Les Griffes de la Peur (Eye of the Cat)

Les Griffes de la Peur (Eye of the Cat)

Synopsis :

Avec la complicité de Kassia Lancaster, Wylie reprend contact avec sa richissime tante dans le seul but d’être couché sur le testament de cette dernière puis de s’en débarrasser.

Critique :

Sous l’égide de la Joseph L. Schenck Enterprises, le scénariste Joseph Stefano signe avec Les Griffes de la Peur une histoire mixant thriller et horreur. C’est un habitué du genre puisque, pour rappel, il est l’auteur du scénario du maître étalon Psychose d’Alfred Hitchcock qui lui fera remporter le prix Edgar-Allan-Poe en 1961. La réalisation est confiée à David Lowell Rich, cinéaste spécialisé dans le format télévisuel (Maverick, Cannon) qui s’est accordé quelques incartades au cinéma avec entre autres Un Détective à la Dynamite mettant en scène Kirk Douglas et Eli Wallach. Russell Metty, qui travailla sur Le Criminel d’Orson Welles et sur Spartacus de Stanley Kubrick pour lequel il remporta un Oscar, et Ellsworth Fredericks dont le travail sur L’Invasion des Profanateurs de Sépultures et Sayonara (nomination aux Oscars) fut loué, sont chargés de la photographie. L’efficace monteur J. Terry Williams (747 en Péril, Les Naufragés du 747) est associé au projet.

En l’état, Les Griffes de la Peur peut être considéré comme un excellent long épisode qui trouverait aisément sa place dans des séries telles que Alfred Hitchcock Présente ou La Quatrième Dimension pour laquelle David Lowell Rich a réalisé l’épisode Je me Souviens de Cliffordville lors de la saison 4. Car même si le récit est parfaitement ancré dans le quotidien, la présence non négligeable de chats renvoie irrémédiablement à la mythologie égyptienne qui faisait du félin le protecteur du foyer et de ses occupants en tant qu’avatar du dieu pourfendeur d’Apophis. Fort de cette filiation, le réalisateur joue à de nombreuses reprises avec le fantastique usant notamment de plans à la première personne, généralement déformés. La présence d’une véritable armée de félins semblant obéir à une entité supérieure, Tullia, un chat roux potentiellement indestructible, et leur propension à être attirés par la viande crue et le sang ne fait qu’accentuer le sentiment que tout ce qui se passe devant nos yeux n’a que très peu à voir avec la réalité.

Mais alors, que fait donc ce film sur un site principalement orienté film noir ?

Le thème

La spoliation d’un héritage ou d’un bien appartenant à autrui, est un thème cher au film noir. Alfred Hitchock (encore lui) a joué avec ce dernier en brouillant les pistes dans Soupçons, Sam Spade a toutes les peines du monde à mettre la main sur Le Faucon Maltais tout comme Philip Marlowe, chargé de retrouver coûte que coûte un doublon de collection dans La Pièce Maudite. Les exemples sont innombrables si l’on consent à y ajouter des films plus récents comme La Chair de l’Orchidée de Patrice Chéreau et son héritière internée ou Folle à Tuer d’Yves Boisset et son enfant pourchassé par des truands. Et je ne parle pas des braquages et autres rackets.

Le décor

L’intrigue de Les Griffes de la Nuit prend également place dans une constante de nombreux films noirs. Une grande demeure, richement décorée qui recèle derrière ses murs de sombres secrets et des dangers mortels. On pense notamment à Le Grand Sommeil d’Howard Hawks et à son remake signé Michael Winner où Marlowe enquêtait au sein d’une famille dysfonctionnelle de riches bourgeois. Mais dans le cas présent, le réalisateur dévoie le lieu pour en faire une sorte de manoir hanté où une horde de chats semble s’être imposée, retrouvant une atmosphère baroque que l’on pourrait rapprocher de celle de Des Pas dans le Brouillard d’Arthur Lubin.

La femme fatale

Car il y en a une dans Les Griffes de la Peur, en la personne de Kassia Lancaster. Cette belle brune a tout de la femme fatale telle qu’elle nous est donnée à voir dans le film noir. Élégante, intelligente, appartenant à la classe moyenne, elle n’a comme ambition que de s’élever dans la société. Et pour se faire, une seule solution, s’enrichir le plus rapidement possible. Elle jette donc son dévolu sur Wylie, jeune homme de bonne famille sur le déclin, amouraché d’une jolie rouquine, et qui potentiellement pourrait être le seul héritier d’une richissime femme dont les jours sont comptés. Jouant sur le désir qu’éprouve pour elle Wylie, elle va mettre sur pied un plan machiavélique. Entre ses mains, ce dernier n’est qu’un pantin dont elle n’hésitera pas à se débarrasser si l’occasion venait à se présenter. Les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être dans le film noir et ici non plus pour notre plus grand plaisir. Mais je me garderai bien de continuer sur ma lancée afin de ne rien révéler des coups de théâtre qui parsèment le film.

La femme est un chatte, l’homme une souris

Comme nous l’avons vu plus haut, David Lowell Rich ne s’est pas gêné pour faire basculer des éléments du film noir dans le fantastique. Et il n’y a aucune raison pour qu’il n’inflige pas le même traitement à l’un des codes les plus importants du genre, la femme fatale.

Le fantastique s’impose dans Les Griffes de la Peur par la présence de ces nombreux chats amateurs de chair fraîche et du félin roux Tullia sensément électrocuté en début de film et pourtant toujours menaçant tout au long du film. Mais il y a aussi Kassia qui, par bien des aspects, renvoie aux félidés et à une de ses lointaines aïeules, Irena Dubrovna. Je me suis fait cette réflexion au détour d’une scène où le réalisateur filme la main de Kassia en insistant sur les ongles de cette dernière. Elles m’apparurent tellement agressives que je les ai immédiatement assimilées à des griffes. Et de me remémorer cette scène de bagarre dans les toilettes d’un club de hippies entre cette même Kassia et l’ex-petite amie de Wylie. Comme si deux chattes se disputaient la même souris. Parce que l’homme n’est-il pas un jouet entre les griffes de la femme fatale ? Une souris avec laquelle on joue avant de la mettre à mort ?

Dans le rôle de Kassia Lancaster, nous retrouvons la belle Gayle Hunnicutt (Syndicat du Meurtre, Scorpio) dans l’un de ses premiers rôles et qui incarne à la perfection une femme prête à tout pour faire main basse sur un héritage. Le rôle de Wylie est tenu par un Michael Sarrazin (On Achève bien les Chevaux, Arabesque) souffrant d’ailurophobie et donc de catalepsie, ce qui n’est jamais facile lorsqu’on intègre une maison envahie par des chats. Face à eux, Eleanor Parker (Femmes en Cage, L’Homme au Bras d’Or), dont c’est ici l’avant dernier film, est parfaite en malade aveuglée par son amour pour un jeune homme qui ne lui le rend pas. On retrouve également Laurence Naismith vu en commandant de bord du Titanic dans Atlantique, Latitude 41° mais surtout en Juge Felton dans Amicalement Vôtre.

Les Griffes de la Peur est un habile détournement des codes du film noir au profit du fantastique créant ainsi une atmosphère à nulle autre pareil. Le réalisateur se permet même d’instiller ici ou là des allusions à peine dissimulées à l’inceste, les relations entre Wylie et sa tante étant sujette à caution, et se fend d’un générique en split screen du plus bel effet. L’intrigue se laisse suivre sans déplaisir et ne présente aucun temps mort. Ajoutez à cela une interprétation de qualité et vous obtenez un spectacle à ne pas louper d’autant plus que Rimini Editions nous propose de le (re)découvrir dans des conditions quasi optimales.

Edition bluray :

Après un début très légèrement accidenté, le master s’améliore grandement. Les couleurs sont pimpantes, le niveau de détail particulièrement élevé, le grain parfaitement géré. La bande-son, disponible en version française et originale sous-titrée français, est claire et puissante. Belle présence du score signé Lalo Schifrin. Rimini Editions sort le grand jeu pour Les Griffes de la Peur, preuve que lorsqu’ils s’en donnent les moyens, les éditeurs peuvent soigner autant le contenu que le contenant.

Comme à son habitude, Rimini Editions complète Les Griffes de la Peur de fort belle manière avec une interview de l’écrivain et historien du cinéma Gilles Gressard (21 mn), une fin alternative, conçue pour la télévision, présentée par ce même Gilles Gressard (12’49) et un livret ATTENTION, CHATS MÉCHANTS de 24 pages écrit par Marc Toullec.

Les Griffes de la Peur est disponible auprès de la boutique Metaluna Store ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : David Lowell Rich
  • Scénario : Joseph Stefano
  • Photographie : Russell Metty, Ellsworth Fredericks
  • Montage : J. Terry Williams
  • Musique : Lalo Schifrin
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Thriller horrifique
  • Durée : 1 h 42
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