Le Port de la Drogue (Pickup on South Street)

Le Port de la Drogue (Pickup on South Street)

Synopsis : Skip McCoy, fraîchement sorti de prison, reprend son activité de pickpocket dans le métro de New York. Il dérobe le portefeuille de Candy, une jeune femme, contenant les plans de la bombe atomique sur microfilm et destiné à des agents communistes. Ces derniers ainsi que le FBI se lancent à sa poursuite.

Critique : Entre 1945 et 1955, se constituent les blocs de l’Ouest et de l’Est dominés respectivement par les Etats-Unis et l’Union Soviétique, autour desquels de nombreux pays se sont regroupés. Les communistes deviennent donc l’ennemi des valeurs démocratiques et, tout naturellement, le cinéma américain s’emparera de ce thème pour illustrer nombre de films au rang desquels, on peut citer The Woman on Pier 13, The Red Menace ou I was a Communist for the FBI. En 1953, Samuel Fuller y va de son pamphlet en s’emparant d’une histoire de Dwight Taylor pour proposer aux spectateurs un Film Noir aux accents anticommunistes assumés. Mais est-ce vraiment aussi simple?

Un film purement anticommuniste nous aurait, à mon sens, proposé une histoire articulée autour d’un personnage principal aidé par les autorités pour contrer la menace Rouge. Il n’en ait rien. Skip McCoy, le « héros », ou plutôt l’anti-héros, est un pickpocket ayant déjà fait trois séjours en prison. Il ne semble ressentir que de l’inimité pour ses semblables. De par son comportement cynique, agressif et violent, McCoy n’attire pas le moins du monde la sympathie du spectateur. Le seule personnage ayant réellement de l’affection pour lui en début de film est une certaine Moe, vieille femme qui survit en vendant des cravates bon marché. Là aussi, ce personnage a sa part d’ombre. En effet, elle arrondit ses fins de mois en dénonçant à la police les pickpockets contre rétribution. Elle n’hésitera pas à « vendre » Skip aux policiers et à Candy. Et que dire de cette dernière, première victime de McCoy dont il finira difficilement par s’éprendre. C’est une prostituée qui vient de se séparer de son ami (souteneur?), Joey, mais qui reste sous son influence. Rapidement, elle semble vouloir tomber dans les bras de Skip, malgré la brutalité qu’il peut exercer à son encontre. Quant à la police et au FBI, ils en sont réduits à mendier l’aide du voleur pour récupérer le précieux objet. A aucun moment, la fibre patriotique ne fera vibrer Skip ou Candy qui n’agissent que par pur égoïsme. Ils finiront ensemble mais continueront leurs activités passées, le vol pour l’un, la prostitution pour l’autre. Et cela avec un grand sourire.

Un voleur sans état d’âme, une prostituée sans avenir, une vieille femme en fin de vie, une police que l’on pourrait taxer d’inexistante. On peut rêver mieux comme brochette de héros.

Samuel Fuller n’est pas tendre non plus, mais là c’est plus compréhensible, avec les agents Rouges, au premier rang desquels Joey. Incarné par Richard Kiley, ce dernier est un être veule. Filmé le plus souvent en gros plan, il arbore un visage tout en sueur où transparaît la peur. Il se sert de Candy pour mener à bien la mission qui lui a été confiée, par peur d’être démasqué. Il finira, en dernier recours, par prendre les armes mais ne sera capable que de tuer une vieille femme qui lui tient tête avec bravoure et à passer à tabac Candy. Ses commanditaires sont réduits quand à eux à des personnages sans importance, uniquement là pour forcer Joey à agir par lui-même.

Au niveau de la mise en scène, il faut reconnaître à Samuel Fuller la capacité de plonger le spectateur directement dans l’intrigue. Preuve en est cette formidable scène de fauche en plein métro New-Yorkais. La suite étant du même acabit. Les dialogues fusent, les personnages sont magnifiquement croqués, la mise en lumière met toujours en valeur les acteurs. Et la scène finale, prenant place une fois encore dans une station de métro, permet au réalisateur de boucler la boucle.

On l’aura compris, Samuel Fuller nous livre un vrai Film Noir et non un simple film de propagande.

En terme de casting, nous retrouvons Richard Widmark (Skip McCoy) trimbalant son cynisme et sa rudesse en toute occasion, ne se séparant jamais de son petit sourire en coin, Jean Peters (Candy) toute en sensualité, Thelma Ritter (Moe) en vieille femme digne et Richard Kiley, l’image incarnée de la lâcheté. Aucune fausse note, même en terme de seconds rôles où chacun fait le job avec conviction.

Alors, on a vu que le scénario parlait de microfilms et d’agents Rouges, entendons sympathisants communistes. Et le titre français est Le Port de la Drogue! Quel rapport? Eh bien, aucun! En France, en 1951, le Parti Communiste Français réalise le score de 25.6% aux législatives et en 1953,  le candidat communiste Marcel Cachin réalise 12.2% des voix aux élections présidentielles. Le PCF représente une vraie opposition. Autant dire que le studio a décidé de ne pas se couper de spectateurs potentiels pour des raisons politiques. Le film étant tourné et prêt à être distribué, la seule solution était de changer le titre du film et les lignes de dialogues mentionnant le microfilm et des agents communistes. Le microfilm ne contient plus des plans d’une bombe mais la recette d’une nouvelle drogue et les dialogues ne parlent plus que de produits illicites. D’où le titre.

En conclusion, un des meilleurs Films Noirs qui m’ait été donné de voir.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Samuel Fuller
  • Scénario : Samuel Fuller
  • Montage : Nick DeMaggio
  • Musique : Leigh Harline
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Format : Couleur
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 80 mn

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