Les Anges de la Nuit (State of Grace)

Les Anges de la Nuit (State of Grace)

Synopsis : Terry Noonan revient dans son quartier de Hell’s Kitchen à New-York encore sous domination irlandaise. Il retrouve ses anciens camarades au prise avec la mafia italo-américaine qui s’en prend à sa communauté. Mais Terry est-il vraiment celui qu’il prétend être?

Critique : Etudiant à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), Phil Joanou réalise un court-métrage de fin d’étude, Last Chance Dance, remarqué par Steven Spielberg qui lui confie alors la réalisation en 1986 de deux épisodes de la série Histoires Fantastiques (Amazing Stories). L’année suivante, il réalise une petite comédie estudiantine avant d’être contacté par le producteur Mark Platt, alors président de Orion Pictures (il prendra ensuite la présidence de TriStar Pictures et d’Universal Pictures), pour réaliser Les Anges de la Nuit (State of Grace). Le reste de sa carrière oscillera entre les sympathiques Sang Chaud pour Meurtre de Sang Froid (Final Analysis) et Vengeance Froide (Heaven’s Prisoners), un documentaire sur U2 et les oubliables Rédemption (Gridiron Gang) et The Veil. L’homme d’un seul film, en quelque sorte. L’écriture du scénario est confiée à Dennis McIntyre qui décédera prématurément peu de temps après à l’âge de 48 ans. Le casting, lui, est composé de vétérans pétris de talent. Entre Sean Penn ayant marqué les esprits dans Comme un Chien Enragé (At Close Range) de James Foley et dans Colors de Dennis Hopper, Gary Oldman remarqué dans Sid et Nancy d’Alex Cox et dans Prick Up Your Ears de Stephen Frears, Ed Harris à la solide carrière (L’Etoffe des Héros, Abyss…) ou John Turturro vu dans Raging Bull de Scorsese et dans Police Fédérale Los Angeles (To Live and to Die in LA) de William Friedkin, on ne risque aucune mauvaise surprise. L’interprétation sera nécessairement à la hauteur!

Théâtre de l’affrontement entre Irlandais et Italo-américains dans Les Anges de la Nuit, Hell’s Kitchen est un quartier de New-York situé à l’ouest de Manhattan. La première fois qu’il est fait allusion à ce quartier, c’est le 22 septembre 1881 où un journaliste du New-York Times écrivait que « la zone tout entière était probablement la plus répugnante de toute la ville ». Ce qui a inspiré nombre d’auteurs et scénaristes. Dans le roman American Psycho de Bret Easton Ellis, Patrick Bateman possède un appartement dans ce quartier et y dissout ses victimes, dans le roman Le Parrain de Mario Puzo, Vito Corleone y habite et Marvel y fait naître Nick Fury, combattre Daredevil et habiter Jessica Jones. Au cinéma, La Taverne de l’Enfer (Paradise Alley) de Sylvester Stallone, West Side Story de Robert Wise, A Tombeau Ouvert (Bringing out the Dead) de Martin Scorsese et Sleepers de Barry Levinson se déroulent exclusivement à Hell’s Kitchen.

Les Anges de la Nuit, c’est l’histoire de la fin d’une ère et le début d’une nouvelle. Originellement, le quartier de Hell’s Kitchen voyait sa population composée essentiellement d’ouvriers d’origine irlandaise, fervents catholiques, fuyant la Grande Famine qui les frappa entre 1845 et 1852. Mais en ce début des années 90, période durant laquelle se déroulent les événements du film, la municipalité de New-York a décidé de faire place nette et de réhabiliter ce quartier allant même jusqu’à le débaptiser pour le renommer Clinton en hommage à DeWitt Clinton, maire de la ville au XIXème siècle.

Gary Oldman, membre d’un gang irlandais que dirige son frère Ed Harris, fait figure de résistant face à ce changement d’environnement. Il n’accepte pas que des « étrangers », en l’occurrence les italiens, viennent contester le leadership irlandais dans ce qu’il considère être son quartier et passe ses journées dans les bars tenus par ces compatriotes à boire de la Guinness au son de The Pogues. Fervent catholique (il trouve refuge dans la cathédrale St Patrick à la mort d’un ami), il est respectueux des traditions n’hésitant pas à aller présenter ses condoléances au père d’un policier irlandais dans un bar rempli de collègues du défunt. C’est ce même Gary Oldman qui explique à Sean Penn que la municipalité veut donner le nom de Clinton à Hell’s Kitchen et c’est également lui qui provoque l’incendie d’un immeuble en construction, comme acte de résistance. De son côté, Ed Harris voit plus loin que son petit frère. Il sait que le changement est inéluctable. Aussi bien pour le quartier que pour les irlandais. Conscient que ces derniers ne pourront rien contre la mafia italo-américaine, bien plus puissante et structurée, il tente par tout les moyens de conclure un marché avec les ennemis d’autrefois pour tenter de conserver un semblant de pouvoir. Et il est prêt à sacrifier sa propre famille (irlandaise et filiale) pour arriver à ses fins. Une femme vient compléter la fratrie. Robin Wright a tourné le dos aux histoires de famille, dégoûtée par la violence de ses frères et de sa communauté. Elle s’est naturellement expatriée dans les beaux quartiers et entretient des relations glaciales avec les deux hommes. Sean Penn sera le témoin de l’explosion de la cellule familiale et par là même acteur de l’anéantissement d’une communauté. Le quartier de Hell’s Kitchen n’est plus, tout comme la communauté qui la défendait. Place à un nouveau quartier et à ses nouveaux maîtres.

Le film possède également une haute symbolique chrétienne. La relation entre Ed Harris et son frère Gary Oldman renvoie immanquablement à Caïn et Abel, le frère aîné tuant son cadet, ici pour accéder au pouvoir. Et que dire de Sean Penn, véritable Judas en sa communauté, lui le flic infiltré chargé de faire tomber ses amis d’enfance mais s’infligeant un véritable combat intérieur entre son désir de faire le bien et celui de protéger coûte que coûte sa famille. Et au centre de cette communauté, s’élève majestueuse la cathédrale St Patrick, lieu où l’on se retrouve les nuits de blues ou de beuverie. St Patrick, fête nationale irlandaise, que les protagonistes de l’histoire attendent avec impatience et qui marquera la fin de leur histoire.

Phil Joanou filme ses protagonistes à hauteur d’hommes dans un quartier qui ressemble plus à une prison qu’à autre chose. Les hauts immeubles remplacent les murs d’enceintes et cernent la population, ne laissant que très rarement passer les rayons du soleil. Jamais de plans larges, la caméra est toujours au plus près des personnages, ne leur laissant aucune liberté de mouvement, comme dans leur vie. Le réalisateur retrouve la manière crue de filmer la ville comme pouvait le faire un Don Siegel dans Madigan ou L’Inspecteur Harry et un William Friedkin avec French Connection. Les rues sont sales, bruyantes, animées. En un mot, vivantes.

Côté casting, comme on pouvait s’y attendre, c’est du talent à l’état pur. Sean Penn, auréolé de ses précédents rôles, a déjà sa gueule de petit con, Ed Harris est glacial en « parrain » quand Gary Oldman possède déjà cette folie qui le caractérise si bien. Et les seconds rôles sont au même niveau. John Turturro, John C. Reilly et R.D. Call sont simplement parfaits.

Injustement boudé par le public, le film est sorti en même temps que Les Affranchis (Goodfellas) de Martin Scorsese, Les Anges de la Nuit a acquis au fil de années un statut de film culte. Statut d’ailleurs non usurpé. La réalisation de Joanou, capable de capter le moindre petit moment de grâce dans un monde fait de violence, à l’image de ce gunfight final aux ralentis esthétisants, sa capacité à renouer avec des classiques du film policier des années 70, une interprétation générale de haute volée sans oublier une magnifique musique signée Ennio Morricone, font de ce film un véritable petit bijou de néo-noir qu’il serait dommage de manquer. D’autant plus que l’édition blu-ray signée Rimini Editions est à la hauteur.

Edition Bluray :

L’image du bluray, possédant une profondeur de champ bienvenue, rend parfaitement hommage à la photographie de Jordan Cronenweth, d’un naturel confondant. Mis à part quelques petits points blancs au début du film, nous ne pouvons que reconnaître le magnifique travail effectué sur cette copie à la très belle définition. Les piste VF et VO en stéréo sont parfaitement claires. Les dialogues se détachent parfaitement, la musique est quand à elle bien présente. La VO 5.1 offre un regain de puissance mettant encore plus en avant la magnifique musique de Morricone.

Côté bonus, nous avons droit à une interview de Samuel Blumenfeld de 44 mn intitulée « Les Anges de la Nuit, New York portée disparue », un interview du réalisateur Phil Joanou de 23 mn intitulée « Diriger une bande de gangsters » et une bande-annonce.

Les Anges de la Nuit sont à retrouver en dvd ici et en bluray ici

Fiche Technique :

  • Réalisation : Phil Joanou
  • Scénario : Dennis McIntyre
  • Musique : Ennio Morricone
  • Photographie : Jordan Cronenweth
  • Montage : Claire Simpson
  • Pays d’origine : Royaume-Uni et Etats-Unis
  • Genre : Néo-Noir
  • Durée : 134 mn

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