Les Bas-fonds New-Yorkais (Underworld U.S.A)

Les Bas-fonds New-Yorkais (Underworld U.S.A)

Synopsis :

Tolly Devlin, 14 ans, assiste au meurtre de son père par quatre individus. Devenu adulte, il réussit à se faire accepter au sein de la plus puissante organisation criminelle new-yorkaise dirigée par ces mêmes assassins.

Critique :

Reporter auprès du quotidien le Boston Globe, Joseph Francis Dinneen est l’auteur de nombreux articles et livres prenant pour sujet la criminalité aux États-Unis. La qualité de ses écrits feront que certains seront portés à l’écran. Ainsi, les articles Murder in Massachusetts et They Stole $25,000,000 – And Got Away with It sont adaptés au cinéma respectivement par John Brahm et son Laissez-nous Vivre (Let Us Live) avec Maureen O’Sullivan et Henry Fonda, le second par Joseph Pevney ré-intitulé La Police Était au Rendez-Vous (Six Bridges to Cross) avec Tony Curtis et Sal Mineo. Pour Underworld U.S.A, le cas est différent puisque seul le titre de l’article sert de base au projet voulu par Ray Stark, projet qui verra le jour sous le titre Les Bas-fonds New-Yorkais.

Connu pour avoir travaillé avec John Huston (La Nuit de l’Iguane, Fat City), Richard Lester (La Rose et la Flèche) ou encore Sydney Pollack (Le Cavalier Électrique), Ray Stark demande à Samuel Fuller d’écrire un scénario à partir du titre de l’article de Dinneen mais également du livre Here is to Crime du journaliste Riley Cooper avant d’en assurer la réalisation. Fuller est un habitué de l’exercice, lui qui a précédemment écrit les scripts de Le Kimono Pourpre, La Maison de Bambou, Le Port de la Drogue avant de signer ceux de Shock Corridor (également auteur de l’histoire originale) ou Police Spéciale, pour ne citer que les œuvres noires. Sans parler de son roman The Dark Page (Eh bien! Dansez Maintenant) qui sera adapté sous le titre Scandal Sheet par Phil Karlson. Les Bas-fonds New-Yorkais se positionne au début des années ’60, en pleine expansion du néo-noir, genre décliné de feu le film noir et qui reflète finalement la déliquescence de la société américaine au travers de drames criminels ou de tranches de vie empreintes de pessimisme et de violence.

Conscient de la société de l’époque dans laquelle il évolue, Samuel Fuller en dresse un portrait peu glorieux où les héros d’autrefois n’ont plus leur place. Son héros, Tolly Devlin, a connu une enfance précaire faite de rapines. Aux abonnés absents, son gangster de père lui donne quelques ficelles pour s’élever dans le monde du crime. La tenancière d’un bar fait office de mère de substitution, cette dernière étant décédée. La mort de la figure paternelle et son éducation feront que l’orphelin tournera le dos aux services du District Attorney en refusant de donner le nom de l’un de meurtriers de son père qu’il a reconnu. Se réservant ainsi le droit de se faire justice lui-même. S’ensuit alors une croisade vengeresse durant laquelle Devlin, obnubilé par son funeste objectif, aura le plus grand mal à admettre que certaines personnes puissent tenir à lui, à l’image de cette même tenancière, Sandy, qui l’accueille à sa sortie de prison ou de Cuddle, que l’on devine prostituée bien que cela ne soit jamais explicite, amoureuse rejetée. Toutes deux échoueront à le tenir éloigner du crime ce qui, ajouté à un désir morbide de revanche, l’amèneront à mourir seul dans une ruelle sombre. Comme son père.

Face à ce seul individu, se dresse un ennemi d’un genre nouveau. Samuel Fuller nous le présente ici comme une véritable armée structurée et hiérarchisée. Fini les gangs de rue agressant et rackettant les commerçants. Place à une organisation criminelle gérant des sociétés ayant pignon sur rue, payant des impôts, faisant des dons à des œuvres caritatives mais qui en sous-main dirige la prostitution, le racket et le trafic de drogue. Sans aucune conscience, elle s’attaque à la jeunesse du pays en revendant la drogue aux jeunes collégiens ou prostituant de jeunes filles mineures. Cet état des lieux est d’autant plus sombre que la Société ne peut lui opposer qu’une police corrompue payée et menacée de représailles. La population, elle-même sous le joug des criminels, refuse de témoigner auprès des fédéraux chargés de contrer le phénomène. Les Bas-fonds New-Yorkais préfigurent ainsi les polars des années ’70 mettant en scène des individus ou des policiers infiltrés au sein de gangs pour mieux les détruire de l’intérieur mais également les films de vigilante où de simples citoyens prennent les armes pour se faire justice et ainsi pallier aux errements des administrations.

Côté réalisation, Samuel Fuller nous prouve une fois de plus avec Les Bas-fonds New-Yorkais que la série B fut à une certaine époque un formidable vivier pour des réalisateurs en devenir qui palliaient un manque évident de moyens par une inventivité sans borne. S’il nous gratifie de plans travaillés, voire limite abstraits, c’est au niveau du montage que le film trouve toute sa saveur technique. Il suffit de voir la scène où la jeune fille se fait renverser par un tueur pour se le prouver. Ultra-découpée, soutenue par les bruitages d’ambiance et une musique agressive, cette scène est un véritable modèle du genre. Mais l’on pourrait bien d’autres scènes (le meurtre du père tout en ombre, la mort de Gela…) pour démontrer toute la créativité de sa réalisation. Samuel Fuller est un grand!

Les Bas-fonds New-Yorkais est l’occasion pour Cliff Robertson de camper un anti-héros crédible et antipathique au possible. Il impose au reste du casting un temps de présence à l’écran non-négligeable. De toute les scènes, il tient son personnage sans jamais tomber dans la caricature ce qui, au final, aurait desservi le film. Pour lui donner le change, nous retiendrons les prestations de Larry Gates (L’invasion des Profanateurs de Sépultures, Les Frères Rico) en agent fédéral chargé de faire tomber la pègre new-yorkaise, Dolores Dorn (Lutte Sans Merci) et Beatrice Kay toutes deux parfaites en femmes aimantes mais surtout Richard Rust (Homicide), qui, pour son premier rôle au cinéma, marque les esprits avec son interprétation du tueur à gage affublé d’un gimmick bienvenu que je vous laisse découvrir mais que ne renierait pas Horatio Caine.

Réalisation au cordeau, refus de tout compromis, agrémenté d’une violence sèche, Les Bas-fonds New-Yorkais est un parfait divertissement qui marque la fin du film noir et le début du néo-noir.

Édition dvd :

Doté d’un très beau noir et blanc et d’une bande-son puissante en phase avec le travail de Samuel Fuller, Les Bas-fonds New-Yorkais nous est présenté ici dans des conditions de visionnage idéale.

Wild Side nous gâte avec deux bonus de qualité, à hauteur d’homme, avec une présentation du film par Martin Scorsese et une interview de Noël Simsolo sur le travail de Fuller.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Samuel Fuller
  • Scénario : Samuel Fuller
  • Photographie : Hal Mohr
  • Montage : Jerome Thoms
  • Producteur : Samuel Fuller
  • Musique : Harry Sukman
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 99 minutes

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