L’Inconnu du Nord-Express (Strangers in a Train)

L’Inconnu du Nord-Express (Strangers in a Train)

Synopsis : Guy Haines et Bruno Anthony font connaissance dans un train. Au fil de la discussion, ces deux parfaits inconnus en viennent à parler du crime parfait : l’échange de meurtres qui aurait pour conséquence de régler le problème du mobile cher à la police. Alors que pour Haines ces propos sont futiles, ils le sont beaucoup moins pour Anthony qui va passer à l’acte.

Critique : 1951. Après avoir essuyer d’une échec financier avec Les Amants du Capricorne (Under Capricorn) et Le Grand Alibi (Stage Fright) , tout deux avec Marlène Dietrich, Alfred Hitchcock n’est plus en odeur de sainteté auprès des studios hollywoodiens. Il décide de reprendre les choses en main en allant chercher lui-même une histoire intéressante tirée de la littérature policière. Il se tournera vers le roman éponyme de Patricia Highsmith dont il confiera dans un premier temps l’adaptation à l’écrivain Raymond Chandler avant de le lui retirer, suite à des divergences professionnelles et personnelles, et de nommer Ben Hecht.

Encore une fois, Alfred Hitchcock met tout son talent au service de son histoire et transforme chaque plan en leçon de cinéma. la première scène est d’une maîtrise totale. Nous suivons les deux protagonistes de leur descente de taxi jusque dans le train où ils vont se rencontrer mais jamais sans voir leur visage. Il faudra que leurs pieds se touchent alors qu’ils sont assis l’un en face de l’autre pour que le maître nous fasse découvrir leur visage, après que les rails, figurant le trajet de chacun, ne se rejoignent également. Du grand art. Le reste est du même acabit, que ce soit le meurtre de la femme de Guy Haines, filmés à travers les lunettes de la victime, la réception chez le sénateur, tout en tension, le match de tennis couplé au retour du tueur sur le lieu du crime et enfin la scène du manège digne d’un film catastrophe, Hitchcock met les nerfs du spectateur à vif.

Nous retrouvons également un thème cher à Hitchcock, la traque d’un innocent par la justice et par le(s) vrai(s) meurtrier(s). Innocent qui n’aura d’autre choix que de prouver son innocence envers et contre tous. Dans ce rôle, Farley Granger est parfait. Acculé, il n’aura de cesse de repousser les demandes de meurtre d’Anthony tout en préservant la femme qu’il aime interprétée avec justesse par Ruth Roman. Il est intéressant de noter la présence de Patricia Hitchcock, fille du réalisateur, dans le rôle de la sœur de cette dernière.

Mais comme disait Walt Disney, pour qu’un film soit bon, il faut que le méchant soit bon. Et là encore, on n’est pas déçu tant la performance de Robert Walker est impressionnante. Dès les premières minutes, sa présence est inquiétante, sa façon de parler et de s’adresser à son interlocuteur mettent mal à l’aise. Il est aimable, souriant mais terriblement envahissant, se considérant dès le début comme un ami de Guy Haines. C’est lui qui lancera l’idée des meurtres. Lui se chargerait de la femme de Haines qui refuse le divorce alors que ce dernier tuerait son père qu’il déteste. Et pour lui, c’est sérieux. Il passera à l’acte d’ailleurs très rapidement avec un plaisir non dissimulé. Et que dire de cette scène où, au cours d’une soirée organisée par le père de la fiancée de Haines, il explique à une vieille dame comment étrangler en mimant le geste tout en regardant Patricia Hitchcock, physiquement très proche de sa précédente victime.

Cette inquiétude que dégage ce personnage ne vient pas uniquement de ses actes, de ses mouvements. Mais aussi dans son immobilisme. Je retiendrai trois scènes pour illustrer mes propos. La première où, à l’entrée d’une fête foraine, il fixe sans bouger sa future victime, un sourire en coin. La seconde, filmée de très loin, là aussi immobile, habillé de noir devant un bâtiment d’une blancheur éclatante. Et enfin le match de tennis, où il se révèle être le seul habillé de noir, fixant intensément Haines alors que les spectateurs suivent les échanges de deux joueurs en tournant la tête.

La mise en scène, l’interprétation, tout concourt à faire de L’Inconnu du Nord-Express un grand film de suspens, véritable répétition de futurs chefs d’œuvre comme Le Faux Coupable (The Wrong Man) ou encore La Mort aux Trousses (North by Northwest).

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :