Les Flics ne Dorment pas la Nuit (The New Centurions)

Les Flics ne Dorment pas la Nuit (The New Centurions)

Synopsis : Le quotidien de deux policiers du LAPD entre interventions plus ou moins musclées et vie de famille compliquée.

Critique : Après quelques années passées au sein des Marines américains et un passage dans l’aciérie paternelle, Joseph Wanbaugh, nanti d’un diplôme en littérature, entre dans les forces de police de Los Angeles. Il y fait carrière pendant 14 ans avant de se tourner définitivement vers l’écriture. Et ces premiers romans, Les Nouveaux Centurions (The New Centurions) en 1971 et Patrouilles de Nuit (The Choirboys) en 1975, auront naturellement pour toile de fond le LAPD et les hommes qui le composent.

En 1972, le studio Columbia Pictures achète les droits du premier roman de Wanbaugh et confie son adaptation pour le grand écran au talentueux scénariste Stirling Silliphant ayant déjà œuvré pour le studio sur La Ronde du Crime (The Lineup) de Don Siegel. La réalisation échoie à Richard Fleischer qui revient aux Etats-Unis après avoir tourné L’Étrangleur de la Place Rillington (10 Rillington Place) et Terreur Aveugle (Blind Terror) au Royaume-Uni. Les rôles principaux sont confiés au vétéran George C. Scott qui remporta l’année précédente l’Oscar du meilleur acteur pour le rôle titre dans le Patton de Franklin J. Schaffner et au jeune Stacy Keach qui vient de tenir pour la première fois de sa carrière un premier rôle dans le film de Frank Perry, Doc Holliday, au côté de Faye Dunaway.

Années 70. La criminalité explosent dans les grandes villes, l’économie du pays est en berne, les classes moyennes quittent le centre des mégalopoles pour s’installer dans les faubourgs, les fonctionnaires sont licenciés. La police n’y fait pas exception. Les effectifs sont réduits de manière drastique. Des groupes de citoyens armés patrouillent dans les rues de leurs quartiers pour maintenir un semblant de calme face à des bandes de délinquants de plus en plus violentes. Hollywood crée une race de flics plus brutaux, plus cyniques, plus borderline, n’hésitant pas à enfreindre les lois pour mieux les faire respecter comme L’Inspecteur Harry (Dirty Harry) de Don Siegel ou James « Popeye » Doyle et Buddy « Cloudy » Russo les deux détectives de French Connection réalisé par William Friedkin. C’est aussi dans ces années que naît les Vigilante movies au premier rang desquels le Death Wish de Michael Winner avec Charles Bronson s’impose comme le maître étalon du genre.

Au milieu de toute cette violence, réelle ou fantasmée, Les Flics ne Dorment pas la Nuit s’impose comme une bombe d’humanité bienvenue. Richard Fleischer opte pour un style quasi documentaire et choisit d’emporter le spectateur dans le quotidien des patrouilles de police, délaissant pour un temps les inspecteurs en civil dont Hollywood a fait des héros. Le réalisateur braque la lumière de ses projecteurs sur les « petites mains » de la police, sur ceux qui au quotidien côtoie le sordide et la misère humaine (bavure meurtrière, maltraitance enfantine…). Aussi bien sur un différent familial que sur un braquage ou un simple problème de loyer, Fleischer les suit au ras du bitume captant leurs doutes, leurs craintes, leurs espoirs sans jamais les juger, avec honnêteté. Le constat est pourtant amer et pessimiste. Ses personnages ne peuvent survivre plus longtemps à tant de misère. Certains se réfugieront dans l’alcool (en et hors service), d’autres tomberont sous les balles d’un délinquant quand d’autres se suicideront.

L’interprétation est au diapason de la réalisation. Stacy Keach dans le rôle d’une jeune recrue encore idéaliste est parfait quand George C. Scott fait preuve d’une humanité confondante (mon Dieu, ce regard!).

Réalisé avec élégance et précision, Les Flics ne Dorment pas la Nuit, de par son côté profondément humaniste mais aussi désenchanté, se révèle être l’un des meilleurs films de Richard Fleischer.

Edition Blu-ray :

L’édition blu-ray, proposée par Carlotta, est en tout point une réussite. L’image rend parfaitement hommage au travail du chef opérateur Ralph Woosley. Les lumières de la ville, le moindre petit détail sont parfaitement restitués créant ainsi une vraie proximité entre les personnages et le spectateur. La section audio n’est pas en reste. Précision, puissance, l’immersion est totale.

La section bonus rend également parfaitement hommage à ce magnifique film. Au programme donc, une présentation du film par Nicolas Saada (à ne pas regarder avant le film, de nombreux extraits illustrant les propos du réalisateur), un entretien de 25 mn avec le cinéaste Nicolas Boukhrief intitulé Chronique humaniste, un documentaire Cop Stories : Les Dessous des Flics ne Dorment pas la Nuit au cours duquel Joseph Wambaugh revient sur l’adaptation de son livre, agrémenté entre autre du témoignage de Stacy Keach et enfin la bande-annonce.

Une vraie belle édition digne de son sujet.

Fiche technique :

  • Réalisation : Richard Fleischer
  • Scénario : Stirling Silliphant
  • Musique : Quincy Jones
  • Photographie : Ralph Woosley
  • Montage : Robert C. Jones
  • Genre : Drame policier
  • Durée : 103 minutes

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