L’Enterrée Vive (The Screaming Woman)

L’Enterrée Vive (The Screaming Woman)

Synopsis :

Alors qu’elle vient de rejoindre sa demeure après un internement en institut psychiatrique, Laura Wynant est persuadée qu’une femme est enterrée vive sur sa propriété. Se heurtant à l’incrédulité de tous, menacée d’être reconnue définitivement aliénée et déchue de ses droits, Laura n’a que peu de temps pour prouver, et se prouver, qu’elle dit vrai.

Critique :

Si le nom de Ray Bradbury est associé pour l’éternité à la science-fiction avec Chroniques Martiennes et L’Homme illustré mais aussi à l’anticipation dystopique avec Fahrenheit 451, il serait dommage de faire l’impasse sur ses nombreux écrits horrifiques. La nouvelle qui nous intéresse aujourd’hui, The Screaming Woman, en est directement issue. Elle paraît pour la première fois dans le périodique Today en mai 51 avant d’être publiée au sein du recueil S is for Space en 66. L’histoire, à la première personne, mettait le lecteur en présence d’une jeune enfant, Margaret, prétendant qu’une femme est enterrée vivante dans un terrain vague. Face au refus des adultes de la croire, aidée d’un copain, elle tente de déterrer elle-même l’ensevelie. En vain. Margaret est alors séquestrée par un homme après qu’elle ait découvert que la femme de ce dernier manque à l’appel. Mais persuadé que sa victime a fini par succomber, il la libère. DE retour chez elle, Margaret fredonne un air connu de son père. Ce dernier prend conscience que sa fille ne mentait pas et la suit jusqu’au terrain vague où il parvient à sauver in extremis la malheureuse enterrée.

The Screaming Woman connaîtra deux adaptations, toutes deux réalisées pour la télévision. La première, L’Enterrée Vive en 1972 réalisée par Jack Smight. La seconde, Ray Bradbury Theater : The Screaming Woman en 1986 avec la toute jeune Drew Barrymore. Ces deux versions diffèrent l’une de l’autre, la version de 72 prenant de larges libertés avec les personnages tout en respectant la chronologie des évènements décrits dans la nouvelle. Le script est signé Merwin Gerard, un habitué des plateaux télé qui a œuvré sur des séries célèbres comme Gunsmoke, Le Fugitif ou Le Virginien. La réalisation est confiée à Jack Smight réalisateur spécialiste du grand écart entre séries (Columbo, Banacek) et blockbusters (747 en Péril, La Bataille de Midway). La photographie échoit à Sam Leavitt qui s’y connaît en film noir pour avoir travaillé sur Autopsie d’un Meurtre d’Otto Preminger, Le Kimono Pourpre de Samuel Fuller ou encore Les Nerfs à Vif version J. Lee Thompson. Au montage, Robert F. Shugrue qui a joué du ciseau sur Sierra Torride avec Clint Eastwood et Shirley MacLaine ou sur Paiement Cash avec Roy Scheider. Pour quel résultat ?

Merwin Gerard, en vieillissant les différents protagonistes, se donne la possibilité de leur créer un passé qui vient enrichir l’histoire originale. Laura Wynant (Margaret dans le nouvelle) est une riche veuve à l’aube de la soixantaine en pleine dépression suite à la mort de son mari. Ce qui lui a valu un séjour en hôpital psychiatrique. Pour l’aider à traverser cette épreuve, peu de monde. Voire personne. Son fils, Howard, est un faible, cocufié par sa femme, Caroline, qui n’a d’yeux que pour son argent. Son avocat ? Son médecin ? Des indécis. Troubles psychologiques aidant, personne ne la croit lorsqu’elle prétend avoir entendu une femme enterrée dans un coin reculé de la propriété appeler au secours. Elle-même a des doutes. Si elle se lance dans une course contre la mort pour sauver cette femme, c’est autant pour prouver à tous qu’elle n’est pas folle que pour s’en convaincre.

Mais la grande force du téléfilm réside dans une autre aspect de l’intrigue. Il est ici fait le choix de nous révéler très tôt l’identité du tueur et de nous faire partager tout au long du récit les assauts de sa conscience. Eliminer son épouse était pour cet homme synonyme de liberté retrouvée. Il reste pourtant enfermé dans sa maison, empêche son chien de sortir (lui est fidèle et son instinct lui dicte de la retrouver), surveille les réactions de ses voisins et tente de tenir éloigner une maîtresse ignorante des faits. C’est qu’il n’est pas un assassin. Sinon, Laura ne serait jamais sortie de chez lui après s’y être présentée pour demander de l’aide, compris, par l’entremise du cabot, le déroulement du drame et se prouver qu’elle ne bat pas la campagne. Faussant compagnie au tueur par un coup du sort, il ne lui reste plus qu’à jeter ses dernières forces dans l’exhumation de la victime, véritable morte-vivante, sous les yeux effarés de son fils et ceux emplis de désarrois du meurtrier.

En vieux baroudeur des plateaux qu’il est, Jack Smight fait le job. Si l’on peut regretter un générique et une partie au cours de laquelle Laura cherche de l’aide dans un lotissement tout proche un tantinet longuets, le réalisateur fait preuve d’une réelle efficacité. Il parvient à jongler entre les différents lieux sans jamais perdre le spectateur ni faire retomber la pression. Ses personnages sont croqués avec justesse. Si l’on est clairement dans le thriller, Smight se permet de verser dans l’horreur pure le temps de la scène. Celle de l’exhumation de la femme au travers d’une vision très Romero. Et de nous laisser prendre congé de Laura via un plan fixe de son visage souriant dans une voiture de police renvoyant au premier plan du téléfilm. De quoi se poser de légitimes questions sur le réel état de santé mental de Laura Wynant tant cet arrêt sur image peut sembler équivoque. Mais la réussite de ce téléfilm tient aussi dans le casting tant il est de qualité.

Ainsi, au générique, nous retrouvons la formidable Olivia de Havilland (L’Héritière, Les Naufragés du 747) qui, grâce à une réelle implication, rend son personnage parfaitement crédible et nous livre ici le négatif du rôle qu’elle tenait dans Chut… Chut, Chère Charlotte de Robert Aldrich avec aussi Bette Davis. Face à elle, Ed Nelson (I Mobster, 747 en Péril) incarne parfaitement ce tueur rongé par la peur et la culpabilité. Joseph Cotten (Le Troisième Homme) fait une courte apparition. Laraine Stephens (Les Feux de l’Enfer) parfaitement détestable. Un sans faute.

Dans un format relativement court (1h13), Jack Smight nous livre avec L’Enterrée Vive un téléfilm de luxe parfaitement maîtrisé, tendu de bout en bout. Une excellente surprise et une très bonne initiative de la part d’Elephant Films que de nous le proposer.

Edition dvd :

Elephant Films nous permet de (re)découvrir L’Enterrée Vivante dans de très bonnes conditions. Le master est clair et lumineux, aucun dégât ne vient parasiter l’image, le grain est parfaitement géré, le niveau de détail toujours élevé même en basse lumière. La bande-son, uniquement proposé en version originale sous-titrée ou non en français et anglais, est sans souffle et fait la part belle à la musique de John Williams.

Au rayon des bonus, nous retrouvons une présentation du téléfilm par Jean-Pierre Dionnet et de nombreuses bandes annonces de titres de l’éditeur.

L’Enterrée Vive est disponible auprès de la boutique Rakuten d’Elephant Films ici.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Jack Smight
  • Scénario : Merwin Gerard
  • Musique : John Williams
  • Photographie : Sam Leavitt
  • Montage : Robert F. Shugrue
  • Pays  États-Unis
  • Genre : thriller , horreur
  • Durée : 73 mn
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2 réflexions sur « L’Enterrée Vive (The Screaming Woman) »

  1. Voilà une curiosité qui attire le regard d’abord par son titre, puis par son auteur. Je dois reconnaître que les captures d’écran font penser à un vieil épisode de Columbo (et la présence de Smight à la réal ajoute à ce sentiment). Mais tu sembles en dire beaucoup de bien alors, pourquoi pas si l’occasion se présente.

  2. Je ne connaissais pas du tout et j’ai été très agréablement surpris. Tout n’est pas parfait, mais ce téléfilm se laisse regarder avec intérêt. Si un jour tu tombes dessus, n’hésite pas !

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