Le Soleil des Voyous

Le Soleil des Voyous

Synopsis :

Denis Ferrand, ancien voyou surnommé Le Fignoleur, mène désormais une vie apparemment paisible. L’irruption dans sa vie de Jim Beckley, ancien compagnon d’arme, va le décider à tenter le braquage d’une banque située en face du troquet qu’il dirige.

Critique :

Jay M. Flynn entame une carrière de journaliste à Portland immédiatement après la seconde guerre mondiale durant laquelle il servit au sein de l’infanterie. Il se consacrera durant 10 ans aux affaires criminelles avant d’écrire, fort de son expérience, son premier roman noir, The Deadly Boodle, en 1958. Jusqu’en 1979, il publiera pas moins de 29 romans qu’il signera Jay Flynn ou J.M. Flynn, dans des genres aussi différents que le polar, l’espionnage ou le western. En 1961, sort en librairie The Action Man (Je Fignole en France) et adapté pour le cinéma six ans plus tard par Jean Delannoy, sous le titre Le Soleil des Voyous.

Alphonse Boudard, ancien résistant ayant sombré dans la délinquance après-guerre, débute sa carrière littéraire en 1962 avec la publication de son premier roman, La Métamorphose des Cloportes. C’est en 1965, qu’il entame en parallèle une carrière de scénariste en signant l’adaptation de ce dernier pour Pierre Granier-Deferre. 1966 marque sa première et seule collaboration avec Jean Delannoy, également réalisateur, avec qui il signe le scénario de Le Soleil des Voyous. Ce film est l’occasion pour Delannoy de se plonger à nouveau dans le monde du crime et de diriger une fois de plus Jean Gabin après La Minute de Vérité (1952), Chiens Perdus sans Collier (1955), Maigret Tend un Piège (1958), Maigret et l’Affaire Saint Fiacre (1959) et Le Baron de l’Écluse (1960).

Jean Delannoy s’appuie pour Le Soleil des Voyous sur une équipe technique de vétérans que dominent Walter Wottitz, directeur de la photographie auprès de Pierre Granier-Deferre sur Le Chat ou La Veuve Couderc mais aussi pour Richard Fleischer et ses Vikings ou sur Le Jour le Plus Long, et Henri Taverna, son monteur attitré (Marie-Antoinette, Reine de France, Le Majordome…).

Mars 1953. André Bazin fait publier par Les Cahiers du Cinéma des critiques signées de son protégé François Truffaut. Ce dernier incorpore finalement quelques mois plus tard l’équipe de rédacteurs de la revue, avant de rejoindre Arts-Spectacles. Il y retrouve les chantres de la Nouvelle Vague que sont Claude Chabrol, Eric Rohmer ou encore Jean-Luc Godard. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne sera pas tendre avec le cinéma de ses aînés. Ses cibles de prédilection ? Claude Autant-Lara (« Un boucher qui s’obstinerait à faire de la dentelle« ) et Jean Delannoy (« Le meilleur film de Jean Delannoy n’égalera jamais le pire film de Renoir« ). Truffaut éprouve une violente aversion pour le cinéma dit commercial, considérant certains réalisateurs de l’époque comme de simples faiseurs incapables de la moindre émotion. Excès de jeunesse d’un écorché vif ? Peut-être. En tout cas, il regrettera ses dires, même s’il n’avait pas entièrement tort.

Parce qu’il faut bien avouer que Le Soleil des Voyous souffre des mêmes défauts soulevés par Truffaut dans sa critique d’un certain cinéma. Jean Delannoy ne prend affectivement aucun risque en terme de réalisation. Cette dernière est d’un classicisme confondant. Il en résulte pour le spectateur la sensation étrange de suivre les évènements à distance comme peu concerné par le devenir des différents protagonistes. L’intrigue se déroule sans anicroche, les péripéties s’enchaînent à un train de sénateur. Tout cela est professionnel mais sans âme. Les personnages, hormis ceux incarnés par Gabin et Stack, n’ont aucune réelle épaisseur. Il y avait pourtant matière à créer un beau bestiaire entre la jeune tenancière de bar à la cuisse légère, le parrain et ses gorilles et le gangster souffreteux. Quant aux policiers en charge de l’enquête, ils sont tout bonnement absents et parviennent à élucider l’affaire sur un coup de ce fameux Destin qui dirige tant de vies dans l’univers du Film Noir et du Polar. Facilité quand tu nous tiens !

Mais toutes ces remarques en font-elles pour autant un mauvais film ? Non. Loin de là. Parce qu’il se dégage de Le Soleil des Voyous le parfum léger de la nostalgie, de ces films découverts dans les premières années d’une vie de cinéphile. Confortablement installé, le spectateur est flatté par le jeu sans fausse note des interprètes, par des gueules comme on n’en croise plus désormais, par une réalisation tellement lisse qu’elle en devient agréable, par une musique entraînante et planante. Le Soleil des Voyous est une sucrerie à qui on pardonnera sans mal sa bienséance. Je comprends le besoin de renouveau exprimé dans les critiques de Truffaut mais en ces temps quelque peu troublés ce genre de film reste une bénédiction.

La très grande force du film réside, vous l’aurez compris, dans la distribution. Passons rapidement sur les seconds rôles tant ces derniers sont anecdotiques, même si Suzanne Flon (L’Été Meurtrier) et Margaret Lee (Le Cirque de la Peur) tirent quelque peu leur épingle du jeu, pour nous consacrer aux deux têtes d’affiche, Jean Gabin et Robert Stack. Gabin, qui a révolutionné son personnage dans les années ’50, nous propose son habituel gangster bougon, taiseux qui sait se montrer tranchant lorsque le moment s’en fait sentir. Traits de caractère que l’on retrouvera dans ses rôles de policiers et qui, il faut bien l’avouer, plaît tant aux spectateurs. A ses côtés, l’américain Robert Stack (La Maison de Bambou), qui retrouve pour l’occasion la France après avoir tourné, deux ans auparavant, dans Paris Brûle-t-il ? de René Clément. Ce dernier apporte une présence, une jeunesse et un je ne sais quoi de dangerosité propre aux anciens militaires tombés dans le crime dont est friand le cinéma policier. Le plus remarquable est qu’entre les deux hommes l’alchimie fonctionne parfaitement. Leur scène de retrouvailles, en pleine mise à sac d’un restaurant, est criante de vérité, comme si les deux acteurs étaient réellement heureux de se retrouver après une trop longue absence. Et de tenir là la plus belle scène du film.

Le Soleil des Voyous, bien que ne révolutionnant pas le genre, est un polar agréable à suivre qu’il serait dommage d’ignorer d’autant plus que l’édition signée Coin de Mire Cinéma est, une fois de plus, de qualité.

Edition bluray :

Fort d’une restauration HD de tout premier ordre, Le Soleil des Voyous nous est proposé dans une copie allant du très bon à l’exceptionnel, notamment sur les scènes d’intérieur et les détails sur les visages, poussés à l’extrême. Quelques flous sur les arrière-plans et un trait vertical à peine visibles s’invitent à de très très rares occasions. La bande-son rend parfaitement hommage à la musique de Francis Lai. Jamais je n’avais vu ce film dans de telles conditions.

Côté bonus, n,ous sommes en terrain familier. Au programme donc le journal d’actualité et les réclames publicitaires d’époque, dix reproductions de photos d’exploitation, une reproduction de l’affiche d’époque et un livret reproduisant des documents d’époque.

Le Soleil des Voyous est disponible directement auprès de Coin de Mire Cinéma ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Jean Delannoy
  • Scénario : Jean Delannoy et Alphonse Boudard
  • Musique : Francis Lai
  • Photographie : Walter Wottitz
  • Montage : Henri Taverna
  • Pays : France / Italie
  • Genre : Aventure policière
  • Durée : 100 minutes
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