Le Passé se Venge (The Crooked Way)

Le Passé se Venge (The Crooked Way)

Synopsis :

Eddie Rice, un vétéran de la seconde guerre mondiale souffrant d’amnésie, se rend à Los Angeles en quête de son passé. Dès lors, sa vie est en danger…

Critique :

1949. La société La Brea Productions Inc. demande au scénariste Richard H. Landau (Le Monstre) d’adapter pour le grand écran la pièce radiophonique imaginée par Robert Monroe intitulé No Blade Too Sharp. Dans le même temps, Robert Florey est engagé pour tenir le poste de réalisateur. D’origine franco-américaine, Robert Florey commence sa carrière comme assistant et acteur auprès de Louis Feuillade (Fantômas, Les Vampires) puis de King Vidor (Duel au Soleil) et de Josef Von Sternberg (L’Ange Bleu). Le Passé se Venge se positionne au terme d’une carrière prolifique et éclectique qui aura permis à Florey de toucher à de nombreux genres cinématographiques (Double Assassinat dans la Rue Morgue, La Fille de Shanghai…).

Le prétexte de l’amnésie s’avère être un ressort dramatique courant dans le cinéma et le film noir ne déroge pas à la règle. Street of Chance avait ouvert la voie dès 1942 à un détournement des codes du genre en permettant aux scénaristes et réalisateurs d’inverser des rôles jusque là bien établis faisant de la victime un détective amateur qui enquête sur son propre passé. Le Passé se Venge est dès lors à rapprocher de Quelque Part dans la Nuit de Joseph L. Mankiewicz et Le Pigeon d’Argile de Richard Fleischer, leur personnage principal ayant pour point commun d’être des vétérans de la seconde guerre mondiale devenus amnésiques. Mais si ces deux derniers titres s’avèrent être des réussites, Le Passé se Venge ne tient pas toutes ses promesses.

En effet, Le Passé se Venge souffre principalement d’une construction en deux parties bien faibles et trop fournies qui n’arrivent jamais à élever son intrigue au-delà d’une série B moyenne. Alors que la première moitié du film s’attache à traiter de l’amnésie de Rice / Riccardi, à grand renfort de voix off, et de ses retrouvailles tendues avec son ex-femme, la seconde, arrivant de façon trop abrupte sans que tout les éléments dramatiques ne soient définitivement posés, met en avant la confrontation violente mais sans réel suspense entre Riccardi et ses anciens complices. A trop vouloir en dire, Robert Florey ne finit rien. Les nombreuses sous-intrigues non exploitées plombent le récit et en deviennent peu plausibles laissant le spectateur, dubitatif, sur le bord du chemin.

Pourtant, Le Passé se Venge a un énorme atout dans sa manche en la personne de John Alton (La Brigade du Suicide, Marché de Brutes…). En maître ès noir et blanc, le directeur de la photographie a là l’occasion de démontrer toute l’étendue de son talent. On pense notamment aux silhouettes de Rice et de son ex-femme se découpant sur une fenêtre de la maison de cette dernière, Rice / Riccardi déambulant de nuit dans une ville éclairée aux seules lumières des néons et bien d’autres encore. Même si le film est, en terme de traitement de son histoire, bien faible, il s’avère être visuellement très beau à regarder.

L’autre gros défaut du film est à rechercher du côté de son casting. John Payne (Le Quatrième Homme, Deux Rouquines dans la Bagarre) se montre peu convaincant dans le premier acte avant de réussir à élever quelque peu son jeu lors du second. Le reste du casting ne fait guère mieux entre une Ellen Drew (L’Heure du Crime) bien fade, un Rhys Williams (Tokyo Joe) qui semble réciter ses lignes de dialogues et un Sonny Tufts (Duffy’s Tavern) absolument pas crédible en chef d’une puissante organisation criminelle. Et aux spectateurs de rêver à un casting plus alléchant.

Le Passé se Venge aurait finalement gagner à se débarrasser de tout le superficiel qui l’alourdit si considérablement pour ne se fixer que sur l’essentiel à savoir le combat d’un homme pour faire oublier son passé criminel et ainsi démarrer une nouvelle vie. Reste la sublime photographie de John Alton.

Edition dvd :

Le Passé se Venge nous est présenté ici dans un master honorable où le très beau noir et blanc est malheureusement entaché par de très nombreuses griffures, traits verticaux et marques de changement de bobines. La bande-son, uniquement proposé en version originale sous-titrée français, est clair, puissante et sans souffle.

Comme à son habitude, Sidonis Calysta se contente des sempiternelles présentations des spécialistes du genre que sont Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

Le Passé se Venge est disponible en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Robert Florey
  • Scénario : Richard H. Landau
  • Photographie : John Alton
  • Montage : Frank Sullivan
  • Musique : Louis Forbes
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 90 minutes
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2 thoughts on “Le Passé se Venge (The Crooked Way)

  1. Je prends bonne note de cette édition d’un film que je ne connaissais pas du tout. La photo d’Alton suffit à elle seule à motiver mon envie de le découvrir (malgré les réserves formulées).

  2. Le travail d’Alton vaut à lui seul de voir le film. J’ai été en admiration devant certains plans. L’histoire est convenue mais reste agréable à suivre. A voir, vraiment.

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