Les Bas-Fonds de Frisco (Thieves’ Highway)

Les Bas-Fonds de Frisco (Thieves’ Highway)

Synopsis : Nick Garcos, vétéran de la seconde guerre mondiale, rentre au pays pour trouver son père amputé des deux jambes suite à un accident provoqué par un individu qui règne en maître sur les halles aux fruits et légumes de San Francisco. Il décide de se rendre sur place pour récupérer l’argent qu’aurait dû toucher son père en paiement de sa livraison auprès de ce dernier.

Critique : Après avoir travaillé pour la Metro Goldwyn Mayer et quitté Universal suite à un désaccord, Jules Dassin est engagé par la Fox pour réaliser Les Bas-Fonds de Frisco (Thieves’ Highway) en 1949. Ce film sera son dernier à avoir été tourné sur le sol américain. En effet, dénoncé comme sympathisants communistes par Edward Dmytryck, il est inscrit sur la fameuse Liste Noire lors de « la chasse aux sorcières » et forcé à l’exil en Europe. Il tournera en Angleterre Les Forbans de la Nuit (Night and the City) puis en France et en Grèce.

Pour Les Bas-Fonds de Frisco, Dassin s’appuie sur un scénario signé Albert Isaac Bezzerides, également auteur du roman original édité en 1949. Il faudra attendre 1996 pour que ce roman sorte en France grâce aux éditions Gallimard. Il s’agit là de son troisième et dernier roman. Il s’emploiera par la suite à l’écriture de scénarios pour la télévision et le cinéma dont celui de En Quatrième Vitesse (Kiss me Deadly) en 1955 d’après un roman de Mickey Spillane.

Dassin, bien aidé par un scénario sans faille, aborde cette histoire de façon quasi documentaire, ce qui décuple fortement son impact. Au lieu de faire entrer directement son héros en guerre contre ceux qu’il accuse d’avoir volé et blessé son père, il prend son temps de décrire par le détail la vie de chauffeurs livreurs, obligés d’investir leur propre argent dans l’achat de produits frais et de les transporter dans les délais jusqu’aux halles de San Francisco. Confrontés à la toute puissance d’un seul homme, Mike Figlia (Lee J. Cobb), qui règne en maître sur les halles, ils ne peuvent qu’accepter de lui vendre leurs fruits et légumes à un prix dérisoire. Il faut dire que Figlia n’hésite pas à utiliser la manière forte (passage à tabac, meurtre…) ou la ruse (dégradation sur les camions, chantage, tromperie sur les prix…) pour faire céder les livreurs, quitte à se débarrasser définitivement des plus récalcitrants. Car, même si le film ne se déroule que quasi exclusivement dans un marché et donc dans un espace restreint, nous sommes bien en présence de criminalité organisée au sens premier du terme. Figlia, tel un Capone, domine et fixe les règles du marché, chacun de ses hommes ayant une fonction qui lui est dévolue (les deux tueurs, les deux lieutenants, la prostituée…) ce qui lui permet de ne jamais être inquiété directement par les autorités.

Un monde sombre parfaitement illustré par une mise en scène inspiré. En effet, le début du film, allant du retour du soldat (Richard Conte) jusqu’à son départ pour San Francisco en passant par l’achat des pommes, est baigné d’une lumière vive contrastant fortement avec la nuit qui semble permanente sur le marché comme pour souligner la noirceur des actions qui y sont menées. Superbement éclairé, le marché ressemble parfois à des toiles de Hopper avec ses néons et ses âmes en peine qui luttent pour leur survie au sein d’un microcosme tourné entièrement vers l’argent. Même le héros animé au début du récit par un sentiment de vengeance bien compréhensible finira par se prendre au jeu et tentera de se faire de l’argent.

Et pour intensifier l’impression de ville dans la ville, Dassin peuple son marché d’une population issue de l’immigration et nous le fait parfaitement ressentir au moyen de dialogues précis sur l’origine des différents protagonistes. Il est évident que Dassin et Bezzerides, eux-mêmes fils d’immigrés, ont voulu rendre hommage à cette frange de la société souvent honnie mais qui sert de base à cette dernière.

Les Bas-Fonds de Frisco est un film au réalisme saisissant, à la mise en lumière magnifique et à l’interprétation de qualité.

Edition DVD : 

Fiche technique

  • Réalisation : Jules Dassin
  • Scénario : Albert Isaac Bezzerides
  • Montage : Nick de Maggio
  • Musique : Alfred Newman
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 94 mn

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