Lino Ventura à la recherche du Dernier Domicile Connu

Lino Ventura à la recherche du Dernier Domicile Connu

Synopsis :

Le commissaire Marceau Léonetti et l’auxiliaire Jeanne Dumas font équipe pour retrouver Roger Martin, témoin essentiel dans le procès du gangster Soramon et disparu du jour au lendemain.

Critique :

Le roman policier comprend de très nombreux sous-genres. Celui qui nous intéresse ici est le roman de procédure policière qui, a l’instar du semi-documentaire dans le film noir, présente de façon réaliste et détaillée aux lecteurs les méthodes de travail des forces de l’ordre. Le roman à l’origine de l’engouement du public ? On Recherche (Last Seen Wearing…) de Hillary Waugh. Récit nous contant dans le détail les efforts de la police pour retrouver une jeune fille disparue de son lycée. L’ayant lu, je ne peux que vous le conseiller, il est simplement excellent. Devant le succès de ce titre, d’autres auteurs vont s’y essayer avec plus ou moins de réussite. Joseph Harrington, journaliste new-yorkais, est de ceux-là. Trois histoires plus tard, formant trilogie, l’auteur marquera de son empreinte le polar par un style enlevé et un soucis maniaque du détail. Le premier opus, Dernier Domicile Connu, se verra adapté au cinéma alors que le second, Le Voile Noir, sera considéré comme parfait par les spécialistes du genre.

Triple casquette pour José Giovanni qui non content de signer l’adaptation du roman Last Known Adress et ses dialogues se charge de la réalisation. Mais cela a bien failli ne pas être. Soyons plus précis. José Giovanni, réalisateur et romancier, a bien failli ne pas être. Joseph Damiani écope en 1946 de vingt ans de travaux forcés pour atteinte à l’intégrité de l’Etat lors de l’Occupation avant d’être reconnu coupable en 1948 de trois meurtres et d’être condamné à mort. Mais le Président Vincent Auriol le gracie en 1949 et commue sa peine en travaux forcés (encore) à perpétuité. Mais Damiani n’en a pas fini avec la Justice. La même année, il est condamné à 10 de prison pour avoir rançonné deux négociants juifs en 44. Après plus de onze d’incarcération, il est définitivement gracié par le Président René Coty. Le Destin, sous les traits de son avocat, va réorienté une existence qui se voulait sans futur et le baptiser José Giovanni. Tout d’abord par l’écriture, Le Trou, puis par le cinéma, La Loi du Survivant. Le directeur de la photographie Etienne Becker (Le Vieux Fusil), fils de Jacques Becker (Casque d’Or) et frère de Jean Becker (L’Eté Meurtrier) et la monteuse Kenout Peltier (Le Rapace, Les Valseuses) rejoignent l’équipe technique.

Dernier Domicile Connu est ce que l’on peut appeler une adaptation réussie. Le réalisateur fait preuve d’une grande efficacité dès le début de son film. Marceau Léonetti est un flic dur qui ne compte pas ses heures. Son travail lui vaut que l’Administration le fait Chevalier de la Légion d’Honneur. Mais ses qualités qui ont fait de lui une légende au sein de la police parisienne vont se retourner contre lui. Aurait-il commis une bavure ? Un faux en procédure ? Non, il a commis l’erreur de faire son travail en interpellant un chauffard alcoolisé alors qu’il rentre chez lui. Mais le jeune ivrogne est fils de. Les patrons de la PJ, qui tiennent plus des ronds de cuir carriéristes, sont des frileux. Mieux vaut « placardiser » un bon flic qu’une mauvaise publicité pour le service en soutenant son homme. Et reprendre de la main gauche ce que l’on a donné de la main droite. Le ton est donné. Une critique ciblée de l’Administration, policière pour débuter, judiciaire pour clore le film. Lorsque la Justice, une fois s’être servie d’un témoin, le laissera seul, sans protection, à la merci de truands revanchards.

Entre ces deux piques, bien senties car parfois tellement vraies, José Giovanni va s’attacher aux pas de notre flic en disgrâce. Après un rapide passage au commissariat de police du 18ème arrondissement (point de chute semble-t-il habituel des mutés disciplinaires puisque c’est dans ce même quartier qu’échouera Lucien « Lulu » Marguet dans le L.627 de Bertrand Tarvernier), Léonetti est aspiré dans le service d’un ancien collègue pour traquer, à l’aide d’une jeune et belle auxiliaire, les maniaques hantant les cinémas parisiens. Le flic aux méthodes musclées fera étalage de tout son savoir-faire alors que sa coéquipière, le cœur au bord des lèvres, reverra ses espoirs d’aider la jeunesse à la baisse. Cette nouvelle affectation n’est pas anodine. Les supérieurs du flic qu’ils n’ont pas manqué de lâcher le garde à l’œil. Ils connaissent son opiniâtreté, sa faculté de ne jamais laisser s’échapper une proie. C’est tout naturellement qu’il se voit confier la délicate mission de retrouver un homme, disparu volontaire.

C’est ici que Dernier Domicile Connu prend son aspect le plus documentaire. José Giovanni capte parfaitement ce qu’est le vrai métier d’un enquêteur de la crime ou de tout autres services spécialisés. Battre le pavé, interroger sans relâche dans l’espoir d’obtenir le moindre renseignement susceptible d’orienter ou de faire avancer l’enquête, attendre de longues heures dans des conditions parfois spartiates. Le spectateur peut être perdu devant la fausse lenteur qu’imprime le réalisateur à son intrigue. Pourtant, il est plus proche de la réalité que nombre de productions du même type. Sa mise en scène est tellement efficace que l’on se surprend à se mettre dans la peau des protagonistes, allant de déception en satisfaction au fur et à mesure de leur progression. Cette longue quête est aussi l’occasion pour José Giovanni de croquer deux caractères diamétralement opposés et de se faire le témoin de l’évolution des sentiments qu’ils finissent par éprouver l’un pour l’autre. Mais aussi leur ressentiment face à un travail ingrat.

Pour incarner Marceau Léonetti, José Giovanni fait de nouveau appel à Lino Ventura avec qui il a travaillé sur Le Rapace en 1968 et avant de le retrouver sur Le Ruffian en 1983. La star est évidemment parfaitement à l’aise dans ce rôle de flic usé mais toujours enclin à mener à bien les enquêtes qui lui sont confiées. Et ce même quand il s’agit de retrouver les pigeons volés d’un brave gamin. Marlène Jobert (Folle à Tuer) apporte ce supplément de fraîcheur qui empêche l’ensemble de tomber dans la noirceur la plus absolue. C’est aussi par elle que le spectateur découvre le métier de condé. Face à eux, se dresse un Michel Constantin (Il Était une Fois un Flic) affublé d’une oreille coupée. Tueur aux ordres du caïd détenu, il est le danger immédiat, celui qui se contente de suivre les évènements avant de frapper.

Dernier Domicile Connu est un excellent représentant du néo-noir intelligent flirtant à de nombreuses reprises avec le semi-documentaire. Lino Ventura et Marlène Jobert incarne un duo de flics crédible au possible parfaitement dirigé par un José Giovanni inspiré.

Edition bluray :

Coin de Mire Cinéma nous présente Dernier Domicile Connu dans une photo typique des années 70 grâce à une restauration 4K solide. Tout n’est pas du même niveau, quelques plans s’avèrent flous mais dans l’ensemble c’est parfait. La bande-son rend parfaitement hommage au score de François de Roubaix (Le Samouraï).

Si l’on retrouve les sempiternelles, journal, réclames, bandes-annonces, photos, affiche et livret, Coin de Mire Cinéma se fend de deux bonus avec une présentation du film par Julien Comelli et une interview exclusive de Zazie Giovanni.

Dernier Domicile Connu est disponible directement auprès de Coin de Mire Cinéma par ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : José Giovanni
  • Adaptation : José Giovanni
  • Photographie : Étienne Becker
  • Montage : Kenout Peltier
  • Musique : François de Roubaix 
  • Pays : France, Italie
  • Genre : Policier
  • Durée : 92 minutes
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