Les Pirates du Métro (The Taking of Pelham One Two Three)

Les Pirates du Métro (The Taking of Pelham One Two Three)

Synopsis :

New-York. Quatre hommes armés prennent en otage les passagers d’une rame de métro et demande une rançon d’un million de dollars. Zachary Garber, de la police du métro, est chargé de négocier avec les truands.

Critique :

Né en 1913 à New-York, Morton Freedgood publie dès 1940 une série d’articles et de nouvelles dans des magazines tels que le Cosmopolitan ou Esquire tout en travaillant à différents postes dans l’industrie du cinéma au profit de la Paramount, de la Twentieth Century Fox ou de United Artists. Il signe de son vrai nom son premier roman en 1957 avant d’opter pour un pseudonyme emprunté à un magazine féminin, John Godey. Auteur de plusieurs grands succès, il voit en ’73 son best-seller The Taking of Pelham One Two Three ( Arrêt Prolongé sous Park Avenue en France) adapté au cinéma sous le titre Les Pirates du Métro en 1974.

La société Palomar Pictures International (Le Limier de Joseph L. Mankiewicz avec Laurence Olivier et Michael Caine) obtient les droits du roman. John Godey travaille alors sur le scénario, bien aidé par Peter Stone, scénariste à succès (Charade, Mirage, Arabesque, Juste Cause…) et auteur de pièces de théâtre à Broadway (1776, Titanic…). La réalisation est confiée à Joseph Sargent, tout juste auréolé du succès de Les Bootleggers, et ce treize ans avant de saborder définitivement sa carrière cinématographique en réalisant Les Dents de la Mer 4. Owen Roizman, célèbre directeur de la photographie ayant œuvré sur French Connection, L’Exorciste ou encore Tootsie, et le duo de monteurs Gerald B. Greenberg (Pulsions, Les Incorruptibles…) et Robert Q. Lovett (Cotton Club) viennent compléter l’équipe technique.

Pour bien comprendre certains aspects des Pirates du Métro, tant dans son ton que dans son esthétisme, il est nécessaire de se pencher sur le contexte social de l’époque. Et ce, même si je l’ai abordé dans la chronique d’Un Justicier dans la Ville. Nous sommes en 1973 (roman) / 1974 (adaptation). Les États-Unis connaissent une récession économique d’ampleur obligeant les grandes municipalités à emprunter des sommes astronomiques qu’elles se doivent de rembourser. Forcées de faire des économies, les mairies se séparent d’un nombre important de fonctionnaires au premier rang desquels, les policiers. Cette baisse des effectifs entrainent une hausse de la criminalité dans les centres villes obligeant les ménages de la classe moyenne à déménager vers les banlieues. Les Pirates du métro, comme beaucoup de Vigilante movie, prend ses racines dans ce phénomène, même s’il adopte un ton un peu plus léger que d’autres productions sorties au cours de ces deux années charnières.

Paradoxalement, c’est dans sa phase de préproduction que cette filiation est la plus visible, en tout cas plus qu’à l’écran. Désirant tourner en décor naturel, comme souvent dans les années ’70, afin de créer un environnement des plus crédibles, les producteurs soumettent le script aux membres de la MTA (Metropolitan Transportation Authority) en charge du métro new-yorkais. Le script est tellement détaillé, proche des faits et gestes des employés du métro que la MTA refuse catégoriquement de participer au tournage. La raison? Simplement la crainte que la faune hantant les couloirs du métro ne s’inspirent du film pour monter des coups équivalents. Un compromis fut trouvé : versement d’une très forte somme d’argent à la MTA, assurance souscrite par la production en cas de prise d’otages dans le métro après la sortie du film et enfin un bandeau lors du générique précisant que la MTA n’avait donné aucun conseil lors de l’écriture du scénario.

Autre point de désaccord entre la production et la MTA, relativement aberrante. Cette dernière s’oppose fermement au fait que les rames de métro soient recouvertes de graffitis. Et sur cette question, aucun arrangement possible. Les métros du film devront, et seront, immaculés…

Malgré tout ces aléas, Les Pirates du Métro reste on ne peut plus crédible dans sa description du fonctionnement du métro new-yorkais. Prétextant la visite d’une délégation japonaise, Joseph Sargent promène ses spectateurs dans diverses salles de contrôle tout en expliquant le rôle des employés présents. Une façon comme une autre de nous familiariser avec les lieux d’autant plus efficace qu’elle baigne dans une bonne ambiance grâce à l’abattage d’un Walter Matthau peu avare en grossièretés et en allusions racistes. Ces allusions, qui ont fait et font encore grincer quelques dents, font parties du personnage de Matthau et finissent par lui revenir en pleine figure lorsqu’il finit par constater que les japonais comprennent et parlent parfaitement l’américain. Un retour de bâton salutaire et qui clôt une partie didactique et somme toute agréable à suivre.

Cette ambiance de cours de récré tranche radicalement avec la froideur des scènes nous mettant en présence des quatre preneurs d’otages et les passagers de la rame de métro. De l’univers coloré aux lumières vive des salles de contrôles, nous passons à un environnement sombre, bleuté qui renvoie à la froideur du chef de la bande. Les quatre truands sont parfaitement écrits et les indications les définissant nous sont livrées au fur et à mesure que l’intrigue avance. Affublés d’une couleur en guise de nom (idée reprise par Tarantino en ’92 pour Reservoir Dogs), ces derniers sont pour la plupart des professionnels, hormis monsieur Marron, ancien chauffeur de métro renvoyé pour une sombre histoire de drogue. Monsieur Bleu, le chef, est un ancien officier anglais devenu mercenaire, monsieur Vert est également un ancien mercenaire ayant servi sous les ordres de Bleu. Quant à monsieur Gris, il s’avère être un flingueur de la Mafia. Les otages sont traités comme figuration à quelques éclairs prêts. C’est une bonne chose, trop de psychologie aurait nuit à l’efficacité d’un film qui se veut purement divertissant.

Il était à craindre, après le confus Les Bootleggers, que Joseph Sargent ne se prenne une fois de plus les pieds dans le tapis en passant sans cesse d’un lieu à l’autre. Il parvient cependant à trouver le parfait équilibre entre les différentes scènes, bien aidé par un montage au cordeau. Le récit est promptement mené, sans temps mort, les dialogues ne sont jamais superflus et les rebondissements jamais forcés. La chute, elle, est à mon sens très réussie (Atchoum! A vos souhaits!). Année ’70 oblige, Sargent se permet même d’égratigner la gestion de la ville de New-York en décrivant le maire comme un incapable ridicule et son équipe comme une bande d’affairistes sans scrupule. Il les fait huer par une population en colère et critiqués par des forces de l’ordre abandonnées. Rien de plus que le reflet de l’époque.

Walter Matthau, qui continue dans le néo-noir après Le Flic Ricanant et Tuez Charley Varrick!, incarne avec délectation un grincheux fort en gueule, pour ce qui deviendra sa marque de fabrique. Il apporte ce petit soupçon de comédie qui donne au film son ton si léger et le fait sortir du lot des productions de l’époque. Face à lui, Robert Shaw, qui sort tout juste de L’Arnaque, s’impose en dandy froid et calculateur. Il connaîtra la gloire l’année suivante avec Les Dents de la Mer, franchise que tuera bien plus tard Joseph Sargent. Le monde est petit. Martin Balsam (Psychose, Les Nerfs à Vif), Héctor Elizondo (Leviathan) et Dick O’Neill (Wolfen) viennent compléter un excellent casting de « gueules ».

Une parfaite maîtrise de l’espace et du temps, un casting irréprochables et un ton si particulier qui lui est propre font des Pirates du Métro un divertissement de qualité et plus intelligent qu’il n’y paraît.

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Joseph Sargent
  • Scénario : Peter Stone et John Godey
  • Photographie : Owen Razman
  • Monteur : Gerald B. Greenberg et Robert Q. Lovett
  • Musique : David Shire
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 104 minutes

3 thoughts on “Les Pirates du Métro (The Taking of Pelham One Two Three)

  1. En exagérant un peu, je dirais que c’est la dernière image du film qui lui donne tout son cachet. Sans ce gros plan de Walter Matthau, le film n’aurait pas la même saveur. Un Walter Matthau fabuleux comme toujours. Quel grand acteur !

    1. Je ne pense pas que cela soit exagéré. Ce dernier plan vient confirmer et clôturer le ton léger adopté par le réalisateur. Une légèreté voulue dès le départ et sans ce plan, le film aurait eu un goût d’inachevé. Et j’adore Walter Matthau!

      1. Et moi donc ! Je me suis refais quelques-uns de ces films dernièrement, de « The Odd Couple » avec Jack Lemmon, à « Lonely are the brave » dans lequel il joue remarquablement un shériff (il vole la vedette à Kirk Douglas à mes yeux), en passant par « Cactus Flower », « Charly Varrick évidemment, « A new leaf » ou encore « Plaza suite ». J’adore ce type !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :