Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential)

Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential)

Synopsis :

Un temps soupçonné d’avoir participé à un braquage, Joe Rolfe se lance sur les traces des vrais criminels afin de se disculper.

Critique :

Le scénario, tiré d’une histoire originale signée Rowland Brown et Harold Greene, est l’œuvre des scénaristes George Bruce (Salomon et la Reine de Saba) et Harry Essex (Desperate). Les deux hommes travaillent alors pour la United Artists qui vient d’être rachetée à hauteur de 50% par Arthur Krim et Bob Benjamin avec l’aide financière d’Edward Small. C’est ce dernier, fort d’un contrat passé pour treize films avec le Studio, qui tiendra le rôle de producteur pour Le Quatrième Homme. La réalisation est confiée à Phil Karlson. Bien moins connu qu’un Anthony Mann ou un Richard Fleischer, il participera néanmoins à faire du film noir un genre incontournable avec ce qui restera comme son titre le plus emblématique de sa carrière, Le Quatrième Homme. Sans bien sûr omettre Coincée, On ne Joue pas avec le Crime, The Phenix City Story et Les Frères Rico (adapté de Georges Simenon). Le directeur de la photographie George E. Diskant (La Brigade des Stupéfiants, L’Énigme du Chicago Express, Bigamie) et le jeune monteur Buddy Small (L’Affaire de la 99ème Rue) rejoignent l’équipe technique.

Lorsque l’on dit film noir, les premiers titres qui viennent à l’esprit sont fort justement Le Faucon Maltais, En Quatrième Vitesse, Assurance sur la Mort, La Griffe du Passé ou bien encore Boulevard du Crépuscule. A l’image de son réalisateur, Le Quatrième Homme passe lui régulièrement sous les radars. Et pourtant, ce dernier recèle de sacrés qualités.

La grande force de Le Quatrième Homme est à rechercher dans son scénario très travaillé mais jamais confus et sa réalisation franchement inspiré. On sait le film noir codifié à l’extrême. Ses ruelles sombres, humides, déstructurées, où le danger peut surgir de n’importe quelle ombre ou recoin. Ses flics brutaux enfreignant les lois pour arriver à leurs fins. Ses gangsters sans états d’âme, machiavéliques, sadiques. Ses femmes fatales, vénales, dominant les hommes. Ses vétérans de la seconde guerre mondiale flirtant avec la délinquance. Ses détectives privés en imperméable, chapeau et à la cigarette vissée au coin des lèvres. Ses intrigues tortueuses. Sa réalisation faite de flashbacks. Karlson connaît et maîtrise ces aspects. Mais il a une idée derrière la tête…

Le Quatrième Homme démarre donc de la façon la plus classique par la préparation du braquage, son déroulé et l’arrestation d’un innocent par une police sur les dents et sacrément agressive. Repérage d’usage, recrutement de l’équipe de criminels par un individu dont on ignore tout sinon qu’il est dangereux et intelligent, passage à l’acte brutal suivi d’une fuite tout aussi rapide, réaction de la police et interpellation d’un suspect sur la seule base d’un véhicule correspondant. On sait l’individu arrêté innocent. Pas les inspecteurs, adeptes de la manière forte et du passage à tabac. Une police peu regardante. Il est innocent ? Qu’à cela ne tienne. Encore un ou deux interrogatoires et il s’accusera de tout tout seul. Notre innocent mal-en-point finit par se tirer des griffes de la police. Seul moyen de se laver d’accusations qui ont la vie dure ? Démasquer les vrais coupables. Et il sait où se rencarder. Direction un bouge où le serveur est un ancien compagnon d’arme à qui il a sauvé la vie à Iwo Jima. Phil Karlson récite ses gammes. Le spectateur, lui, est en terrain connu. C’est le moment que choisi le réalisateur pour prendre ses distances avec le genre. Lui donner d’autres atours.

On le sentait venir depuis un certain temps, les criminels devant s’exiler. Histoire de se faire oublier. Changement de décor. Direction le Mexique. Le dépaysement n’est pas immédiat. Notre innocent se rend d’abord à Tijuana et, bien aidé par un chauffeur de taxi, va de tripot en tripot à la recherche de sa première cible. Au travers de ruelles sombres communes au film noir, il remontera jusqu’à sa tanière et le réduira à l’impuissance. La police locale le fera passer ad patres peu de temps après, permettant ainsi à notre innocent de se substituer au malfrat. Dès lors, le décor change du tout au tout. Fini les chambres d’hôtels miteux. Direction la station balnéaire de Barados et ses bungalows tout confort, son bar, ses employé(e)s avenant(e)s, sa piscine… Finies les rues sales. Ici, la végétation, luxuriante, règne en maître. Mais un changement de décor ne prémunit de rien. D’autant plus si vous y placez les mêmes dangereux individus. Au milieu de ce petit paradis terrestre évoluent, se jaugent les deux criminels survivants, le vengeur et, au-dessus de tous, ce fameux quatrième homme non encore identifié par les protagonistes. Mais surtout, il est le théâtre d’une arrivée imprévue, celle de la Femme.

Dès cet instant, Le Quatrième Homme prend des allures de huis-clos au cours duquel Phil Karlson va coller au plus près de ses personnages. Traquant le moindre de leurs mouvements, de leurs réactions. Les alliances, les trahisons vont aller bon train entre les trois hommes. Le cerveau de l’opération se tenant encore à bonne distance. Mais c’est l’irruption de la Femme qui va précipiter, une fois de plus, les évènements et révéler aux spectateurs tout le machiavélisme de cette histoire !

Ce qui va suivre peut s’avérer dangereux pour qui n’a pas vu le film. Passez donc votre chemin si vous désirez garder toute la surprise d’une intrigue pas aussi simpliste que cela !

N’importe quel scénario, n’importe quelle réalisation tomberaient irrémédiablement à l’eau si l’interprétation n’était pas à la hauteur. Heureusement, c’est loin d’être le cas avec Le Quatrième Homme.

L’autre gros atout de Le Quatrième Homme est sans nul doute son casting. John Payne (Le Passé se Venge), dur au mal mais faisant aussi preuve de charme et de compassion, est parfait en innocent bafoué. Dans le rôle des trois sbires, Lee Van Cleef (Association Criminelle), charmeur comme un serpent, Neville Brand (Mort à l’Arrivée), froid et dangereux, et Jack Elam (Sables Mouvants), nerveux et difficilement contrôlable, ont la parfaite gueule de l’emploi. Ici, aucune facilité, leurs rôles sont parfaitement écrits. Preston Foster (La Grande Nuit) impose avec force sa stature mais sait aussi se montrer tendre lorsque les évènements l’exigent. Une prestation mesurée de grande qualité. Face à ce casting exclusivement masculin, il aurait pu être difficile d’exister pour Coleen Gray (Le Carrefour de la Mort, L’Ultime Razzia). Pourtant, force est de constater qu’elle s’en tire avec les honneurs malgré son peu de temps à l’écran. C’est parfait !

S’affranchissant de codes inhérents au genre que l’on croyait immuables, Le Quatrième Homme possède sa propre personnalité qui en ferait presque une œuvre à part dans le monde restreint du film noir. Soutenue par une interprétation de qualité, la réalisation de Phil Karlson s’avère sans fausse note et fait de Le Quatrième Homme un titre essentiel d’autant que l’édition signée Rimini est de qualité.

Edition bluray :

Rimini Editions nous permet de (re)découvrir Le Quatrième Homme dans des conditions quasi optimales. Le master s’avère très propre mis à part quelques petits accidents insignifiants, l’image est veloutée, le grain parfaitement géré et le niveau de détail relativement élevé. La bande son, uniquement proposée en version originale sous-titrée français ou non, est parfaitement intelligible et sait se montrer puissante quand il le faut.

Rimini Editions complète Le Quatrième Homme par une introduction à l’œuvre de Phil Karlson par Jean-François Rauger et un livret de 32 pages signés Christophe Chavdia.

Le Quatrième Homme est disponible auprès de la boutique Potemkine directement ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Phil Karlson
  • Scénario : George Bruce et Harry Essex
  • Musique : Paul Sawtell
  • Photographie : George E. Diskant
  • Montage : Buddy Small
  • Pays :  États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 99 minutes

3 thoughts on “Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential)

  1. Phil Karlson, un réalisateur qu’il me faut découvrir. De lui, je n’ai du apercevoir qu’un western (aux allures de Film Noir d’ailleurs), « le salaire de la violence ».
    Ce « quatrième homme » me tente sacrément, il irait rejoindre dans ma DVDthèque celui de Verhoeven.

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