Les Cadavres ne Portent pas de Costards (Dead Men Don’t Wear Plaid)

Les Cadavres ne Portent pas de Costards (Dead Men Don’t Wear Plaid)

Synopsis : Le détective Rigby Reardon est chargé par Juliet Forest d’enquêter sur la mort de son père, scientifique spécialisé dans le fromage (!).

Critique : Carl Reiner est né le 20 mars 1922 dans le Bronx, à New-York. Très tôt, le jeune homme se lance dans la comédie, son frère Charlie l’ayant inscrit à des cours d’art dramatique organisés par la Works Progress Administration. En 1943, il s’engage dans l’Air Force comme opérateur radio puis comme traducteur. A la fin du conflit mondial, il continue de servir au sein d’une troupe de théâtre militaire faisant le tour des garnisons dans le Pacifique, et ce, jusqu’en 1946. Dès son retour à la vie civile, il travaille pour la télévision aux côtés des plus grands au nombre desquels Mel Brooks ou encore Woody Allen. En 1959, il passe du petit au grand écran avec Joyeux Anniversaire (Happy Anniversary) de David Miller avec David Niven. En 1961, Reiner se lance dans la réalisation pour la télévision, son premier amour, avant de bifurquer vers le cinéma à compter de 1977 avec Oh, God!. Acteur, réalisateur mais aussi scénariste et producteur, il rencontre Steve Martin sur le tournage d’Un vrai schnock (The Jerk). Steve Martin, formé au stand-up, en signe le scénario avec Carl Gottlieb (Les Dents de la Mer) et tient là son premier rôle principal. Les Cadavres ne portent pas de Costard (Dead Men Don’t Wear Plaid), datant de 1982, est la seconde association des deux hommes qui en comptera quatre (L’Homme aux Deux Cerveaux et Solo pour Deux).

A l’instar d’un Espions sur la Tamise de Fritz Lang, le scénario de Les Cadavres ne Portent pas de Costards renvoie aux grandes heures du film noir mâtiné de propagande alors en vogue durant la seconde guerre mondiale. A savoir un détective privé qui, au bout de son enquête, mettra à jour les sombres desseins d’une bande de nazis sur le sol américain. Mais le sérieux de la situation s’arrête là et rapidement le spectateur se retrouve face à un film qui se joue avec délectation des clichés et tics d’un genre somme toute hyper codifié (utilisation de la voix-off, détective désabusé, femme fatale, ennemi puissant…). Car le but ultime de Reiner et de son scénariste et acteur Steve Martin n’est pas de rendre un hommage aux films noirs sous forme de copié-collé, mais de créer une sorte de patchwork où se doivent de se mêler harmonieusement les scènes de l’omniprésent Martin et des scènes extraites de films de la période dite classique. La réalisation de Carl Reiner se borne alors à faire en sorte que les pièces du puzzle s’imbriquent naturellement les unes aux autres. Multipliant les plans de coupe (mains, pieds, objets décoratifs…), le réalisateur y parvient efficacement rendant son film crédible et lisible pour le public, même si certaines scènes ne semblent être présentes que pour faire le nombre.

Hommage? Oui! Mais pas uniquement! Car derrière cet exercice de style réussi se cache une vraie parodie faite de gags (qui ne font pas toujours mouche), de bons mots et de dialogues à double sens lorgnant généralement sous la ceinture (il faut voir Rachel Ward aspirer les plaies de Steve Martin, pour en extraire les balles qui l’ont blessé, pour le croire!) que n’aurait pas renier Mel Brooks. Et cela est d’autant plus évident que ce dernier a travaillé par le passé avec Reiner. Steve Martin en spécialiste du stand-up apporte son humour un brin décalé pour donner vie à son personnage. Tour à tour charmeur, cynique voire par moment complètement hystérique, il est de toute les scènes et portent sur ses seules épaules le registre comique du film. Le reste du casting ne semble être là que pour faire de la figuration et donner la réplique tant Martin occupe le devant de la scène. On retiendra néanmoins la prestation très drôle de Reni Santoni (l’inspecteur Chico Gonzalez dans L’Inspecteur Harry).

Hommage? Oui! Parodie réussie? En très grande partie, oui! Mais pas uniquement! Car Les Cadavres ne Portent pas de Costards est également un quiz géant d’un peu moins d’une heure et demie. Le film comporte pas moins de 19 extraits de films avec les plus grandes stars de l’époque. Les voici :

  • Alan Ladd dans Tueur à Gages (This Gun for Hire) de Frank Tuttle (1942)
  • Barbara Stanwyck dans Raccrochez, c’est une erreur (Sorry, Wrong Number) d’Anatole Litvak (1948)
  • Ray Milland dans Le Poison (The Lost Weekend) de Billy Wilder (1945)
  • Ava Gardner dans Les Tueurs (The Killers) de Robert Siodmak (1946) et dans L’Île au complot (The Bribe) de Robert Z. Leonard (1949)
  • Burt Lancaster dans Les Tueurs (The Killers) de Robert Siodmak (1946)
  • Humphrey Bogart dans Le Grand Sommeil (The Big Sleep) d’Howard Hawks (1946), Le Violent (In a Lonely Place) de Nicholas Ray en 1950 et dans Les Passagers de la nuit (Dark Passage) de Delmer Daves (1947)
  • Cary Grant dans Soupçons (Suspicion) d’Alfred Hitchcock (1941)
  • Ingrid Bergman dans Les Enchaînés (Notorious) d’Alfred Hitchcock (1946)
  • Veronica Lake dans La Clé de verre (The Glass Key) de Stuart Heisler (1942)
  • Bette Davis dans Jalousie (Deception) de Irving Rapper (1946)
  • Lana Turner dans Johnny, Roi des Gangsters (Johnny Eager) de Mervyn LeRoy (1941)
  • Edward Arnold dans Johnny, Roi des Gangsters (Johnny Eager) de Mervyn LeRoy (1941)
  • Kirk Douglas dans L’Homme aux abois (I Walk Alone) de Byron Haskin (1948)
  • Fred MacMurray dans Assurance sur la mort (Double Indemnity) de Billy Wilder (1944)
  • James Cagney dans L’enfer est à lui (White Heat) de Raoul Walsh (1949)
  • Joan Crawford dans Humoresque de Jaen Negulesco (1946)
  • Charles Laughton dans L’Île au complot (The Bribe) de Robert Z. Leonard (1949)
  • Vincent Price dans L’Île au complot (The Bribe) de Robert Z. Leonard (1949)

Hommage parodique et exercice de style réussis malgré quelques petits défauts mineurs, Les Cadavres ne Portent pas de Costards saura rallier les amateurs d’un humour à la Mel Brooks et les aficionados du film noir assez ouverts d’esprit pour ne pas rejeter d’emblée le concept du film.

Edition blu-ray :

Elephant films nous propose de (re)découvrir ce film dans de très bonnes conditions si l’on prend en considération que la copie provient de plusieurs sources. En effet, si l’image des scènes tournées en 82 se révèlent tout simplement magnifiques, les scènes issues de différents films des années 40 et 50 marquent franchement le pas. Mais cela n’empêche en rien le plaisir que l’on peut prendre à tenter d’identifier les extraits de films insérés au récit. La bande-son, française et originale, est claire et limpide faisant la part belle à la très belle musique de Miklos Rozsa.

En guise de bonus, nous retrouvons un entretien avec Carl Reiner, un documentaire signé Julien Comelli et Erwan Le Gac et les bandes-annonces de Les Cadavres ne Portent pas de CostardsL’Affaire Chelsea ReardonUne Baraque à Tout CasserLes Voisins et Mad Dog and Glory.

Les cadavres ne Portent pas de Costards est à retrouver ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Carl Reiner
  • Scénario : Carl Reiner, George Gipe et Steve Martin
  • Musique : Miklos Rozsa
  • Photographie : Michael Chapman
  • Montage : Bud Molin
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Parodie
  • Durée : 88 mn

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