Le Petit César (Little Caesar)

Le Petit César (Little Caesar)

Synopsis : Ascension et déclin d’un porte flingue de la pègre de Chicago, Caesar Enrico Bandello dit Rico.

Critique : Le 29 janvier 1919 fut ratifié le 18ème amendement de la Constitution des Etats-Unis. Ce dernier élargissait la prohibition à l’ensemble des 52 Etats. Mais ce fut un échec cuisant pour les autorités et ce pour trois raisons. La première raison est que le gouvernement a eu le plus grand mal à faire respecter uniformément la loi dans les différents états, la seconde et non des moindres fut le krach boursier de 1929 qui obligea l’état à chercher à prélever des taxes et celles sur l’alcool manquaient cruellement. La troisième raison est celle qui nous intéresse le plus et concerne la criminalité. L’alcool devenu illégal, les petites bandes de malfrats virent là de quoi augmenter de manière substantielle leurs revenus. Elles s’organisèrent et certaines devinrent de puissants gangs. Elles prirent le contrôle de distilleries clandestines et mirent en place une économie souterraine les enrichissant. Avec pour conséquence immédiate la lutte entre gangs rivaux pour le contrôle de territoires. De son côté, en parfait reflet de la société, le cinéma s’empara du sujet et livra aux spectateurs pendant les premières années de la prohibition une vision idéalisée et romantisée du gangster (Underworld…), celui qui s’élevait contre « l’oppression » d’un gouvernement privant de liberté ses citoyens. Mais un événement majeur allait faire changer la perception même des américains sur la situation et ces acteurs, le massacre de la Saint-Valentin en 1929. En pleine guerre des gangs, Al Capone organisa le meurtre de sept hommes appartenant à la bande de son rival Moran dans un entrepôt de Chicago. Cela frappa les américains qui prirent conscience de la lutte que se livraient les gangs, des conséquences en perte de vie humaine que cela pouvait engendrer et que les gangsters existaient réellement. Encore une fois, le cinéma, et en particulier la Warner Bros, sentit le vent tourner et réagit prestement.

Le Studio dégaine Au Seuil de l’Enfer (Archie Mayo) puis L’Ennemi Public (William A. Wellmann) avec James Cagney qui deviendra l’image même du gangster au cinéma. Entre ces deux titres, sort Le Petit César de Mervyn LeRoy avec Edward G. Robinson.

Le scénario est tiré d’un roman de William Riley Burnett. Un temps réceptionniste dans un hôtel, il a tout le loisir d’observer le monde des truands et en tire son premier roman, Little Caesar. Grâce à la réussite de l’adaptation de son roman, il se lance comme scénariste et signe entre autres Scarface de Howard Hawks (1932), Tueurs à Gage de Frank Tuttle (1942), La Peur au Ventre de Stuart Heisler (1955) ou La Grande Evasion de John Sturges (1963).

A la lecture du livre de Burnett, Mervyn LeRoy est frappé par le style quasi documentaire de l’auteur et voit dans le sujet la possibilité de livrer au public une histoire de gangsters aussi noire que possible, ce qui n’était pas habituel à cette époque. Il propose le sujet à Jack Warner qui dans un premier temps refuse avant de se laisser convaincre. Pour le casting, Edward G. Robinson est un choix tout naturel pour les producteurs, un contre-pied idéal pour cette acteur réputé pour sa gentillesse. Clark Gable est dans un premier temps retenu pour incarner l’ami de Edward G. Robinson mais ces derniers lui préfèrent Douglas Fairbanks Jr.

Contrairement à nombre de films de gangsters, Le Petit César mise plus sur l’étude psychologique de ses personnages que sur l’action, même si on échappe pas aux fusillades et exécution d’usage. L’ascension d’un homme rêvant de se faire un nom est parfaitement retranscrite bien servie par le jeu tout en subtilité de Robinson qui crée là un personnage, maintes fois copié. Utilisant au mieux un budget plutôt faible, LeRoy propose une mise en scène inspirée, jamais statique, bien que certaines scènes peuvent paraître quelque peu vieillottes aujourd’hui.

Le Petit César à son importance dans l’histoire du genre policier en imposant des thématiques encore utilisées de nos jours. Le personnage de Robinson n’est pas un gangster par accident mais par désir. Désir de puissance, désir de s’élever dans la société. C’est un paranoïaque et un instable, sa relation avec son ami, tout en désir (encore) de domination et ses relations conflictuelles avec sa mère habillent le personnage de Robinson d’une ambiguïté rare pour l’époque. Malgré tout, on lui garde une certaine sympathie car il agit en plein jour sans se cacher contrairement aux politiciens véreux qui l’utilisent avant de s’en débarrasser. Le décor a également son importance. Tourné en décor naturel, le film permet aux spectateurs de découvrir Little Italy pour la première fois au cinéma, 40 ans avant Mean Streets de Martin Scorsese. Rues désertes au silence pesant seulement brisé par le bruit des coups de feu et des passages des véhicules des gangsters. On remarque également l’utilisation, pour la première fois dans le cinéma de ces années, des armes, des voitures et des téléphones de façon soutenue. Sans parler des vêtements, symbolisant la réussite sociale. En effet, ils prennent de la valeur à mesure que le personnage prend de l’importance permettant ainsi aux spectateurs d’identifier facilement les gangsters. De plus, Le Petit César inaugure l’histoire en trois parties : ascension, apogée, chute.

Pour toutes ces raisons et malgré certaines scènes datées (notamment en intérieur), Le Petit César est un reflet passionnant de la société américaine de l’époque en cette fin de prohibition.

Edition dvd :

Fiche Technique :

  • Réalisation : Mervyn LeRoy
  • Scénario : Francis Edward Faragoh
  • Montage : Ray Curtiss
  • Musique : David Mendoza
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film de gangsters
  • Durée : 78 mn

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