L’Indésirable Mr Donovan (Cover Up)

L’Indésirable Mr Donovan (Cover Up)

Synopsis :

Sam Donovan, enquêteur pour une compagnie d’assurance, se rend dans une petite ville du midwest pour enquêter sur le suicide de l’un de ses assurés. Très vite, il doute de la réalité des faits d’autant que personne en ville ne semble se soucier de la vérité. Pire, tout le monde semble suspect.

Critique :

Si L’Indésirable Mr Donovan est aujourd’hui considéré comme un film quelque peu atypique sortant du lot des productions de l’époque c’est grâce à un homme, l’acteur Dennis O’Keefe.

Edward Vanes Flanagan Jr, d’origine irlandaise, naît à Fort Madison, Iowa, au sein d’une famille d’acteurs versée dans le vaudeville. Il partage très vite la scène avec ses parents et ira même jusqu’à leur écrire quelques histoires. Il continuera l’oeuvre de son père après la mort de celui-ci et ce jusqu’en 1931. Remarqué par Clark Gable, il est engagé en 1937 par la MGM et est dès lors appelé Dennis O’Keefe. Sa carrière est lancée. En 1940, il quitte le studio et tourne dans de petites productions. C’est au milieu des années ’40, alors qu’il a signé avec le producteur Edward Small, qu’il va œuvrer pour le film noir en tournant sous la direction de Robert Stevenson dans La Femme Déshonorée et par deux fois pour Anthony Mann avec La Brigade du Suicide et Marché de Brutes. Non content d’être pressenti pour tenir le rôle principal dans L’Indésirable Mr Donovan, O’Keefe signe le scénario du film, sous le nom de Jonathan Rix, en compagnie de Jerome Odlum.

Né en 1889, Alfred Edward Green commence sa carrière dès 1916. Au cours d’une prolifique carrière, il sera amené à diriger Mary Pickford dans Le Petit Lord de Fauntleroy, Edward G. Robinson et James Cagney dans Le Beau Joueur, Bette Davis dans The Rich Are Always with Us, Audie Murphy dans SierraL’Indésirable Mr Donovan sera l’un de ses tout dernier film. Produit par Ted Nasser, ce dernier sera distribué par United Artists.

Dire que L’Indésirable Mr Donovan fait figure d’exception dans le paysage du film noir est un doux euphémisme tant il prend le contre-pied des codes du genre. Les ruelles sombres et inquiétantes sont ici remplacées par de larges rues baignées de lumière où se promènent de souriants badauds. Au fait, qu’en est-il du cadavre pour lequel le détective se déplace? Eh bien il a été enterré depuis belle lurette. D’autres meurtres à se mettre sous la dent, histoire de frémir? Que nenni! Une femme fatale alors? Pas une à l’horizon. A la place, la petite ville respire la joie de vivre en cette veille de Noël, comme si elle était délivrée d’un mal qui la rongeait depuis longtemps.

Là où d’autres auraient confronté le détective à des durs à cuire ou à des femmes machiavéliques, Alfred E. Green choisit de placer son héros face des hommes aimables, bien sous tout rapport et des femmes amoureuses et respectueuses. Dès lors, les échanges se font courtois, la violence ou les moments de tension sont purement et simplement bannis au profit de scènes drôles ou romantiques. Bien sur, l’enquête avance et chacun devient suspect à tour de rôle comme dans tout bon whodunit qui se respecte. Le détective en vient même à suspecter le père de sa promise. Cette dernière également. Par amour filiale, elle tentera de protéger son père en maquillant les lieux du crime. Mais au final, l’honneur sera sauf, le détective abondera dans le sens des suspects afin que l’honneur de la ville soit sauf et s’éloignera au bras de sa conquête sous le regard plein de compassion du shérif et du père de la jeune fille.

Faut-il pour autant tourner le dos à L’Indésirable Mr Donovan tant il semble aux antipodes de ce qu’attend l’aficionado du film noir? Ce serait à mon sens une erreur. La réalisation, bien que classique, ne souffre d’aucun défaut. Le récit est bien mené, sans aucun temps mort. Les dialogues entre les têtes d’affiche sont croustillants et les seconds rôles attachants voire drôles à l’image du personnage d’Hilda. Sans parler de l’extraordinaire photographie signée Ernest Laszlo, vétéran du film noir avec Impact, D.O.A, En Quatrième Vitesse et j’en passe. Autant de bonnes raisons pour ne pas bouder son plaisir, n’est-ce pas? Si tant est que l’on ne se laisse pas berner par l’affiche du film et la jaquette du présent dvd…

Dennis O’Keefe incarne avec décontraction et charme ce détective écartelé entre son désir de faire éclater la vérité et celui de protéger la jeune femme dont il est tombé amoureux et accessoirement fille de l’un de ses plus sérieux suspects. Ses échanges avec William Bendix sont quant à eux savoureux à souhait. Ce dernier, dont la carrière démarrera véritablement après Lifeboat d’Alfred Hitchock, sera une figure reconnaissable du film noir (La Clé de Verre, L’Impasse Tragique, Le Traquenard…). Ici, incarnant le shérif de la ville, il se veut plus léger, plus taquin, ce qui lui va très bien. Barbara Britton, Art Baker et Ann E. Todd viennent compléter le casting avec brio sans parler de Doro Merante, truculente en bonne de la famille Weatherby.

Une intrigue parfaitement menée mais traitée de façon légère fait de L’Indésirable Mr Donovan un feel good movie teinté de noir très appréciable. Un film à voir évidemment à la période de Noël.

Edition dvd :

Sidonis Calysta présente L’Indésirable Mr Donovan dans une très belle copie. Si quelques crasses résiduelles sont encore présentes, elles ne nuisent en rien la beauté d’un noir et blanc velouté et parfaitement détaillé. Uniquement disponible en version originale sous-titrée, la bande-son est parfaitement intelligible, sans souffle et à la musique parfaitement mise en avant.

Côté bonus, nous avons droit aux sempiternelles présentations de François Guérif et Patrick Brion.

L’Indésirable Mr Donovan est disponible en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : Alfred E. Green
  • Scénario : Jerome Odlum et Dennis O’Keefe (crédité comme Jonathan Rix)
  • Montage : Fred W. Berger
  • Musique : Hans J. Salter
  • Photographie : Ernest Laszlo
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 83 minutes

2 thoughts on “L’Indésirable Mr Donovan (Cover Up)

  1. Je trouve la prestation de William Bendix absolument remarquable. La preuve en est que j’ai vu ce film quand j’étais enfant que c’est un personnage qui est resté caché dans mon esprit jusqu’à ce nouveau visionnage.

    1. Je comprends tout à fait qu’il puisse marquer les esprits dans ce rôle. Il parvient à perdre le spectateur qui ne sait plus à quel saint se vouer. On ne sait jamais s’il est sérieux ou juste cynique dans ses propos ou ses attitudes. Et le clin d’œil qu’il échange avec Art Baker finit de créer le trouble.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :