Le Voyage de la Peur (The Hitch-Hiker)

Le Voyage de la Peur (The Hitch-Hiker)

Synopsis :

Deux amis en route pour le Mexique prennent en stop un autostoppeur qui se révèle être un tueur en série sévissant sur les routes désertiques des Etats-Unis.

Critique :

En 1986, sortait en France Hitcher réalisé par Robert Harmon avec Rutger Hauer, C. Thomas Howell et Jennifer Jason Leigh. Bien que boudé par la critique et le public de l’époque, ce film acquiert aux fils des ans un véritable culte que viendra encore renforcer son indigent remake de 2007. Au regard du sujet traité, il est impossible de ne pas penser à Le Voyage de la Peur, réalisé 33 ans plus tôt par une certaine Ida Lupino.

Le Voyage de la Peur s’inspire d’une série de meurtres perpétrés par le dénommé Billy Cook. Après une enfance malheureuse et un séjour en prison, il choisit de se déplacer, armé, à travers le pays en faisant du stop. Auteur de six meurtres et de quatre tentatives, il finit par être arrêté par le chef de la police mexicaine de Santa Rosalia alors qu’il a pris en otage deux automobilistes, James Burke and Forrest Damron. Condamné à mort, il est exécuté en décembre 1952.

Daniel Mainwaring (La Griffe du Passé), s’inspirant de la dernière partie du périple de Billy Cook, signe une histoire originale (mais ne sera pas crédité au générique car blacklisté) que le producteur Collier Young acquiert pour le compte de sa société The Filmakers Inc. et de la RKO. Robert L. Joseph, jeune scénariste, est engagé pour assister ce dernier et Ida Lupino pour l’écriture du scénario. Héritant de la réalisation de Le Voyage de la Peur, suite à la défection de Elmer Clifton pour cause de maladie, Ida Lupino devient la première femme à réaliser un film noir. Cette dernière, célèbre actrice, n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a déjà réalisé quatre films ayant principalement pour thème la condition féminine au sein de la société américaine.

Par plusieurs aspects, Le Voyage de la Peur se démarque du tout-venant du film noir. Tout d’abord de par sa localisation géographique. Ici, pas de villes aux ruelles sombres et dangereuses mais de grands espaces désertiques que sillonnent des routes écrasées par un soleil de plomb. Ce choix peut s’expliquer par un budget serré, marque de fabrique de la RKO, et qui pour une fois sert le propos au lieu de le brider. Dans le même ordre d’idée, la femme fatale, figure emblématique du film noir, est totalement absente tout comme le moindre petit personnage féminin, exception faite de celui d’une jeune enfant mexicaine dans une cantina. Il est également important de noter la quasi absence des forces de police américaine qui laisse ici la place à leurs homologues mexicains, dépeints comme de vrais professionnels ayant une parfaite connaissance du terrain. Cette marque de respect, assez inhabituelle dans les productions de l’époque et encore de nos jours, est tout à l’honneur de Lupino qui ne laisse aucun de ses protagonistes sur le bord de la route.

Le fait que le casting et l’enquête policière soient réduits à leur plus simple expression permet à Ida Lupino de resserrer son intrigue sur la destinée des deux otages et de leur ravisseur. Les confinant presque exclusivement au seul habitacle de l’automobile détournée, elle parvient à créer une tension constante que les quelques sorties hors de la voiture ne viennent pas atténuer. Bien au contraire. L’extérieur est devenu la représentation ultime du danger pour les deux hommes depuis que le tueur leur a promis de les y abattre au terme de son périple.

Ce quasi huis-clos est aussi l’occasion pour Lupino de croquer les caractères diamétralement opposés des trois hommes avec une attention particulière pour l’assassin. Les deux amis, comme bien souvent, ont chacun une personnalité qui leur est propre, dictée par leur vie personnelle. Ainsi, Frank Lovejoy, individu à la situation professionnelle et personnelle bien ancrée dans la société (un travail stable, marié, des enfants) font de lui un être réfléchi qui n’agira pas sur un coup de tête alors qu’Edmond O’Brien, simple garagiste et de surcroît célibataire, représente plus un danger pour le ravisseur car il n’a pas grand chose à perdre. Ainsi, ce dernier va le cantonner à la conduite, ce qui lui donne moins l’occasion de se rebeller, va en faire la cible d’un jeu de tir ou lui faire porter ses vêtements pour tromper la police. Ce faisant, il laisse planer sur sa personne un sentiment de danger imminent qui l’oblige à rester sur la réserve.

Emmett Myers, le tueur, directement inspiré de Billy Cook, a connu une enfance difficile. Rejeté par ses parents avec ses frères et sœurs, il échoue en orphelinat et, défiguré par un œil mort, y restera jusqu’à sa majorité faute d’avoir été adopté. Devenu dès lors un être asocial, il trouve dans les armes à feu un compagnon de route idéal qui lui permet d’exister face aux autres. Existence faite de violence et de négation de la vie humaine. C’est là sa force mais également sa plus grande faiblesse. Désarmé par la police, il n’aura d’autre réaction que de s’effondrer.

Le Voyage de la Peur est une gageure en terme d’interprétation car l’aspect le plus intéressant de l’histoire tient dans les relations que peuvent entretenir les trois protagonistes de ce drame. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que chacun tient parfaitement son rôle. A commencer par William Talman (Armored car Robbery) qui incarne avec talent le tueur dont le visage très expressif laisse transparaître à plusieurs reprises de la jouissance pour les tortures psychologiques dont il use sur ses victimes. Acteur secondaire dans nombre de films noirs, il continuera sa carrière à la télévision. Face à lui, Edmond O’Brien, habitué du genre (Mort à l’Arrivée) et Frank Lovejoy, vu aux côtés d’Humphrey Bogart dans Le Violent, sont également très bons. Peu de place pour le reste du casting cantonné à faire de la figuration.

Sur un scénario quelque peu convenu, Ida Lupino parvient, grâce à une réalisation alerte, à enchaîner les péripéties sans aucun temps mort. La tension est permanente et la confrontation psychologique entre le tueur et ses otages parfaitement restituée. Le Voyage de la Peur reste à ce jour une très belle réussite du genre.

Edition dvd :

Uniquement proposé en dvd, Le Voyage de la Peur présente un master loin d’être optimal. L’image est endommagée, le noir et blanc parfois excessivement lumineux et le niveau de détail est médiocre. La bande-son, uniquement en version originale sous-titrée français, est claire et sans souffle.

Aucun bonus.

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Ida Lupino
  • Scénario : Robert L. Joseph, Ida Lupino, Daniel Mainwaring et Collier Young
  • Photographie : Nicholas Musuraca
  • Montage : Douglas Stewart
  • Musique : Leith Stevens
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 71 minutes

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :