L’Homme qui Tua la Peur (Edge of the City)

L’Homme qui Tua la Peur (Edge of the City)

Synopsis : Axel se fait embaucher comme docker et fait la connaissance de Tommy, contremaître, avec qui il sympathise rapidement. Les deux hommes vont vite s’opposer à Charles Malik, lui aussi contremaître, qui n’hésite pas à prélever une dîme sur le salaire des hommes de son équipe.

Critique : Natif de New-York, Robert Alan Aurthur entame des études en médecine qu’il interrompt pour s’engager dans les Marines dès l’entrée en guerre des États-Unis dans le conflit armé qui embrase l’Europe. A son retour, il commence sa carrière de scénariste à la télévision pour Studio One puis passe à l’écriture des épisodes de la série Mister Peepers avant d’enchainer sur des jeux télévisés pour Campbell PlayhouseJusticeGoodyear (et Philco) Television Playhouse et Producers Showcase. En 1955, il est nominé aux Emmy Awards pour A Man is Ten Feet Tall avec Don Murray et Sidney Poitier.  Et c’est tout naturellement que ce programme se retrouve dans les mains de David Susskind, puissant producteur télé souhaitant se lancer dans le cinéma, pour ce qui deviendra deux ans plus tard Edge of the City. Il confie le projet à Martin Ritt dont ce sera là la première réalisation pour le grand écran.

A l’issue de ses études à l’université de Saint John de New York, Martin Ritt décide de devenir acteur. Il fréquente de nombreuses troupes engagées et va jouer ou mettre en scène de nombreuses pièces à l’idéologie fortement ancrée à gauche à travers tout le pays. Même s’il n’a jamais adhéré à aucun parti, il ne reniera aucun de ses idéaux politiques ce qui l’amènera à être soupçonné de sympathie avec le bloc communiste. Blacklisté, il lui est interdit de continuer sa carrière à la télévision entamée en 1952 et est obligé de retourner un temps sur les planches et de donner des cours à l’Actors Studio où il dirigera notamment James Dean. Ses débuts au cinéma en 1957 sont marqués par la réalisation de L’Homme qui Tua la Peur (Edge of the City). Viendront ensuite L’Orchidée Noire (The Black Orchid) avec Sophia Loren et Anthony Quinn, Le Plus Sauvage d’entre tous (Hud) avec Paul Newman ou encore L’Espion qui venait du froid (The Spy who Came in from the Cold) avec Richard Burton. Le générique du film est l’œuvre de Saul Bass à qui l’on doit ceux de Sueurs Froides (Vertigo), Autopsie d’un Meurtre (Anatomy of a Murder), La Mort aux Trousses (North by Northwest), West Side StoryLes Nerfs à Vif (Cape Fear) version Martin Scorsese…

Le film sort sur les écrans en 1957 soit en plein mouvement pour les droits civiques. L’affaire Rosa Parks est encore dans tous les esprits et le boycott des bus de Montgomery vient de s’achever par la fin de la ségrégation raciale dans les transports municipaux de la ville. Martin Ritt y va de son pamphlet anti-raciste avec ce film profondément engagé. Il n’hésite pas à nous présenter un afro-américain bien inséré dans la société avec une famille aimante, un appartement bien tenu, une belle voiture entretenue et surtout un emploi stable de contremaître qui lui octroie l’autorité nécessaire pour diriger une équipe composée majoritairement d’hommes blancs. Ajoutez à cela la meilleure amie, blanche, de sa femme qui lui garde à l’occasion ses enfants, et au détour de certains plans un Noir qui se fait servir dans un bar par un Blanc ou une épicière elle aussi blanche qui lui prépare son repas et vous comprendrez à quel point Martin Ritt inverse des rôles jusqu’à présent bien codifiés dans le cinéma américain. Et il ne s’arrête pas là. Toujours fidèle à ses idéaux sociaux et malgré ses démêlés avec la Commission des Activités Anti-Américaine, il pointe du doigt le racisme de certains comme le véritable ennemi intérieur d’un pays en pleine tension et non les syndicats (les communistes) comme pouvait le prétendre Elia Kazan dans Sur les Quais (On the Waterfront), au thème proche de celui de Ritt.

La réalisation de Martin Ritt est définitivement inspirée par ses années de mise en scène de pièces de théâtre. Sa caméra est très rarement en mouvement mais toujours bien placée afin de capter au mieux la tension d’une scène ou les sentiments d’un personnage. Cette technique permet dans le cas présent de positionner le spectateur comme témoin d’une époque en passe d’être révolue.

John Cassavetes, habitué des films noirs au début de sa carrière (14 HeuresNuit de TerreurFace au Crime…), incarne un jeune homme en perte totale de repaire et habité par la peur. Peur d’être arrêté par les autorités suite à sa désertion de l’armée, peur d’être dénoncé, peur de ses parents à qui il n’ose plus parler, peur des femmes. Cette peur omniprésente ne pourra être combattu qu’avec l’aide d’un homme dont les pairs, et probablement lui-même, ont connu cette même peur. Et qui de mieux qu’un afro-américain pour tenir ce rôle? Sidney Poitier donne vit à ce personnage d’un optimisme sans faille se forçant à tourner en dérision les vicissitudes de la vie pour mieux les ignorer. Il servira d’exutoire à Cassavetes en le ramenant à la vie. Le duo fonctionne à merveille et rend chaque étape de ce travail intérieur crédible. Tout cela pourrait donner une comédie dramatique au happy end convenu si nous n’étions pas dans un film noir. Le déclencheur du drame ne sera pas, pour une fois, une femme mais un homme dévoré par l’ambition et le racisme. Jack Warden (Douze Hommes en ColèreLa Taverne de l’IrlandaisShampoo…) est parfait dans l’incarnation même de ce mal qui ronge la société, qui fait se dresser les hommes les uns contre les autres.

Réalisation efficace, scénario engagé, interprétation de qualité, L’Homme qui Tua la Peur (Edge of the City) a tout pour être une des œuvres marquantes du paysage cinématographique des années 50.

Edition dvd :

Avec ce titre, LCJ Editions nous propose un très beau dvd au master vierge de tout défaut, au noir et blanc très doux, au grain parfaitement maîtrisé et au générique naturellement en très léger retrait. La bande-son n’est pas en reste. Dans les deux versions, elle est claire et limpide faisant la part belle à la musique de Leonard Rosenman.

Aucun bonus à l’horizon ce qui est quelque peu regrettable ne serait-ce que pour la personnalité du réalisateur, fervent défenseur des minorités et fidèle jusqu’au bout à ses idées.

L’Homme qui Tua la Peur retrouver en dvd ici

Bande-annonce

Fiche technique :

  • Réalisation : Martin Ritt
  • Scénario : Robert Alan Aurthur
  • Musique : Leonard Rosenman
  • Photographie : Joseph C. Brun
  • Montage : Sidney Meyers
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Drame
  • Durée : 85 minutes

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