L’Impitoyable (Ruthless)

L’Impitoyable (Ruthless)

Synopsis : Ascension et chute de Horace Vendig dans le monde impitoyable des affaires.

Critique : Edgar George Ulmer, après avoir assisté Robert Siodmak, Billy Wilder ou Fred Zinnemann, se lance dans la réalisation en 1926 par des œuvres à petit budget. Il dirigera d’ailleurs Bela Lugosi et Boris Karloff. Outre L’Impitoyable, il réalisera un Film Noir qui lui vaudra une certaine reconnaissance, Détour, et fut sélectionné par la Bibliothèque du Congrès parmi le premier groupe de 100 films américains méritant un effort particulier de conservation.

L’Impitoyable est avant tout le portrait acerbe d’un homme évoluant dans le monde de la finance. Construit en flashbacks, le récit nous permet de découvrir le parcours hors norme de Horace Vendig. Ce dernier, après avoir donné une réception dans son immense demeure au cours de laquelle il annonce léguer tous ses biens à des œuvres, fait la connaissance de la femme de son ami d’enfance, Vic Lambdin. Cette dernière lui rappelant son premier amour, il se souvient des principaux actes qui ont fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. Et dire que le tableau est plutôt sombre est un doux euphémisme. Véritable coucou, Vendig possède la faculté de s’introduire dans les lieux propices à une progression rapide des échelons hiérarchiques de la finance et ainsi obtenir de ses partenaires du moment ce qui peut lui servir pour mener à bien ses projets. Et comme tout bon arriviste, une fois le but atteint, il n’hésite pas à se débarrasser de ses associés sans ressentir le moindre état d’âme. Vendig possède une technique bien à lui pour entrer en contact avec les gens qui peuvent le servir ou qu’il souhaite attaquer au nom de sa société : Cibler les femmes de la maison. Sa première victime, Martha qu’il considère comme son premier amour, lui permit de rentrer dans une famille aimante au contraire de la sienne, totalement dysfonctionnelle, et ainsi acquérir l’éducation qui lui était jusqu’à présent refusée. Puis ce fut au tour de Susan de tomber sous son charme et qui lui fit nouer des liens très forts avec le monde de la finance. Et enfin, Christa la femme de son plus dangereux adversaire qui lui céda ses parts de société afin de « couler » son futur ex-mari. Bien entendu, il se séparera de ses précédentes fiancées une fois devenues inutiles et remplacées par les suivantes. Seule, Mallory, la femme de son ami Vic, lui tiendra tête et servira même d’exutoire à son mari pour se défaire de l’emprise que Vendig pouvait avoir sur lui. Ce dernier connaîtra une fin brutale alors que le mari ruiné de Martha, ne pouvant faire le deuil de son mariage, le provoquera sur la jetée devant l’immense propriété.

Edgar George Ulmer nous dresse aussi le portrait d’un monde tout en trahison et en mensonges où l’humain n’a pas lieu d’être. Chacun travaillant pour son propre intérêt au détriment des autres. Deux personnages surnagent dans ce monde sans âme. Le père de Martha, bourgeois généreux, prêt à recueillir un enfant sans avenir pour lui mettre le pied à l’étrier, sans rien demander en retour et Vic Lambdin qui n’a de cesse de tenter de ramener un peu d’humain en Vendig, en vain. Le mot de la fin sera pour Mallory qui dira de ce dernier en guise d’épitaphe : « Ce n’était pas un homme, mais un choix de carrière ».

Le casting, très bon au demeurant, est dominé par un Zachary Scott, d’une classe folle, totalement investi dans son rôle d’arriviste sans âme. Sydney Greenstreet est lui aussi parfait dans le rôle du mari bafoué.

Atypique car abandonnant les bas-fonds, L’Impitoyable nous prouve que cette « jungle » qui fait l’essence même du Film Noir habite aussi les sommets de la société. La réalisation parfaite, les décors somptueux, une interprétation de qualité et la charge contre le monde des affaires nous prouve qu’Edgar George Ulmer était un vrai visionnaire et que cette vision semble avoir toujours cours aujourd’hui. Martin Scorsese a dû voir et revoir ce film pour son Wall Street.

Edition dvd :

Cinquième film proposé dans le Coffret Encyclopédique du Film Noir américain, la copie proposée par Sidonis Calysta s’avère datée et souvent endommagée par des parasites voire même, à deux reprises, par des augmentations de luminosité. Malgré ces réserves, le film se laisse regarder sans aucune difficulté. La VO est claire et sans saturation, tout comme la musique parfaitement mise en valeur.

Côté bonus, nous retrouvons les présentations de Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif ainsi qu’une galerie photos.

Le film est à retrouver en dvd ici.

Fiche Technique :

  • Réalisateur : Edgar George Ulmer
  • Scénario : S.K. Lauren et Gordon Kahn
  • Montage : Francis D. Lyon
  • Musique : Werner Jansen
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 104 mn

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