L’Énigme du Chicago Express (The Narrow Margin)

L’Énigme du Chicago Express (The Narrow Margin)

Synopsis : Deux policiers sont chargés d’escorter une femme par le train jusqu’au tribunal où elle doit témoigner contre la pègre. Mais l’un des deux policiers est abattu avant le départ. Le second décide malgré les dangers de mener sa mission à bien.

Critique : Richard Fleischer commence sa carrière cinématographique comme monteur de films d’actualité pour la RKO Pictures avant de passer à la réalisation de courts et longs métrages. Sa première partie de carrière sera marquée par son association avec le scénariste Earl Felton. Le duo nous offrira pas moins que Le Traquenard (Trapped), Armored Car Robbery, L’Énigme du Chicago Express (The Narrow Margin), Sacré Printemps… (The Happy Time), Vingt Mille Lieues Sous les Mers (20000 Leagues Under the Sea) et Bandido Caballero (Bandido). Fort de ces expériences, Fleischer n’aura de cesse au cours de sa carrière de mettre en avant son sens du rythme et du montage dans des films ne souffrant jamais de temps mort.

Et L’Énigme du Chicago Express ne déroge pas à la règle. Il est toujours à craindre, dans le cas d’un film se déroulant quasi intégralement dans un espace clos, que le réalisateur finisse par se prendre les pieds dans le tapis et tourner en rond dans son intrigue voire meubler son contenu par de longs et interminables tunnels de dialogues. Avec Richard Fleischer, il n’en est rien. Le récit ne souffre d’aucune longueur, d’aucune fioriture. Le réalisateur va à l’essentiel confrontant ses différents protagonistes dans des scènes courtes et intenses. Bien sûr, il y a des dialogues mais ceux-ci sont traités comme des scènes d’action, la caméra n’est jamais fixe et les protagonistes s’opposent toujours les uns aux autres. Ainsi, le rythme ne retombe jamais et le spectateur est toujours sous pression. Chaque recoin du train est utilisé, là encore dans le but de faire avancer le récit en confrontant les passagers les uns aux autres. Rien n’est gratuit chez Fleischer, tout à un sens. On ne sent jamais ce dernier à l’étroit dans son train, il passe des compartiments (doubles ou simples) au wagon-restaurant et aux couloirs avec fluidité, sans cassure abrupte dans le montage.

Le film ne se déroule bien évidemment pas en intégralité dans le train puisqu’il commence dans l’appartement du témoin à escorter. Et là aussi, Fleischer ne s’embarrasse pas de détails inutiles. D’entrée, le témoin va s’opposer aux deux policiers chargés de son escorte et l’un d’eux va se faire abattre en descendant les escaliers. Un sentiment d’urgence est d’emblée installé et ne quittera plus le spectateur. D’autant plus que ce dernier comprendra au fil du métrage que personne ne semble être celui qu’il prétend être. En effet, le génie de Fleischer dans ce film est de ne jamais présenter ses personnages laissant ainsi le doute planer sur leur véritable identité et motivation. Le seul dont on soit sur est le policier, parfaitement interprété par Charles McGraw, intègre et jusqu’au-boutiste.

Nous sommes en 1952 et l’industrie cinématographique a décidé depuis quelques années à ne plus faire du gangster un héros romantique mais de montrer son vrai visage. Pour s’opposer à ce dernier, le policier devient la figure emblématique de cette lutte que se livre les forces de l’ordre et le crime organisé. Mais pas n’importe quel flic. En effet, des deux policiers censés transférer le témoin c’est le plus vieux qui est tué dès le début du film, celui qui est l’incarnation de l’ancienne police, celle qui a laissé faire, celle qui était corrompue. Charge donc au plus jeune d’incarner la loi telle qu’elle devrait être, inflexible, incorruptible. McGraw campe avec brio ce flic monolithique, sûr de son droit, n’hésitant pas à user de violence mais également revanchard car obsédé par l’erreur qui a coûté la vie à son collègue. Face à lui, l’Organisation que l’on sent puissante et organisée. Après la tentative d’assassinat du témoin, elle est capable de placer plusieurs tueurs dans le train et même de les remplacer à chaque arrêt afin de brouiller les pistes. Et de prouver que le crime n’est pas cantonné aux seules grandes villes mais à tout le pays.

Précis, rapide et sans temps mort, L’Enigme du Chicago Express est un parfait exercice de style sous couvert d’une série B prouvant, si besoin en était, que dès les premières années de sa carrière Richard Fleischer savait maîtriser l’espace et le temps de son récit.

Edition DVD : 

Jaquette L'Enigme du Chicago Express

L’Énigme du Chicago Express est ici proposé par les Editions Montparnasse au sein de la collection RKO. Images en 4/3 au format 1:33, beau noir et blanc très lisible, présence de quelques points blancs sans conséquence. Version française clair et précise, version originale supérieure. Seul bonus, l’intéressante présentation de Serge Bromberg.

Fiche technique :

  • Réalisation : Richard Fleischer
  • Scénario : Earl Felton
  • Montage : Robert Swink
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 71 mn

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :