rendre un discret hommage à Sudden Fear, plusieurs lieux de tournage étant communs aux deux métrages comme, par exemple, le Fine Art Museum. Sans parler de cette scène « vertigineuse » où Jack Palance est comme intimidé par le vide sur le sentier qui mène de la résidence de sa riche épouse à l’embarcadère… L’ombre du maître du suspense semble planer sur le film de Miller mais avec plusieurs années d’avance. Car cette particularité du vide et de la peur de la chute chez Hitchcock ne se fera réellement présente qu’à partir de Fenêtre sur Cour (Rear Window), après une brève allusion dans La Cinquième Colonne (Saboteur), pour se poursuivre avec Vertigo et La Mort aux Trousses (North by Northwest).

L’interprétation est quant à elle au diapason de la réalisation. Joan Crawford, dont la camera fixe sans cesse son visage afin d’en capter la moindre émotion, la moindre fêlure qui pourrait la faire basculer dans la folie que l’on sent proche, est assez impressionnante et présage de ce que sera le reste de sa carrière, à la limite de l’horreur, et dont le point d’orgue sera Qu’est-il Arrivé à Baby Jane?. Pour lui donner la réplique, Jack Palance, qui, sans posséder l’expérience de son aînée puisqu’il s’agit là de son troisième film, parvient à faire jeu égal avec cette dernière. Malgré un physique atypique (caricaturé dans Phil Defer, aventure de Lucky Luke par Morris), il sait être charmeur et plaisant dans la première partie du film avant de faire varier son jeu pour devenir franchement inquiétant et dangereux. Face à ces deux « monstres », Gloria Grahame parvient à faire exister son personnage de femme décidée, ce qui n’était pas gagné d’avance tant ses deux partenaires « bouffent » l’écran.

Réalisation inspirée, photographie de toute beauté, interprétation de haute tenue font de ce Masque Arraché un classique qu’il ne faut absolument pas louper d’autant que cette édition est tout simplement de toute beauté!

Edition DVD :

Rimini Editions nous permet, une fois de plus, de profiter d’un classique du cinéma dans des conditions optimales. L’image est tout simplement sublime. Le grain est parfaitement géré, le noir et blanc joliment velouté et rend parfaitement hommage au magnifique travail sur la photographie de Charles Lang. La bande-son, en vo avec sous-titres désactivables, est limpide et sans souffle. Du travail d’orfèvre!

Côté bonus, nous avons droit à un entretien avec Antoine Sire de 39 mn.

Le Masque Arraché est à retrouver en dvd ici

Fiche technique :

  • Réalisation : David Miller
  • Scénario : Lenore J. Coffee et Robert Smith
  • Photographie : Charles Lang
  • Musique : Elmer Bernstein
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 110 minutes

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