L’Heure du Crime (Johnny O’Clock)

L’Heure du Crime (Johnny O’Clock)

Synopsis : Johnny O’Clock (Dick Powell), associé minoritaire de Guido Marchettis (Thomas Gomez) dans une salle de jeux, voit son partenariat menacé par l’arrivée d’un policier corrompu. Bientôt, ce dernier est retrouvé mort ainsi que son ex petite amie. Les soupçons de l’inspecteur Koch (Lee J. Cobb), chargé de l’affaire, se portent naturellement sur les deux hommes.

Critique : Débutant comme scénariste, Robert Rossen se tourne vers la réalisation avec ce premier film dont il signe le scénario en compagnie de Milton Holmes. Dans les années 50, il devient immédiatement la cible de la Commission des Activités Anti-Américaines en temps que sympathisant communiste et inscrit sur la liste noire du cinéma. Il dénoncera une cinquantaine de personnes. Sa carrière ne s’en remettra pas.

A l’affiche, nous retrouvons Dick Powell, crooner reconverti en acteur. Il jouit d’une belle notoriété dans le monde du cinéma et est suffisamment influent pour pouvoir imposer Rossen comme réalisateur pour L’Heure du Crime. Il passera à la réalisation au début des années 50 et réalisera notamment Torpilles sous l’Atlantique avec Robert Mitchum et Cürd Jurgens. Pour lui donner la réplique, Lee J. Cobb fort d’une dizaine d’années de carrière avant L’heure du Crime. Ayant tourné avec les plus grands, on retiendra ses rôles dans 12 Hommes en Colère et L’Exorciste. Le personnage principal féminin est quant à lui tenu par Evelyn Keyes vue dans Autant en Emporte le Vent, Le Rôdeur et Sept Ans de Réflexion.

Ce qui interpelle rapidement dans cette histoire d’amour et de meurtres, c’est le nombre de sous-intrigues qui viennent se greffer à l’histoire principale. Il semble que chaque protagonistes soient reliés entre eux par un lien fort (amour, dette, promesse) et qui en fin de compte pèsera lourdement sur les choix de chacun au moment du dénouement. Cela entraîne une multitudes de scènes où les dialogues, au demeurant excellents, obligent les spectateurs à une attention de tous les instants afin de ne pas être perdus en cours de route. Pour une première réalisation, Rossen fait preuve d’une parfaite maîtrise, jonglant avec facilité entre scènes intimistes et scènes mouvementées. Il est en cela parfaitement aidé par des acteurs de tout premier ordre.

Dick Powell interprète un homme sûr de lui (il n’a de cesse de répéter qu’il est malin, comme s’il voulait s’en persuader), dominant les gens qu’il côtoie (il ne craint pas de s’opposer à un policier corrompu ou à son « patron ») et son environnement. Il gère d’une main de maître la salle de jeux détectant le moindre faux pas de ses employés. Chacune de ses décisions est mûrement réfléchie. Il sait être généreux en accueillant chez lui un ancien prisonnier tout en étant hautain avec lui. Avec les femmes, il se montre dur, dominant mais est touché lorsqu’il apprend la mort de l’une de ses connaissances. Seules deux personnes semblent le faire douter, Nancy Hobson et l’inspecteur Koch.

Nancy Hobson, sœur de la première victime, tombe immédiatement sous le charme de O’Clock et tentera à de nombreuses reprises d’apprivoiser un homme trop sur de lui. Son obstination fera faire le bon choix à O’Clock au moment du face à face ultime avec le policier. Le film prouve encore une fois la place ambiguë occupée par les femmes dans le Film Noir. Traitées sans aucune déférence, elles finissent toujours par imposer leurs choix aux hommes et deviennent par là même la pièce maîtresse du récit. Evelyn Keyes apporte sa beauté et sa faculté de passer d’un sentiment à un autre avec naturel. Le couple qu’elle forme avec Powell fonctionne à merveille tant leurs caractères sont à l’opposé l’un de l’autre.

Autre personnage devant lequel O’Clock perd quelque peu de sa superbe, l’inspecteur Koch. Ce dernier, brillamment interprété pas Lee J. Cobb, impose une présence physique non négligeable. Capable de s’adapter à la personne qui se trouve face à lui, il fait montre d’un vrai professionnalisme l’opposant ainsi au flic corrompu disparu. Il est celui qui fait plier O’Clock mais laisse entrevoir à ce dernier un avenir pas aussi sombre qu’il pourrait le penser.

Abandonnant les bas-fonds propre au Film Noir, L’Heure du Crime nous prouve s’il en était encore besoin que le crime et la trahison existent aussi en pleine lumière. La mise en scène tout en finesse de Rossen soutenue par une interprétation sans faille fait de ce très bon Film Noir une étude de mœurs passionnante.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Robert Rossen
  • Scénario : Robert Rossen et Milton Holmes
  • Montage : Al Clark et Warren Low
  • Musique : George Duning
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 96 mn

Troisième film présent dans le coffret consacré au Film Noir édité par Sidonis Calysta, L’Heure du Crime jouit d’une image sans faille et particulièrement lumineuse. VO et bande originale sont particulièrement claires et audible, sans souffle. Un seul bémol, sans impact sur le visionnage du film, les sous-titres comportent quelques coquilles (fautes, lettres manquantes…).

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :