Le Vampire de Düsseldorf par Robert Hossein

Le Vampire de Düsseldorf par Robert Hossein

Synopsis :

Alors que le nazisme monte en puissance en Allemagne, Peter Kürten, un simple ouvrier, laisse libre cours à ses pulsions meurtrières.

Critique :

Peter Kürten naît le 26 mai 1883 à Cologne-Mullheim au sein d’une famille dominée par un père alcoolique et violent. Femme et enfants ont à subir quotidiennement ses coups et ses sévices sexuelles. Dès l’âge de neuf ans, Peter est impliqué dans la mort accidentelle, en tout cas déclarée comme telle, de deux camarades de classe. Kürten niera plus tard cette version des faits et prétendra les avoir noyé intentionnellement. A 16 ans, il quitte le domicile familial laissant le champ libre à son père qui viole sa propre fille de 13 ans. Peter Kürten, lui, emprunte la voie de la petite délinquance. Plusieurs séjours en prison laissent apparaître une certaine attirance pour le sadisme. Loin de le faire rentrer dans le droit chemin, ces courtes périodes d’emprisonnement renforcent ses déviances. Chaque libération coïncide en effet avec des agressions sexuelles dont il se rend coupable. Il franchit le pas ultime le 25 mai 1913 lorsqu’il viole et poignarde une jeune fille de dix ans. Appelé sous les drapeaux après le début de la première guerre mondiale, il déserte. Direction, une fois de plus, la prison et ce jusqu’en 1921. Une fois libéré, il rencontre une ancienne prostituée et se marie.

Mais au bout de quatre années, ses pulsions réapparaissent. Il délaisse son épouse et rejoint Düsseldorf. Incendies, agressions sexuelles et même tentative de meurtre sont son quotidien. Cette escalade criminelle trouve son apogée avec le nouveau meurtre d’une enfant de neuf ans. Dès lors, sa liste de victimes s’allonge. La presse s’empare de l’histoire après avoir appris d’une source peu fiable que le tueur boit le sang de ses victimes. Le Vampire de Düsseldorf vient de naître. La police se fourvoie et inculpe un handicapé mental. Kürten continue de tuer. Rien ne l’arrête. Pas même le fait de laisser l’une de ses victimes en vie. Il prend plaisir à revenir sur les lieux de ses crimes et regarder la police travailler. Mais il baisse sa garde. Il laisse partir une femme qu’il vient de violer à son domicile. Conscient que ses heures sont comptées, il demande à sa femme, avec qui il est resté en bon terme, de le dénoncer aux autorités afin de toucher la récompense promise. Ce qu’elle fait. Il avouera 80 meurtres avec force détails. A l’issue de son procès, il est condamné à mort. Il est guillotiné le 02 juillet 1931 à Cologne. La boucle est bouclée. Le Vampire n’est plus.

De telles déviances ne pouvaient qu’inspirer les scénaristes. Premier à se pencher sur les exactions du Vampire, Fritz Lang sortira son M, le Maudit l’année même de l’exécution de Peter Kürten. Il en fait un monstre incarné par un Peter Lorre au physique atypique. Par ricochet, Joseph Losey en signant M en 1951, fera également référence à Kürten mais en l’humanisant, en le désignant même victime de la société. D’autres cinéastes le citeront comme John Amiel dans Copycat où le tueur en série se fait appeler Peter Kürten. Pour revenir aux faits, il est une difficulté à laquelle se sont heurtés les policiers en charge de l’affaire. L’incapacité des divers témoins de livrer une description précise de l’assassin. Ce qui renvoie, même si ce n’est que pure supposition de ma part, au John Doe de Seven qui lui aussi ne laisse aucun souvenir dans l’esprit de ceux qu’il croise. Mais c’est Robert Hossein qui nous livre, au travers de son Vampire de Düsseldorf, l’adaptation la plus fidèle même s’il se permet quelques libertés avec la réalité historique.

Le scénario, à huit mains, est à mettre au crédit de Claude Desailly (La Mort d’un Tueur), de Robert Hossein, décidément très investi dans son projet, et des frères Georges et André Tabet (Ali Baba et les Quarante Voleurs) qui en signent également les dialogues. Comme ils le feront la même année et l’année suivante pour deux grands succès de Gérard Oury, Le Corniaud et La Grande Vadrouille. Et l’on imagine sans mal les difficultés qu’ont dû rencontrer les quatre hommes pour adapter à l’écran la vie criminelle de Peter Kürten. Une véritable gageure que d’humaniser un tel personnage sans pour autant le rendre trop « sympathique » aux yeux du public. Mais suffisamment pour ne pas rendre le film trop indigeste. Car ce tueur évolue au sein d’une société allemande en pleine évolution idéologique. Adolphe Hitler s’impose dans le paysage politique. Les juifs et les communistes sont traqués par ceux qui arborent la croix gammée. Les grèves se multiplient et sont réprimées dans le sang. Proposer aux spectateurs une reconstitution fidèle des activités meurtrières de Kürten sur fond de montée du nazisme aurait été synonyme de suicide au box-office.

Devant la caméra de Robert Hossein, Peter Kürten ne viole plus. Les enfants ne font plus partie de ses cibles. Il devient un « simple » étrangleur de femmes. S’il est victime de ses pulsions, sexuelles et meurtrières, il tue aussi les témoins de ses crimes, par nécessité. Par jalousie également, lorsqu’il tue son rival amoureux. C’est cette part d’humanité qu’octroie Hossein à Kürten. L’amour. Mais nullement de sa femme, qui ici n’existe pas, mais d’une chanteuse de cabaret, très ange bleu. Qui ne lui rend pas son amour. Et qui finira comme toute celles qui auront eu la malchance de croiser sa route. Par contre, ce qu’il aime toujours par-dessus tout, c’est de retourner sur le lieux de ses crimes et regarder le travail de la police. Edulcoré, Le Vampire de Düsseldorf l’est assurément. Cela n’empêche pas Robert Hossein de nous livrer une sorte de cauchemar éveillé, bien servi par la photographie d’Alain Levent (La Bande à Bonnot), où meurtres et exactions des chemises brunes se succèdent à un rythme régulier, presque hypnotique. La rareté des dialogues contribue il est vrai grandement à cette sensation.

Scénariste, réalisateur mais aussi acteur. Robert Hossein (Le Professionnel, Une Corde, Un Colt…) incarne avec justesse cet homme malade, allant jusqu’à modifier son apparence et son attitude physique pour mieux en faire ressortir toute la complexité. Face à lui, se dresse une Marie-France Pisier (Le Corps de mon Ennemi) en croqueuse d’hommes qui tombera finalement sous le charme de cet étrange homme avant de découvrir son horrible visage. Roger Dutoit (Le Bateau d’Emile), Paul Pavel (Maigret Voit Rouge), Annie Anderson (Le Bossu), Michel Dacquin (Le Jardinier d’Argenteuil), Robert Le Béal (Chacal) viennent compléter le casting.

Mêlant habilement grande et petite histoire, Le Vampire de Düsseldorf est à mettre en parallèle avec La Nuit des Généraux d’Anatole Litvak. Mais là où le réalisateur américain choisit une approche disons classique pour sa traque, Robert Hossein fait le choix d’insuffler à son récit une atmosphère digne d’un film d’horreur en s’attachant aux pas de l’assassin. Vous souhaitez comparer les deux films. Aucun problème puisque Sidonis Calysta propose ces deux titres à son catalogue…

Edition dvd :

Une copie immaculée, un noir et blanc sublime, un niveau de détail élevé, Le Vampire de Düsseldorf nous est proposé drapé de ses plus beaux atours par Sidonis Calysta. La bande-son est du même acabit. Puissant, détaillé et sans souffle. Belle mise en avant de la musique signée André Hossein (Train d’Enfer), père du réalisateur. C’est parfait !

Au rayon bonus, nous retrouvons les présentations du film par François Guérif et Patrick Brion, les interviews de Robert Hossein, Marie-France Pisier et Marcel Sheider ainsi que la bande-annonce originale.

Le Vampire de Düsseldorf est disponible directement auprès de Sidonis Calysta en combo blu-ray/dvd ici et en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Robert Hossein
  • Scénario : Claude Desailly, Robert Hossein, Georges Tabet et André Tabet
  • Photographie : Alain Levent
  • Montage : Marie-Sophie Dubus
  • Musique : André Hossein
  • Pays  France,  Italie,  Espagne
  • Genre : Thriller
  • Durée : 89 minutes
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