Les Frères Rico (The Brothers Rico)

Les Frères Rico (The Brothers Rico)

Synopsis : Eddie Rico, ancien comptable de l’Organisation, se lance à la recherche de ses deux frères, Gino et Johnny, disparus après qu’ils aient participé au meurtre d’un dénommé Carmine, membre haut placé d’un gang concurrent.

Critique : Faire une courte biographie de Georges Simenon (1903-1989), dans le cadre d’un blog consacré aux films noirs, est tout bonnement impossible. Ce serait bien trop long. Voici quelques chiffres afin de se faire une idée du bonhomme : Jusqu’en 1929, il écrit 200 romans sous 17 pseudonymes différents dont les inénarrables « Aramis« , « Bobette« , « La Déshabilleuse » ou encore « Poum et Zette« , entre 1929 et 1972, 220 romans sous son nom propre dont 103 enquêtes du commissaire Maigret (75 romans et 28 nouvelles) et 117 « romans durs », 25 ouvrages autobiographiques, 155 nouvelles. Sans parler des innombrables adaptations au cinéma, à la télévision et au théâtre. Les « romans durs » indiquent ceux où le commissaire Maigret n’apparaît pas et dans lesquels Simenon élargit son champ dramatique et littéraire pour attaquer le drame au plus profond et s’affranchir des codes d’une enquête policière trop contraignants. Ces histoires, parues entre 1931 et 1972, se déroulent aux quatre coins du monde et lui permettent de changer de style. Son roman Les Frères Rico fait partie de ces « romans durs ».

Les droits du roman sont achetés par William Goetz en ’56 au nom de sa propre société de production, William Goetz Productions, fondée avec son avocat conseil, Leo Spitz, après sa démission de la 20th Century Fox dont il était vice-président. La distribution de ses films sera assurée par la Columbia Pictures dont il finira par prendre la direction de la branche internationale. L’adaptation du roman de Simenon est confiée à Ben Perry, scénariste habitué à la télévision et dont c’est là le second travail pour le cinéma après The Boss de Byron Haskin avec John Payne et avant Terreur au Texas (Terror in a Texas) de Joseph H. lewis avec Sterling Hayden. La réalisation échoit à Phil Karlson, qui travaille pour la Columbia, vétéran du film noir, à qui l’on doit entre autres L’Inexorable Enquête (Scandal Sheet) avec Broderick Crawford ou le formidable Le Quatrième Homme (Kansas City Confidential) avec John Payne qu’il dirigera à trois reprises et uniquement dans des films noirs.

Durant les années 40/50, Hollywood n’a eu de cesse de casser l’image romantique des gangsters véhiculée par le cinéma des années 30. Les Frères Rico n’échappe pas à la règle avec sa représentation de la Pègre où chantage et menaces de toutes sortes côtoient le meurtre dans le simple but de s’imposer, de protéger l’Organisation. Figure paternelle manquante à la famille Rico, Sid Kubik, le boss, sait manier le verbe pour obtenir ce qu’il désire de ses hommes et plus particulièrement d’Eddie qui sera obligé de retrouver son petit frère pour que l’Organisation puisse s’en débarrasser. Ne faisant plus partie de cette « entreprise », Eddie reste sous le charme d’un homme qu’il estime et sait lui parler comme s’il était de la famille alors que dans la pièce d’à côté, Gino est passé à tabac et en mourra. Libre aux spectateurs de voir, en seconde lecture, une dénonciation des agissements de la Commission sur les agissements anti-américaines (HUAC) en charge de débusquer les sympathisants communistes sur le sol américain. Phil Karlson semble faire un parallèle entre son organisation criminelle et cette commission, entre le patron du crime et le président de l’HUAC et leurs méthodes similaires en cette fin des années 50 où certains grands noms, comme Otto Preminger, commencent à s’opposer ouvertement à ces agissements.

Comme dans la plupart de ses films, Phil Karlson découpe son récit en trois actes parfaitement distincts. Ici, le premier acte s’attache à nous présenter Eddie Rico. Son entreprise que l’on devine importante est florissante et lui assure un niveau de vie important, sa femme l’aime et désire plus que tout adopter un enfant pour concrétiser cet amour. Seule ombre au tableau son ancienne appartenance à une puissante organisation criminelle dont il était le comptable. Cette dernière va se rappeler à son souvenir au grand dam de son épouse. Début du second acte qui ne sera qu’une longue prise de conscience de la part d’Eddie sur ce qu’est véritablement l’Organisation. Prise de conscience de toute façon beaucoup trop tardive pour éviter un Destin funeste à ses frères. Début du troisième et dernier acte. Bouleversé, Eddie fomente un piège pour faire tomber l’Organisation, première responsable de la mort de ceux qu’il aime. Phil Karlson dégraisse jusqu’à l’os son propos, ne gardant que l’essentiel créant ainsi un sentiment d’urgence chez le spectateur. La scène où l’Organisation se lance à la poursuite d’Eddie est réduite à sa plus simple expression grâce à une utilisation astucieuse de plans se superposant, permettant ainsi à Karlson d’en dire un maximum en un minimum de temps. Du grand art!

Omniprésent à l’écran, Richard Conte est parfait dans le rôle de cet homme enfermé dans son idée qu’il a de l’Organisation au point de mettre en jeu la vie de ceux qu’il aime. Prenant peu à peu conscience du véritable visage de cette dernière, il parvient par son jeu subtil à faire évoluer son personnage pour atteindre un point de non-retour. Larry Gates, que l’on avait pu voir l’année précédente dans L’Invasion des Profanateurs de Sépultures (Invasion of the Bodysnatchers) de Don Siegel, s’impose en caïd maniant avec autant de facilité l’empathie et la menace. James Darren (Les Canons de Navarone), dans le rôle du petit dernier des Rico, est confondant de sensibilité et de courage. Quant au casting féminin, Dianne Foster (Le Destin est au Tournant) et Argentina Brunetti (Les Ruelles du Malheur) apportent toutes deux un supplément d’angoisse bienvenue à un récit déjà bien tendu.

Librement adapté du roman de Georges Simenon, Les Frères Rico est avant tout une démonstration de savoir-faire de la part de Phil Karlson. Réalisation au cordeau, interprétation solide et très belle musique signée George Duning font de ce film un petit bijou du film noir.

Edition dvd :

La présente édition propose une image très propre sans dégâts majeurs ni tâches. Les plans larges sont moins précis et peuvent parfois paraître légèrement flous quand les plans rapprochés sont parfaitement définis. le grain est présent mais bien géré. Coté son (VF et VO), c’est clair, limpide avec un léger souffle absolument pas gênant.

Côté bonus, Sidonis Calysta nous gratifie des présentations des spécialistes « maison » que sont Patrick Brion, François Guérif et Bertrand Tavernier.

Les Frères Rico est à retrouver en dvd ici

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Phil Karlson
  • Scénario : Lewis Meltzer
  • Musique : George Duning
  • Photographie : Burnett Guffey
  • Montage : Charles Nelson
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 92 minutes

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