Les Yeux de Laura Mars (Eyes of Laura Mars)

Les Yeux de Laura Mars (Eyes of Laura Mars)

Synopsis : Laura Mars, photographe connue et reconnue, souffre de visions au cours desquelles elle assiste en direct aux meurtres de ses proches. Un jeune inspecteur de police tente de résoudre ces crimes tout en protégeant ce témoin si particulier.

Critique : Après des années d’études qui le verront délaisser les cours au profit de l’écriture de poèmes et de scénarios ainsi qu’aux tournages amateurs de courts-métrages, John Carpenter entre en 1968 à la prestigieuse Université de Californie du Sud (USC) de Los Angeles. Trois années d’études en section licence en production cinématographique au cours desquelles il se liera d’amitié avec Nick Castle (New-York 1997) et Dan O’Bannon (Alien, le 8ème Passager). En 1974, Carpenter réalise son premier long-métrage Dark Star. Le bon retour du public et de la presse spécialisée laisse à penser que désormais le réalisateur va se voir proposer de nombreux projets émanant des grands studios hollywoodiens. Étrangement, il n’en est rien forçant Carpenter à reprendre l’écriture de scénarios. C’est ainsi qu’il signe ceux d’Assaut (Assault on Precinct 13) et un second intitulé Eyes, censés devenir deux films à petit budget financés par J. Stein Kaplan et Joseph Kaufman. Ces derniers créent alors la CKK Corporation afin de financer Assaut suite à la vente de Eyes.

Le producteur exécutif, Jack H. Harris, ami de John Carpenter et à qui l’on doit la « trilogie du Blob » (The Blob ’59, Beware! The Blob ’72 et The Blob ’88), prévoit dans un premier temps de se passer des grands studios pour financer le passage au grand écran de Eyes. Mais Jon Peters, également producteur, voit dans le script de Carpenter l’occasion de faire briller sa compagne Barbra Streisand. Après une rencontre avec Peter Guber, la Columbia accepte de financer l’adaptation du projet. Malgré le départ de la star, la Columbia n’abandonne pas le projet, choisie Faye Dunaway pour tenir le rôle de Laura Mars et demande à David Zelag Goodman (Les Chiens de PailleL’Age de Cristal…) de réécrire le script. John Carpenter, bien que crédité au générique, est écarté du projet. Irvin Kershner (L’Empire Contre-AttaqueRoboCop 2…) est choisi pour assurer la réalisation.

Capable d’intégrer et de digérer les influences diverses et variées mises à sa disposition, Irvin Kershner était à mon sens le choix parfait pour porter à l’écran le scénario remanié de Carpenter. Et il le prouve dès la première séquence où, filmée en caméra subjective, une proche de Laura Mars se fait poignarder dans l’œil à l’aide d’un pic à glace. Double influence au cours de cette scène. D’une part, celle de Carpenter et sa façon de confondre la vision du tueur à celle du spectateur, technique qu’il portera à sa quintessence dans La Nuit des Masques (Halloween) sorti sur les écrans la même année. Plus qu’un hommage, Kershner s’appropriera ce procédé et tournera toutes les scènes de meurtres de la même façon, signature s’il en est du réalisateur de Fog (The Fog). D’autre part, celle d’un genre propre au cinéma transalpin, le Giallo. Armé de son seul pic à glace, jamais visible à l’écran, le tueur acquiert une sorte d’aura fantastique en vogue dans la production horrifique italienne. Sans parler des décors intérieurs de l’appartement de Laura Mars, avec sa démultiplication de points de vue, ou ses lieux de shooting rappelant sans aucune ambivalence possible le cinéma de Dario Argento. Décors intérieurs luxueux jurant avec la crasse et le bruit des rues new-yorkaises Mais les influences de Kershner ne s’arrête pas au cinéma. En mettant en scène une photographe dont les mises en situation flirtent avec l’érotisme et une violence sous-jacente, le réalisateur cite directement Helmut Newton, célèbre photographe ayant shooté Grace Jones, Monica Bellucci ou encore Claudia Schiffer. Les différentes photographies que l’on peut voir tout au long du film sont d’ailleurs l’œuvre de Newton.

Mais réduire Les Yeux de Laura Mars à une simple succession de références serait une erreur. Il s’agit avant tout d’un très bon thriller / néo-noir parfaitement dans le courant cinématographique de l’époque. Et Irvin Kershner parvient à instiller un tempo envoûtant par lequel le spectateur se laisse porter, comme hypnotisé par le regard des acteurs. Le twist final n’en est que plus efficace. Après la vue chez Kershner, Brian De Palma s’intéressera trois ans plus tard l’ouïe, second sens essentiel au 7ème art, avec son Blow Out et livrera un thriller cette fois-ci très inspiré par le maître, un peu comme si le cinéma des années ’70 début ’80 finissait d’assimiler le travail de ses glorieux aînés.

Après un début de carrière tonitruant avec des titres emblématiques comme Bonnie and Clyde d’Arthur Penn ou L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison, Faye Dunaway connait un passage à vide de ’69 à ’73. L’année ’74 marque le retour en grâce de l’artiste avec Chinatown de Roman Polanski et La Tour Infernale de John Guillermin et Irwin Allen. Les Yeux de Laura Mars se situe en plein dans cette période faste pour sa carrière qui connaîtra un nouveau tournant en ’82. Considérée comme l’une des plus belles actrices du monde, Faye Dunaway est magnifiquement mise en valeur par Irvin Kershner qui insiste sur ses jambes régulièrement dénudées et son regard par lequel passe une multitude d’émotions. Toujours juste dans son jeu, elle illumine chaque plan de sa présence. Pour lui donner la réplique, le charismatique Tommy Lee Jones, pas encore star, parvient à donner une certaine épaisseur à un personnage pourtant, à priori, vu et revu. Dans une carrière bien remplie, je retiendrai son rôle de vétéran du Vietnam dans Légitime Violence (Rolling Thunder) de John Flynn tourné l’année précédente. Pour son quatrième film, Brad Dourif (Blue VelvetMississippi Burning…) imprime durablement la rétine de son regard bleu acier alors que René Auberjonois (M*A*S*HKing Kong…) est parfait dans son rôle d’agent excentrique.

Mise en scène inspirée puisant son matériau auprès de sources aussi différentes que complémentaires et interprétation de qualité font de Les Yeux de Laura Mars un thriller estampillé seventies de haute volée!

Edition Blu-ray :

Sidonis Calysta nous livre une belle copie sans défaut majeur. Le grain est parfaitement géré, aucun fourmillement n’est à déplorer. On peut cependant noter un ou deux plans en retrait niveau détail, mais rien de bien méchant tant le reste de la copie est immaculée. Niveau son, c’est du tout bon dans les deux versions avec une belle présence de la musique.

Côté bonus, nous avons droit au commentaire audio, avec ou sans sous-titre, d’Irvin Kershner, le making-of « Vision » et une galerie photos sur laquelle Laurent Bouzereau fait état des différentes versions du scénario.

Les Yeux de Laura Mars est à retrouver ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Irvin Kershner
  • Scénario : John Carpenter, David Zelag GoodmanMontage
  • Montage : Michael Khan
  • Musique : Artie Kane
  • Photographie : Victor J. Kemper
  • Production : Jon Peters
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-Noir
  • Durée : 104 minutes

2 thoughts on “Les Yeux de Laura Mars (Eyes of Laura Mars)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :