Le Suspect (The Suspect)

Le Suspect (The Suspect)

Synopsis : Après avoir éliminée son épouse acariâtre qui le menaçait de briser sa carrière, Philip Marshall convole en juste noce avec la belle Mary. Mais un inspecteur de Scotland Yard, doutant de la thèse de l’accident, devient de plus en plus pressant.

Critique : En 1940, est publié le roman This Way Out écrit par James Ronald, écossais émigré aux États-Unis. Comme pour la plupart de ses œuvres, l’auteur prend pour décor la petite bourgeoisie anglaise au sein de laquelle un meurtrier va être confronté à sa propre conscience. Universal Pictures, ayant acquis les droits du livre, en confie l’adaptation à Arthur T. Horman pour ce qui deviendra Le Suspect.

Arthur T. Horman commence sa carrière de scénariste pour le compte de RKO avant de signer pour deux petites compagnies de production, Poverty Row Studio et Chesterfield-Invincible, spécialisées dans les séries B à très petits budgets. Il travaille ensuite un an pour la Columbia avant de basculer auprès d’Universal. En dehors de Le Suspect, il signera le scénario de La Mort n’était pas au Rendez-vous avec Humphrey Bogart en 1945. Au poste de réalisateur, nous retrouvons un habitué du genre, Robert Siodmak.

Les frères Siodmak, Robert et (K)Curt, quittent l’Allemagne nazie et œuvrent quelques temps en France avant de s’installer définitivement aux Etats-Unis. Scénariste (Vendredi 13) comme son frère dans un premier temps, Robert Siodmak passe rapidement à la réalisation. Parmi une filmographie de qualité, mise à part sa toute fin de carrière, il signera quelques titres emblématiques du film noir comme Les Tueurs ou La Proie. Pour Le Suspect, son second film dans le genre après Les Mains qui Tuent, il s’appuiera sur un montage efficace d’Arthur Hilton (House by the River) et son directeur de la photographie Paul Ivano (L’Ange Noir).

Fidèle au roman original, Robert Siodmak s’attache dans un premier temps à pénétrer au cœur de la bourgeoisie britannique et à sa vie quotidienne tout en s’attachant au pas de Philip Marshall, directeur d’un magasin réputé, homme bon à l’écoute de ses employés et apprécié de tous. Mais tout n’est pas idyllique dans sa vie. Marié à une femme qui ne l’aime pas (la réciproque est aussi vraie), il souhaite divorcer, ce que les convenances de l’époque ne tolère pas. S’entichant d’une jeune femme pour qui il éprouve un amour platonique, il finira par commettre l’irréparable en assassinant son épouse qui le menaçait de briser sa carrière mais aussi celle de sa prétendue maîtresse. Fin de la première partie où Robert Siodmak fait preuve de finesse et de précision dans la reconstitution de Londres Victorien.

Pour cette seconde partie consacrée aux conséquences du meurtre, Siodmak fait le choix de ne pas le montrer et pourtant nous y assisterons peu de temps après sous la forme d’une reconstitution improvisée par un inspecteur du Yard qui ne croit pas en la théorie de la mort accidentel. Cette scène est un modèle de suspense et réellement palpitante, maîtrisée de bout en bout. Le bonheur affiché par Marshall, qui vient de se remarier, n’est qu’une façade car son forfait accompli, il doit faire face à sa conscience matérialisée par ce même policier. Les scènes de suspense vont s’enchaîner sans temps mort jusqu’à un ultime face à face entre le meurtrier et son âme.

Il y a une sorte de morale chez Siodmak, tout du moins dans ce film. En effet, les seuls à trouver la mort de la main de Marshall sont une femme qui a juré de l’anéantir, lui et son amie, et un homme alcoolique et occasionnellement violent avec sa femme. Et lorsque cette dernière est accusée du meurtre de son mari, les mobiles ne manquent pas, Marshall n’hésite pas un seul instant à se livrer aux forces de l’ordre pour l’innocenter. L’honneur est sauf, la vérité rétablie et Marshall est enfin en paix avec lui-même.

Comment exister face à Charles Laughton? Physiquement impressionnant, il semble occuper tout le cadre de la caméra et écraser par son talent aux multiples palettes ses partenaires. Robert Siodmak, très bon dans la direction d’acteurs, trouve la solution. Il ne fournit pas l’intégralité du script à Laughton (La Taverne de la Jamaïque) mais discute avec lui la veille des scènes à tourner le lendemain le bridant quelque peu. Ainsi, la belle et talentueuse Ella Raines nous livre une prestation de grande classe. Cette habituée des films noirs connaîtra une carrière d’à peine 10 ans et sera dirigée par Robert Siodmak (Les Mains qui Tuent), Michael Gordon (Le Traquenard), Jules Dassin (Les Démons de la Liberté) ou encore Arthur Lubin (Impact). Le britannique Stanley Ridges (Vendredi 13) campe avec délice un inspecteur du Yard quant à Rosalind Ivan (La Rue Rouge) elle parvient à se rendre détestable en quelques courtes scènes.

Doté d’une réalisation tout en finesse et d’une interprétation de grande classe, le « monstre » Charles Laughton en tête, Le Suspect est un véritable petit bijou du genre.

Edition dvd :

N’y allons pas par quatre chemins, les conditions de (re)découvrir Le Suspect sont loin d’être optimales. L’image est détaillée la plupart du temps mais s’avère parfois tremblotante, la pellicule est abîmée et présente de nombreuses griffures rayures et poinçons de changement de bobine. Quant à la bande-son, elle présente un souffle perceptible et de grésillement. Malgré tout, le film est suffisamment de qualité pour que l’on passe outre ces quelques désagréments.

Côté bonus, un entretien autour du film avec Hervé Dumont.

Retrouver Le Suspect en dvd ici.

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Robert Siodmak
  • Scénario : Betram Millhauser et Arthur T. Horman
  • Photographie : Paul Ivano
  • Montage : Arthur Hilton
  • Musique : Frank Skinner
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 85 minutes

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