L’Homme à l’Affût (The Sniper)

L’Homme à l’Affût (The Sniper)

Synopsis : Eddie Miller, se sentant rejeté par les femmes, cède à ses pulsions meurtrières et se met à abattre des femmes qu’il est amené à croiser.

Critique : L’Homme à l’Affût est le second film d’Edward Dmytryk après son retour de deux ans d’exil politique en Angleterre et six mois d’incarcération pour ses accointances avec les idées communistes. Petit retour sur les faits. En mai 1944, Dmytryk prend sa carte au Parti Communiste américain qu’il quitte quelques mois plus tard suite à des divergences de point de vue avec deux membres influents du Parti. Trois ans plus tard, il est convoqué par la Commission des Activités Antiaméricaines. Tout comme neuf autres de ses collègues, il refusera de donner les noms de partisans communistes. Mis à l’index par Hollywood, il s’exile en Angleterre où il réalise trois films (L’Obsédé…) avant de revenir en 1950. Condamné à six mois de prison, il effectue sa peine à la prison fédérale de Mill Point. Puis, cédant à la pression, il finit par dénoncer des communistes et des sympathisants de gauche ce qui lui permettra de reprendre ses activités professionnelles tout en le faisant haïr par une très grande partie de Hollywood. Ironie du sort, il sera amené à diriger Adolphe Menjou (L’Enjeu, Le Grand Attentat, Les Sentiers de la Gloire…), anti-communiste convaincu et qui a témoigné devant la Commission des Activités Antiaméricaines en 1947. Il retrouve pour la seconde fois l’acteur Arthur Franz, après Eight Iron Men, et qu’il dirigera ensuite à sept reprises (Ouragan sur le Caine, Le Bal des Maudits…).

Est-ce du fait de la période trouble qu’il a traversé et qu’il traverse encore, toujours est-il que Edward Dmytryk insuffle un réel humanisme à son film. Considérant Eddie Miller avant tout comme une victime de ses pulsions, le réalisateur nous fait partager dans un premier temps le combat intérieur d’un homme luttant contre ses démons avant de le faire basculer définitivement dans la folie meurtrière suite à une énième déconvenue avec une femme. Ne se permettant jamais de juger son personnage, Dmytryk porte au contraire un regard critique sur une société incapable d’aider ceux qui en ont le plus besoin et qui sont en demande constante, comme Eddie qui se mutile la main droite pour s’empêcher d’utiliser son arme mais qui est refoulé de l’hôpital ou qui se voit refuser le droit de se confier à médecin traitant. Même la police, si souvent représentée comme dure et violente, fait ici preuve de discernement et de retenue, plus encline à mettre fin aux agissements du tueur de manière non violente que de répondre favorablement aux demandes incessantes de représentants de l’Etat qui rêvent d’une traque sans merci se soldant obligatoirement par la mort du tueur.

Élément déclencheur de la folie meurtrière d’Eddie, l’attitude des femmes relève néanmoins toujours de la normalité. A aucun moment, Dmytryk ne tombe dans la facilité en en faisant des êtres vénaux, intéressés ou tout simplement manipulateurs qui pourraient expliquer les meurtres commis par Eddie. C’est la perception qu’en a ce dernier qui tronque sa réalité et en font ses ennemies. C’est là une différence essentielle entre la représentation de la femme qu’en donne Dmytryk, respectueux du sexe dit « faible », et celle illustrée dans les films de ses pairs où la femme est toujours l’origine consciente des maux infligés aux hommes. Film tourné après guerre, L’Homme à l’Affût nous fait rencontrer trois femmes aux antipodes de celles que nous avions l’habitude de voir dans les productions des années 40. Jamais manipulatrices, elles travaillent (au moins pour deux d’entre elles et l’une d’elle dirige même des hommes) et sont capables d’aborder un homme sans se laisser impressionner (formidable scène du bar). L’indépendance semble être le maître-mot des interprètes féminines chez Dmytryk qui démonte là le mythe de la femme fatale et vénale.

La réalisation de Dmytryk est toujours inspirée notamment en extérieur où il utilise à merveille les décors naturels de San Francisco. A la vue de ce tueur, armé d’un fusil à lunettes, sur les toits de maisons de cette ville de la côte ouest, il est impossible de ne pas penser que Don Siegel n’a pas voulu rendre hommage à ce réalisateur lorsqu’il tournait des scènes quasiment identiques pour les besoins de L’Inspecteur Harry en 1971 (je pense notamment à Scorpio surplombant le parc d’une église et mettant en joue un prêtre puis un jeune noir). Sans parler de cette scène, superbement graphique, où Eddie abat un homme travaillant sur une immense cheminée d’usine après que ce dernier l’ai découvert.

Outre le fait d’être un excellent Film Noir de par son ton profondément humain, sa réalisation et son interprétation sans faille, L’Homme à l’Affût fait écho à un fait divers macabre. Le 1er août 1966, Charles Whitman, s’installe au sommet d’une tour de l’université du Texas à Austin après avoir assassiné sa mère et sa femme. Armé entre autres d’une carabine M1 de calibre 30 (arme utilisée dans le film par Eddie Miller), il tuera 18 personnes et en blessera 31 avant d’être à son tour abattu. Troublant.

Edition dvd :

Encore une belle édition signée Sidonis Calysta aux images veloutées et parfaitement détaillées. La VO, seule présente, est claire et sans souffle. Belle présence des coups de feu.

L’Homme à l’Affût est à retrouver ici

Fiche Technique :

  • Réalisation : Edward Dmytryk
  • Scénario : Harry Brown, Edna Anhalt et Edward Anhalt
  • Montage : Aaron Stell
  • Musique : George Antheil
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 87 mn

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