Légitime Violence

Légitime Violence

Synopsis : Martin Modot, qui a vu toute sa famille décimée au cours d’un braquage, se lance sur la trace des tueurs avec l’aide d’une obscure association prônant le retour de la peine de mort. Il finira par découvrir qu’il ne s’agit pas là d’un simple fait divers.

Critique : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées. A cet instant plus qu’à aucun autre, j’ai le sentiment d’assumer mon ministère, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c’est-à-dire au sens de «service». Demain, vous voterez l’abolition de la peine de mort. Législateur français, de tout mon cœur, je vous en remercie« . Ainsi se terminait le 17 septembre 1981 le discours de Robert Badinter sur la peine de mort devant l’Assemblée Nationale. Le lendemain, cette dernière adoptait par 363 voix contre 117 le projet de loi. Pour mémoire, la dernière exécution remontait à septembre 1977 entre les murs de la prison des Baumettes à Marseille. le 09 octobre 1981, la loi est définitivement promulguée.

L’année suivante, alors que les français se demandent quelles seront les conséquences de l’abolition de la peine de mort sur l’impact de la justice, Véra Belmont, productrice (Un CondéLa Guerre du Feu…) imagine l’histoire d’un homme qui, ayant tout perdu, se lance à la poursuite des meurtriers. Le scénario est confiée à Patrick Laurent (La Guerre des PolicesUne Robe Noire pour un Tueur…) et Jean-Patrick Manchette scénariste de La Guerre des PolicesTrois Hommes à Abattre… mais également auteur de romans noirs à forte connotation sociale (Ô Dingos, Ô Châteaux!…). Serge Leroy, qui s’est vite spécialisé dans le drame policier réaliste en signant des titres tels que Le Mataf avec Michel Constantin ou La Traque avec Jean-Pierre Marielle, est choisi pour en assurer la réalisation.

En France, le vigilante movie, tel qu’on le connaît aux Etats-Unis où il a déjà donné des titres marquants comme Un Justicier dans la Ville (Death Wish) de Michael Winner avec Charles Bronson en 1974, Légitime Violence (Rolling Thunder) de John Flynn avec William Devane et Tommy Lee Jones en 1977 ou encore Vigilante, Justice sans Sommation (Vigilante) de William Lustig avec Robert Forster et Fred Williamson en 1983, n’a pas encore été véritablement abordé. Mais contrairement aux films américains où le héros se transforme invariablement en ange de la vengeance, Serge Leroy préfère opter pour un homme ordinaire, enclin dans un premier temps à se faire justice lui-même avant de raison garder et d’opter pour une justice plus sociale, moins bestiale. Et pourtant, les tentations sont nombreuses dans cette société en manque de repère suite à l’abolition de la peine de mort. La police française sera-t-elle encore à la hauteur de sa tâche? Peut-on compter sur une Justice considérée parfois comme laxiste? Les hommes politiques trouveront-ils un palliatif à la condamnation ultime? Autant de questions que Leroy se pose, et nous pose, au travers d’un Claude Brasseur un temps tenté de rejoindre les rangs d’une obscure association d’extrême-droite prônant le rétablissement de la peine de mort. Mais encore une fois, le réalisateur fera de son personnage principal un être droit qui, malgré tous ses malheurs, restera fidèle à ses convictions.

Sa réalisation est parfaite, tendue aussi bien dans les scènes intimistes que dans les rares scènes d’action qui jalonnent son récit. Encore une fois, le réalisme est ici poussé à son paroxysme dans ce qu’il a de plus intéressant. Pas d’effet stylistique, de tics visuels pourtant en vogue dans les années 80. Serge Leroy se « contente » de filmer ses personnages au plus près, dans ce qu’ils ont de plus troubles et ce pour le plus grand bonheur du spectateur.

Pour incarner ce héros ordinaire, Claude Brasseur s’avère être le choix idéal. Son côté très français, fort en gueule mais aussi bon vivant, permet au spectateur de s’identifier rapidement à son personnage. Et c’est avec une réelle empathie que nous suivons sa quête de justice. Il prouve ainsi qu’il est capable d’alterner rôle léger (La Boum) et rôle dramatique (Les Seins de Glace) avec la même aisance. Face à lui, Thierry Lhermitte casse son image de « Popeye » pour un rôle bien plus sombre et pour lequel il faut bien avouer il s’en tire avec les honneurs. Véronique Genest et Christophe Lambert alors en début de carrière s’imposent à l’écran avec naturel et même avec un certain charisme pour ce dernier. A noter, un petit rôle de Valérie Kaprisky, encore dénudée ce qui était devenu pour elle une habitude dans les années ’80.

Réalisation criante de vérité, interprétation de qualité et sujet brûlant font de ce Légitime Violence un petit bijou du polar des années 80 made in France.

Édition Blu-ray :

Master vierge de tout défaut, couleurs pimpantes, la copie présentée ici est superbe et rend parfaitement hommage à la photographie de Suarez. La bande-son, limpide et sans souffle, sait se montrer à la fois pêchue sur les scènes d’action et la musique et feutrée dans les moments plus intimistes. Encore une très belle édition signée Esc Distribution!

En bonus, une intervention de Véra Belmont, productrice du film, ainsi que la bande-annonce de Un Condé d’Yves Boisset, également édité chez Esc Distribution.

Légitime Violence est à retrouver en dvd ici et en bluray ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Serge Leroy
  • Scénario : Patrick Laurent et Jean-Patrick Manchette, d’après une idée de Véra Belmont
  • Photographie : Ramon F. Suarez
  • Montage : François Ceppi
  • Musique : Jean-Marie Sénia
  • Pays : France
  • Genre : Drame policier
  • Durée : 95 minutes

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