L’Inexorable Enquête (Scandal Sheet)

L’Inexorable Enquête (Scandal Sheet)

Synopsis : Mark Chapman, puissant rédacteur en chef du New York Express, a fait des meurtres et de la misère son cheval de bataille, bien aidé en cela par McCleary, son meilleur journaliste. Les ventes s’envolent et les actionnaires rêvent d’en faire leur associé. Mais ce qui n’était pas prévu, c’est que Chapman commette un crime sur lequel va enquêter McCleary.

Critique : 1952. Phil Karlson (Le Quatrième Homme) hérite du script de L’Inexorable Enquête après la défection de Howard Hawks qui devait initialement le réaliser.  Il s’entoure de Broderick Crawford, oscarisé pour Les Fous du Roi (Robert Rossen), dans le rôle du rédacteur en chef meurtrier, John Derek (A l’Ombre des Potences de Nicholas Ray, Les 10 Commandements de Cecil B. DeMille…) dans le rôle d’un journaliste d’investigations particulièrement efficace et Donna Reed, la seule à tenir tête à Mark Chapman (Bataille sans Merci de Raoul Walsh, La Vie est Belle de Frank Capra…). Adapté d’un roman de Samuel Fuller (Naked Kiss) qui a travaillé dans le milieu du journalisme, le scénario se veut une charge féroce contre la presse à scandale.

Et le but est atteint. Lors d’une première scène, Mark Chapman se retrouve face aux actionnaires dont certains lui reprochent le tournant pris par le journal, à savoir faire dans le sensationnel. Sa réponse fuse, nette et précise. D’une part, ce qu’attend le public c’est justement du sensationnel et d’autre part, les actionnaires sont bien contents de toucher un retour sur investissement. Ce à quoi les détracteurs ne trouvent bien sûr rien à redire. Ils vont même plus loin. S’il dépasse les 750000 lecteurs, il entrera à son tour dans la société comme actionnaire. Et c’est évidemment le but qu’il cherche à atteindre.

Le fait qu’il tombe par hasard sur la femme qu’il a abandonné il y a des années de ça, qu’il la tue accidentellement au cours d’une bagarre et qu’il efface les traces de sa présence sur les lieux du crime ne va pas l’empêcher de tenter d’atteindre le but fixé par ses actionnaires. Voyant là le sujet idéal pour faire grimper les ventes, il lance son jeune protégé McCleary couvrir l’enquête et va même plus loin dans le macabre en organisant l’enterrement de la victime. Pris à son propre piège, il verra l’étau se resserrer autour de lui et finira par se confronter à la Police. Ce qui lui vaudra de franchir les 750000 lecteurs tant désirés.

Faisant de son crime un série d’articles à sensation, il fidélise son lectorat avide de meurtres et d’histoires glauques faisant fi des risques qu’il prend en rendant public les avancées de l’enquête. En pleine autodestruction, il autorise son journaliste à vérifier certaines pistes qui pourraient lui être préjudiciables. Et ce toujours dans le but de faire du chiffre.

L’enquête policière ne prend jamais le pas sur la critique du milieu journalistique mais l’inverse est également vrai. Le scénario est parfaitement équilibré, les deux thèmes se complétant idéalement.

Broderick Crawford interprète avec talent cet homme avide de pouvoir et d’argent mais également en proie au doute et à la peur de se faire démasquer. Sa stature impressionnante et son incroyable diction marquent les esprits. John Derek est parfait dans le rôle du journaliste arriviste et sans état d’âme mais au final tellement naïf. C’est un vrai enquêteur sachant user de ses charmes pour obtenir un renseignement ou entrer dans un endroit non autorisé. Il agit avec zèle toujours dans le but de plaire à son patron, son mentor. Quitte à fermer les yeux sur certaines évidences. Quand à Donna Reed, la touche féminine du film, elle apporte un joli contre-poids à la naïveté de son amant et à l’ambition de son patron. Elle ne l’aime pas et le lui fait sentir, protégée qu’elle est par un contrat signé avant l’arrivée de Chapman.

L’Inexorable Enquête nous délivre, grâce à une réalisation solide, la vision sombre d’une société où les hommes semblent voués à la pire des solitudes (fantastique scène du bar) et démolit un certain journalisme se contentant de faire qu’aux plus bas instincts de l’être humain.

Edition dvd :

Sidonis Calysta nous gratifie pour L’Inexorable Enquête d’une copie immaculée sans aucun défaut notable. La VO est claire et sans souffle. Un véritable plaisir que de découvrir ce film dans ces conditions.

Côté bonus, on retrouve les présentations de Bertrand Tavernier, Patrick Brion et François Guérif.

L’Inexorable Enquête est disponible en dvd ici

Fiche technique :

  • Réalisation : Phil Karlson
  • Scénario : Ted Sherdeman
  • Montage : Jerome Thoms
  • Musique : George Duning
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 82 mn

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