Le Monocle Rit Jaune / L’Ispettore Spara a Vista

Le Monocle Rit Jaune / L’Ispettore Spara a Vista

Synopsis :

Une vague de meurtres et d’attentats ensanglante le monde de la recherche nucléaire. L’Etat français charge le commandant Dromard, dit Le Monocle, de mettre un terme définitif à ces exactions. Son enquête le mène rapidement à Hong-Kong.

Critique :

Le Monocle. Derrière ce pseudonyme se cache le commandant Dromard, personnage littéraire né sous la plume de Gilbert Renault. Résistant de la première heure, ce dernier est à l’origine de l’un des réseaux de renseignements les plus efficace durant le second conflit mondial. A la Libération, il couche sur le papier ses mémoires de guerre. Fervent anticommuniste et catholique convaincu, il écrit également de nombreux livres sur ses idées et idéaux. En 1960, il bascule dans le roman policier avec Le Monocle Noir (prix du Quai des Orfèvres) puis dans l’espionnage avec L’Œil du Monocle et Le Monocle Passe et Gagne (1962). Scénariste pour les trois adaptations cinématographiques signées Georges Lautner, il sera sobrement crédité Rémy, l’un de ses pseudonymes du temps de la résistance. A la photographie du Monocle Rit Jaune, nous retrouvons Maurice Fellous (Des Pissenlits par la Racine) et au montage Michelle David (Le Professionnel).

Vous voulez du dépaysement ? vous allez être servi. Tourné sur les lieux même de l’action, mais aussi à Macao, Le Monocle Rit Jaune et son réalisateur vous convient à suivre des protagonistes littéralement noyés au milieu de la foule des rues et des marchés populaires, à naviguer parmi les milliers de jonques agglutinées les unes aux autres, à se recueillir au cœur de lieux de culte ou à assister à une pièce de xiqu. La capitale hong-kongaise alors sous protectorat anglais des années 60 n’aura plus aucun secret pour vous. De longues séquences qui, si elles étaient retirées au montage, amputeraient la durée du film d’un bon quart. Et pourtant, le charme opère. L’ennui ne gagne jamais le spectateur. Georges Lautner s’attache à filmer la population au plus près, avec respect, sans jamais tomber dans le cliché du « péril jaune », et ce même lorsque sa caméra se pose sur les méchants de l’histoire. Ces scènes, finalement utiles, servent de liant entre des péripéties et des situations marquées du sceau de l’absurde et où les dialogues brillent parfois par leur non-sens.

Si Le Monocle Rit Jaune (1964) rempli parfaitement le cahier des charges du film d’espionnage, il le fait avec ce je-ne-sais-quoi de décalé qui le place en marge de la production d’alors. Car en cette année 64, OSS 117 se rend à Bangkok (Banco à Bangkok pour OSS 117), Lemmy Caution à maille à partir sur le territoire américain (A Toi de Faire… Mignonne) et James Bond à la bougeotte entre les Etats-Unis, l’Angleterre et la Suisse (Goldfinger). Les éléments scénaristiques de ces trois divertissements sont peu ou prou les mêmes que ceux utilisés par Albert KantoffJacques Robert et Rémy. Enjeu mondial, intrigue tortueuse, individus troubles adeptes du double jeu, courses-poursuites, fusillades, bagarres, belles créatures. Tout y est. Les scénaristes s’attachent même à créer tout au long du film une filiation entre le Monocle et ses glorieux collègues internationaux grâce à de savantes petites touches disséminées ça et là. Ainsi, Dromard compare son acolyte, le sergent Poussin, à Lemmy Caution, leur contact sur place utilise comme couverture une boîte d’import / export tout comme 007, les combats faits d’arts martiaux renvoient à OSS 117. Mais il n’en oublie pas pour autant ses origines. Conscient qu’il vient du roman policier, il revêt, sous forme de clin d’œil, le temps d’une scène, le pardessus et le couvre-chef de Bogart.

Tout cela peut paraître sérieux, voire rébarbatif, de prime abord. Mais il n’en est rien. Et ce grâce à des personnages à cent lieux des dangers qui les occupent. Le Monocle est un dandy de l’espionnage. Il se veut poète (« Monsieur Poussin, cette terre est la Chine, éternelle… Sentez-vous le parfum des alizées qui vous apportent les douces senteurs de l’Empire du Milieu ? Entendez-vous le tintinnabulement des porcelaines de l’époque ? Dans les Palais verdoyants, où les Mandarins laissent s’écouler le temps paisible, en compagnie de concubines passives ?« ), s’attache à toujours se comporter selon la bienséance. Le sort du monde libre a beau être entre ses mains, il tue le petit doigt en l’air tout en dodelinant du chef. En bon français, il n’oublie pas que l’ennemi héréditaire n’est pas une obscure secte chinoise mais bien l’Angleterre (« Mais enfin, nous ne sommes pas en guerre avec les anglais, que je sache ? » « Il est toujours bon, jeune homme, d’être en guerre avec les anglais« . Poussin écoute avec déférence son supérieur même s’il ne comprend pas ou ne situe pas toujours dans le contexte les propos de ce dernier. Mayerfitsky, contact peu courageux dans l’action, saura pourtant se sacrifier en entonnant J’Irai Revoir ma Normandie… L’action, parlons-en, puisque l’humour du film naît aussi de celle-ci ! Entre une scène dans une fumerie d’opium où l’on chasse le dragon, une confrontation dans un restaurant à la chorégraphie lorgnant du côté du West Side Story de Wise et une fusillade dans une ruelle étroite où notre Monocle réussit un magnifique coup double improbable, les situations ubuesques s’enchaînent les unes après les autres. Pour notre plus grand plaisir !

Paul Meurisse (La Grosse Caisse) interprète à merveille ce Monocle revenu de tout, surtout d’Indochine. Il est l’incarnation même du personnage, à tel point que l’on ne peut imaginer un autre acteur pour le remplacer. Robert Dalban (Le Baron de l’Ecluse) est comme toujours parfait en faire-valoir qui en impose. Tout comme Marcel Dialo (Casablanca), le contact des deux hommes. Olivier Despax (Le Dernier Train du Katanga), ersatz d’Alain Delon, s’en sort avec les honneurs. Reste le « cas », Barbara Steele (Le Masque du Démon), largement en retrait. Ce qui reste compréhensible au vu de l’attitude d’un Paul Meurisse à cent lieux de la galanterie de son personnage! On notera le petit rôle d’une Renée Saint-Cyr (Quelques Messieurs Trop Tranquilles) toujours aussi classieuse et la très courte, mais hilarante, apparition de Lino Ventura (Dernier Domicile Connu).

Le Monocle Rit Jaune est un film d’espionnage comme à nul autre pareil. Le charisme des acteurs est pour beaucoup dans la réussite de cette histoire abracadabrantesque faite d’une succession de péripéties aussi barrées les unes que les autres. On ne peut regretter que Coin de Mire Cinéma n’ait eu la possibilité de sortir les deux premiers opus, Le Monocle Noir et L’Œil du Monocle. Notre bonheur aurait été total.

Edition blu-ray :

Encore une formidable réussite à mettre au crédit de Coin de Mire Cinéma. Le Monocle Rit Jaune, ici restauré en 4K, nous est présenté dans ce qui peut être considéré comme sa version définitive tant le master est sans défaut, le grain parfaitement géré et le niveau de détail élevé. Un pur régal pour les yeux. Les oreilles ne sont pas en reste avec une bande son sans souffle et mettant en avant la formidable BO jazzy de Michel Magne (la série des Fantômas, des Angélique, des OSS 117…).

En guise de bonus, nous retrouvons une présentation du film par Julien Comelli et les habituels photos d’exploitation, l’affichette du film, le livret, les réclames et le journal d’époque pour une séance complète immersive.

Retrouvez Le Monocle Rit Jaune directement auprès de Coin de Mire Cinéma ici et ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Georges Lautner
  • Scénario : Albert Kantoff, Jacques Robert et Colonel Rémy
  • Photographie : Maurice Fellous
  • Montage : Michelle David
  • Musique : Michel Magne
  • Pays  France –  Italie
  • Genre : Comédie d’espionnage
  • Durée : 100 minutes
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7 réflexions sur « Le Monocle Rit Jaune / L’Ispettore Spara a Vista »

  1. Ah ce sacré Monocle ! J’en ai beaucoup entendu parler et je crois qu’après t’avoir lu, je vais le voir d’un nouvel œil. Je le prenais jusqu’alors pour un de ces espion poussiéreux des années soixante, frayant chez Coplan, le Tigre ou le Bonnisseur de la Bath. Et pour tout dire, pas convaincu par le choix de Meurisse dans le rôle titre (acteur que j’aime énormément par ailleurs). Je découvre une distribution de haute volée et des arguments qui font mouche. Je pourrais bien être la prochaine cible de cette édition.

  2. Merci. Je devrais rester dans la comédie policière le temps d’une dernière chronique avant de revenir à mes premiers amours.

  3. Il y a ici une bonne dose de dérision, contrairement à d’autres productions célèbres. Le résultat est surprenant mais plaisant. Seule Barbara Steele n’est pas à son aise. Mais on la comprend. Elle a dû regretter sa Hammer !

  4. Barbara Steele a aussi beaucoup travaillé en Italie, elle connaît les tournages en langue étrangère. Peu être moins à l’aise avec les Français alors.

  5. C’est surtout que Paul Meurisse ne voulant pas travailler avec une actrice « spécialisée » dans l’horreur a juste été odieux avec elle. Au point que Lautner a par la suite toujours refusé de retravaillé avec lui.

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