Les Ruelles du Malheur (Knock on any Door)

Les Ruelles du Malheur (Knock on any Door)

Synopsis :

Contre l’avis de ses pairs, l’avocat Andrew Morton décide de défendre Nick Romano, un jeune multirécidiviste, accusé d’avoir abattu un agent de police.

Critique :

Willard Motley, afro-américain né dans le quartier d’Engelwood à Chicago, débute sa carrière de chroniqueur auprès du Chicago Defender, journal dénonçant les exactions commises à l’encontre de la population noire américaine avant de fonder le magazine engagé Hull House. En parallèle, il travaille comme écrivain indépendant et publie son premier roman en 1947, Knock on any Door. Trois autres romans suivront sans malheureusement rencontrer le même succès que ce dernier.

Souhaitant porter à l’écran Knock on any Door avec dans les rôles principaux Humphrey Bogart et Marlon Brando, Mark Hellinger (Une Femme Dangereuse) en acquiert les droit dès sa publication. Suite à la mort prématurée de ce dernier fin 1947, Bogart et Robert Lord, qui viennent de créer Santana Productions, relance le projet. La réalisation est confiée au tout jeune Nicholas Ray dont ce sera ici la seconde réalisation après Les Amants de la Nuit, lui qui a débuté comme acteur et scénariste sur A Tree Grows in Brooklyn. Burnett Guffey, directeur de la photographie habitué aux films noirs (Le Maître du Gang, Sirocco, Poursuites dans la Nuit), et la monteuse Viola Lawrence, également accoutumée au genre (Tokyo Joe, Le Violent), sont également recrutés.

Humphrey Bogart interroge des témoins

Le sujet de Les Ruelles du Malheur est grave et toujours d’actualité mais son traitement peut paraître encore aujourd’hui quelque peu manichéen bien qu’il soit nécessairement à replacer dans son époque.

Le « héros » est un voyou à gueule d’ange accusé d’avoir tué un flic lors de sa fuite des lieux d’un braquage. Il crie à la face de policiers revanchards son innocence avant de demander à être défendu par un ténor du barreau comme lui issu de quartiers pauvres de la ville. A compter de cet instant, le film est une succession de flashbacks, plus ou moins longs, censés nous expliquer que ce jeune homme n’est que la victime d’une société répressive ayant fait l’impasse sur l’éducation et la protection de la jeunesse.

Humphrey Bogart plaide

Ici, Nick Romano sombre dans la délinquance après le mort de son père en prison. Ce dernier n’était pas un criminel, loin de là. Il jouissait même d’une certaine réputation. Un geste malheureux en état de légitime défense et une défense laxiste de la part de l’associé de Bogart le font basculer du mauvais côté de la loi, avec les conséquences que l’on connait. Et laisse un fils aigri devant tant d’injustice. Les combines s’enchaînent toujours plus violentes, tout comme les séjours en maison de redressement et en prison. Victime du sadisme des gardes, Nick s’endurcit quand d’autres meurent sous les coups. L’Administration détruit plus qu’elle ne sauve.

L'assistante sociale Allen Roberts

Conseillé par Morton, il trouve un emploi et se marie. On le croit sauvé. Mais son patron est un tyran lui rappelant sa vie d’avant, le rabaissant sans cesse. Ses anciens « amis » se moquent de lui. Il a surtout très envie d’offrir le meilleur à celle qu’il aime mais l’argent ne rentre pas assez vite à son goût. Par manque d’un vrai suivi, il ne peut que retomber dans ses travers. Sa femme ne le comprend pas et choisit le suicide. Désormais, plus rien ne peut l’arrêter. Surtout pas un flic, représentant d’une profession haïe, qui se dresse devant lui…

John Derek est sur le point de perdre son emploi

Cette histoire dans l’histoire occupe une très grande partie des Ruelles du Malheur. Puis viennent les débats au cours desquels Morton va s’évertuer à mettre l’accent sur la violence des forces de l’ordre et sur les manigances des services d’un procureur volontiers vicieux. Pour l’avocat de la défense, le seul coupable dans cette sinistre affaire n’est autre que la Société. Une Société qui a abandonné à son triste sort un enfant et qui n’a jamais été en mesure de lui apporter la moindre aide quand il en avait le plus besoin. Une Société qui tolère les errements de ses administrations. Convaincu de l’innocence de son protégé, sa plaidoirie finale sera uniquement basée sur ces manquements.

Le sadique Georges Macready

Le propos est simpliste car aucun droit de réponse n’existe et Nicholas Ray l’assume. Le personnage interprété par Bogart n’est pas issu de la société qu’il dénonce. Il vient du ruisseau, du même monde que celui qu’il défend. Il s’en est sorti seul, sans aucune aide. Nick est bien suivi par une assistante sociale, mais nous ne la voyons jamais à l’œuvre. Ah si ! Elle n’accepte de fréquenter Bogart qu’à la seule condition qu’il vienne en aide au jeune homme… Le Juge ? Il veut bien refréner les ardeurs d’un procureur agressif mais défend de toucher aux policiers et à leurs méthodes. Les flics ? Ils ne sont que répression violente (d’ailleurs filmés irrémédiablement armés). Personne ne trouve grâce aux yeux du réalisateur. Ray se fait le porte parole d’enquêtes indépendantes mettant en exergue que la société américaine des années 40, très clivante, favorisait la criminalité au sein des minorités. De ce point de vue, et en respectant l’idée maîtresse du roman, Nicholas Ray signe avec Les Ruelles du Malheur une franche réussite. Même si certains spectateurs seront peu enclin à adhérer au propos.

John Derek et Humphrey Bogart assis à la table de la défense

Le sujet lui tenant à cœur, on sent Humphrey Bogart très investi dans son rôle. Son interprétation de cet avocat, défendant ce qui n’est finalement que son double, est de haute volée avec en point d’orgue une plaidoirie finale enflammée. Face à lui, John Derek (L’Inexorable Enquête) s’impose avec charme et force parvenant même à créer une certaine empathie auprès du public pour son personnage victime d’un Destin funeste inéluctable. Sa prestation, sa façon de se déplacer, de se tenir, m’ont même fait penser plus d’une fois à un Alain Delon jeune. George Macready (Gilda, Un Pacte avec le Diable) et sa fameuse cicatrice, incarne à la perfection un procureur acerbe et détestable mais redoutable.

C'est l'heure du jugement pour John Derek accompagné d'Humphrey Bogart

Efficace, Les Ruelles du Malheur se suit avec intérêt et propose une vision désenchantée de la jeunesse américaine des années ’40. Un galop d’essai réussi pour Ray qui signera plusieurs années de véritables classiques.

Edition dvd :

Menu du dvd et du bluray du film Les Ruelles du Malheur édité par Sidonis Calysta

Édité par Sidonis Calysta, Les Ruelles du Malheur nous est présenté ici dans une copie exempte de tout défaut majeur. Le noir et blanc est parfaitement géré, le niveau de détail élevé. Un léger fourmillement se fait parfois remarquer sans que cela n’amoindrisse le confort de vision. Le film est proposé en version originale sous-titrée français et en version française. La bande-son propose une belle clarté.

Les Ruelles du Malheur est disponible en dvd ici et en bluray ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Nicholas Ray
  • Scénario : John Monks Jr. et Daniel Taradash
  • Photographie : Burnett Guffey
  • Musique : George Antheil
  • Montage : Viola Lawrence
  • Pays :  États-Unis
  • Langue : anglais
  • Genre : Policier
  • Durée : 100 minutes
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