Les Bootleggers (White Lightning)

Les Bootleggers (White Lightning)

Synopsis :

Robert « Gator » McKlusky purge une peine de prison pour avoir distillé et vendu de l’alcool frelaté. Apprenant que son petit frère a été tué, il accepte de coopérer avec des agents fédéraux du fisc pour faire tomber celui qu’il soupçonne d’être l’auteur du meurtre, le shérif J.C. Connors.

Critique :

Avant de connaître les affres d’une vie clandestine, suite à de sombres affaires de contrebande d’armes au profit de l’Armée Irlandaise de Libération Nationale (organisation considérée comme terroriste au Royaume-Uni et aux Etats-Unis soit dit en passant), William W. Norton a d’abord été scénariste. Débutant à la télé, il écrit son premier script pour le cinéma en 1968 au profit de Sydney Pollack (Les Chasseurs de Scalps). Il reste cependant connu pour sa collaboration avec Burt Reynolds pour lequel il signe quatre scénarios dont celui de Les Bootleggers. Opposant Reynolds à un shérif corrompu joué par Ned Beatty, il puise son inspiration dans la vie professionnelle de Marlin Hawkins, shérif de l’Arkansas soupçonné de fraude électorale et connu pour être arrangeant avec les personnes influentes. Joseph Sargent est chargé de réaliser cette histoire prometteuse.

Joseph Sargent commence sa carrière à Hollywood comme acteur, sans pour autant être crédité au générique, dans Tant qu’il y Aura des Hommes de Fred Zinnemann et dans Tobrouk, Commando pour l’Enfer d’Arthur Hiller. 1968 marque son passage derrière la caméra avec le film de guerre Tout les Héros sont Morts. Sa contribution au genre néo-noir se bornera à ce Les Bootleggers et à Les Pirates du Métro. En ’87, il commet l’irréparable en réalisant l’innommable Les Dents de la Mer 4 qui met un terme définitif à sa carrière hollywoodienne. Pour Les Bootleggers, Joseph Sargent sera secondé par Hal Needham, cascadeur, réalisateur et ami de la star du film, Burt Reynolds.

Avant d’aller plus loin dans la critique, arrêtons-nous quelques instants sur le titre français, Les Bootleggers. Aux Etats-Unis, ce terme désignait les hommes qui, durant la prohibition, transportaient de l’alcool de contrebande depuis les distilleries clandestines jusqu’aux bars qui, sous le comptoir, fournissaient leurs clients. Ce Bootleg, signifiant « de contrebande », s’emploie dans différents milieu et principalement dans celui de la musique. Certains ont dû connaître ces disquaires qui proposaient des disques pirates, généralement de concerts ou de sessions, à des prix prohibitifs. Et malgré l’avènement de la musique dématérialisée, l’engouement pour les bootlegs n’a pas disparu. Il suffit de faire une recherche sur le net pour s’en rendre compte. La communauté des fans du groupe Metallica est à ce titre une des plus active. Mais revenons à ce film qui nous intéresse…

Le sujet du film, l’atmosphère si particulière du Sud des Etats-Unis et le milieu de la contrebande d’alcool concourraient à faire de Les Bootleggers une franche réussite. Mais c’était sans compter sur l’indigence de la réalisation de Joseph Sargent. D’une situation grave, ce dernier n’arrive pas à choisir la direction dans laquelle orienter son film. Comédie? Drame? Polar? Action? Son film est un peu tout cela à la fois, à moins que ce ne soit rien de tout ça.

Après un générique où l’on assiste au meurtre du jeune frère de « Gator », tendu et bien filmé au milieu des everglades, Joseph Sargent se prend les pieds dans le tapis en accumulant des scènes aux atmosphères diamétralement opposées. Tour à tour tendu, léger, ironique, violent, Les Bootleggers se cherche mais ne se trouve pas empêchant le spectateur de se sentir réellement concerné par la croisade entamée par Reynolds. Ces changements de ton incessants font du film une simple succession de scénettes qu’il est difficile de relier les unes aux autres et où se retrouvent noyées des scènes importantes et pour le coup bien menées. Et comme si cela n’était pas suffisant, Sargent nous assène des courses poursuites interminables et finalement peu impressionnantes. N’est pas Philip d’Antoni qui veut.

Ce semi-ratage est heureusement en partie rattrapé par la qualité d’un casting bien sympathique.

Déjà bien identifié par le public pour ses rôles dans Les 100 Fusils de Tom Gries ou Caine de Samuel Fuller, Burt Reynolds explose littéralement dans le cauchemardesque Délivrance de John Boorman. C’est tout auréolé de la réussite de ce film, tant critique que public, que l’acteur se présente dans Les Bootleggers. Charmeur et athlétique, Reynolds jouent sur ces principaux atouts même si on le sent plus gêné lors des scènes dramatiques. Mais la prise de conscience de son personnage est peut-être une des seules facettes du film à être véritablement maîtrisée. Également rescapé de la rivière Cahulawassee, Ned Beatty incarne le mauvais côté de la loi. Il est de celui qui se sert de ses fonctions pour arriver à ses fins quelles soient bonnes ou mauvaises. On le devine également raciste, le meurtre du frère de « gator » ayant pour toile de fond la défense des droits civiques, sujet seulement effleuré. Le film est également l’occasion de croiser des seconds couteaux célèbres : Bo Hopkins (La Horde Sauvage, Guet-apens), Matt Clark (L’Empereur du Nord, Josey Wales, Hors-la-Loi), R.G. Armstrong (Predator, Dick Tracy)…

Pas désagréable à suivre, Les Bootleggers reste un divertissement qui ne cherche jamais à véritablement se donner les moyens de son sujet, comme si le réalisateur hésitait entre violence et comédie. Joseph Sargent fera nettement mieux l’année suivante avec Les Pirates du Métro.

Edition dvd :

Fiche technique :

  • Réalisation : Joseph Sargent
  • Scénario : William W. Norton
  • Photographie : Edward Rosson
  • Montage : George Jay Nicholson
  • Musique : Charles Bernstein
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 101 minutes

2 thoughts on “Les Bootleggers (White Lightning)

  1. Un générique terrible (qui est glaçant !) ! Une première demi-heure intéressante avec un rendu plutôt réussi des territoires du Sud. Malheureusement, la suite faiblit et se perd pour se terminer en grotesque. C’est film avec les pieds. Burt Reynold qui est cadré au début fait par la suite du Burt Reynolds et perd toute crédibilité. Ned Betty est remarquable (à noter qu’on les retrouve tous les deux dans « Délivrance »). Dommage !

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