Le Retour de l’Inspecteur Harry (Sudden Impact)

Le Retour de l’Inspecteur Harry (Sudden Impact)

Synopsis : Envoyé dans une petite ville balnéaire de la côte ouest afin de faire retomber la pression médiatique qui pèse sur ses épaules après une énième fusillade, l’inspecteur Harry va enquêter sur une série de meurtres qui va mettre à mal toutes ses convictions.

Critique : L’Inspecteur Harry 28 153 434 $ de recette pour le territoire américain, Magnum Force 44 680 473 $, L’Inspecteur ne Renonce Jamais 46 200 000 $. Ces chiffres font de la saga de l’inspecteur Harry une franchise plus que rentable pour la Warner et Malpaso d’autant plus que les sommes investies ne sont pas des plus élevées. Alors pourquoi se priver de remettre le couvert sept ans après le troisième opus? Les deux Studios vont donc de nouveau s’entendre et mettre en chantier Le Retour de l’Inspecteur Harry.

Charles B. Pierce (Josey Wales, Hors-la-Loi) et Earl E. Smith (L’Ombre de Chikara) signent un premier scénario devant servir de point de départ à un film reposant sur les seules épaules de Sondra Locke. Le personnage de l’inspecteur Harry est alors ajouté à cette histoire de femme décidée à se venger arme à la main des hommes qui l’ont violée. Joseph Stinson (Le Maître de Guerre), dont c’est la première collaboration avec la star, se charge de l’écriture du script définitif. Honkytonk Man étant sur les rails, Clint Eastwood passe derrière la caméra et réalise Le Retour de L’Inspecteur Harry pour ce qui sera, à mon goût, le meilleur film de la saga, après celui de Don Siegel. Et par la même occasion le film le plus rentable des cinq volets.

Le Retour de l’Inspecteur Harry est l’archétype même du film hybride en ce sens qu’il est conçu à partir de deux idées diamétralement opposées.

La figure de l’inspecteur Harry étant entrée dans l’inconscient collectif dès le premier opus, chacune de ses apparitions est attendue par un public friand de punchlines et de fusillades meurtrières. Eastwood, réalisateur, ne peut en aucun cas faire l’impasse sur ces deux caractéristiques sans pour autant s’en contenter s’il veut éviter que son personnage ne devienne un Paul Kersey en puissance avec tout ce que cela peut induire comme conséquence potentiellement désastreuse pour l’Eastwood acteur. Si le film possède bien son lot de violence, tant verbale que physique, la star fait le choix risqué mais payant d’abandonner le rôle principal au personnage incarné par Sondra Locke. Choix payant pour deux raisons.

Au début des années 80, le sous-genre Vigilante est en vogue et donne naissance à de très bons films comme L’Ange de la Vengeance d’Abel Ferrara ou Vigilante, justice sans Sommation de William Lustig. La Warner voulant surfer sur la vague fait donc écrire un scénario sur mesure pour Sondra Locke. Ainsi, Le Retour de l’Inspecteur Harry comporte tous les codes de ce sous-genre avec ces femmes battues et violées un soir de beuverie et la croisade vengeresse de la plus âgée, la plus jeune étant devenue folle et mutique, qui en découle. Mais Eastwood à l’intelligence de ne montrer l’agression que par petites touches tout au long du film, sous forme de flashbacks, comme dans la plus pure tradition du film noir. De plus, le personnage de Jennifer Spencer profite d’une très belle écriture, ce qui n’avait plus eu cours dans la saga Callahan pour un personnage dit « secondaire » depuis le Scorpio du premier volet. Et c’est grâce à ce parti-pris de s’effacer face à elle que Clint Eastwood va trouver le moyen d’étoffer sa propre incarnation.

On sait l’inspecteur Harry, Dirty Harry pour les intimes, mysogine, raciste, portée sur l’utilisation forcenée des armes à feu et surtout tenace dans son métier, traquant sa proie jusque dans ses derniers retranchements. Scorpio, les policiers juges et bourreaux, les terroristes preneurs d’otages en ont fait les frais. Et je ne parle pas du petit délinquant qui braque un magasin pour deux dollars. Mais pour ce quatrième opus, Eastwood lui prépare une sacré surprise. Jusqu’à présent tout avait été si simple dans la vie de Harry! D’un côté les gentils et de l’autre les méchants. Alors oui, il lui est arrivé d’être, à de très nombreuses reprises, limite au regard de la loi mais c’était pour le bien de la communauté. Et voilà qu’il se retrouve à chasser une meurtrière, elle-même victime d’un viol collectif, qui ne cherche qu’à se venger de ses bourreaux. Se retrouvant quasiment dans la même situation que dans Magnum Force, Harry Callahan doit faire un choix. Celui de rendre la justice comme avec les flics justiciers ou, pour une fois, fermer les yeux et approuver la notion controversée de vengeance personnelle. Il fera bien sur le choix de se placer du côté de la victime, de celle qu’il estime être réellement victime, même si cette décision peut paraître, si l’on se pose les bonnes questions, quelque peu réactionnaire. De fait, Le Retour de l’Inspecteur Harry marque le moment où Callahan franchit la limite qu’il s’était jusque là fixé et bascule dans l’illégalité. Idée qui ne sera malheureusement pas reprise pour le cinquième et dernier volet, La Dernière Cible.

Comme à son habitude, Clint Eastwood fait preuve de classicisme pour mettre en images sa propre vision de l’inspecteur Harry. Mais chez lui, classicisme ne veut pas dire simplisme mais plutôt fluidité. Et c’est là l’une des grandes forces du film.

Ce dernier, suivant deux trajectoires bien distinctes finissant par se rejoindre, n’aurait pas fonctionné si Eastwood n’avait su mêler le drame à l’action, les scènes propre à Jennifer Spencer à celles propre à Harry. D’autres s’y seraient perdus. Lui, non! Tout s’enchaîne parfaitement sans rupture de ton, sans temps mort. Tout est dosé et en moins de deux heures de temps, Harry aura flingué des braqueurs, déclamé ses punchlines, se sera attiré les foudres de sa hiérarchie et rendu justice tandis que son pendant féminin se sera vengée sans aucune autre forme de procès. Il aura même réussi à continuer son œuvre de destruction de son personnage, tel un masochiste, en lui infligeant un passage à tabac rappelant furieusement celui de L’Épreuve de Force. Une véritable gageure!

Clint Eastwood parvient parfaitement à restituer le trouble de son personnage par un jeu parfaitement nuancé. Sondra Locke (L’Épreuve de Force), comme l’on pouvait s’y attendre, incarne avec froideur et dureté cette femme en quête de vengeance et tient son rôle d’un bout à l’autre du récit. Leur duo fonctionne parfaitement passant sans mal de la haine à l’amour. A l’image de leur couple. Ray Parkins et Paul Drake, détestables à souhait, participent grandement au sentiment de malaise qui habite le film.

Relevant le niveau de la saga qui avait quelque peu baissé avec le troisième opus, Clint Eastwood parvient à mélanger les codes du rape and revenge movie, du film noir et ceux inhérents aux films de l’inspecteur Harry. Le Retour de l’Inspecteur Harry est un très bon opus dans la plus pure tradition du néo-noir.

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Clint Eastwood
  • Scénario : Joseph C. Stinson
  • Montage : Joel Cox
  • Musique : Lalo Schiffrin
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 113 minutes

Merci à Art de Cinéma pour les images.

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