L’Inspecteur ne Renonce Jamais (The Enforcer)

L’Inspecteur ne Renonce Jamais (The Enforcer)

Synopsis : Un groupe terroriste, mené par un vétéran du Vietnam, sème la terreur dans tout San Francisco. L’inspecteur Harry, affublé d’une nouvelle équipière, tente de mettre fin à leurs agissements.

Critique : Pour Pauline Kael, « malgré l’obéissance superficielle à l’état de droit, le sujet de Magnum Force – l’accumulation d’excitation et de plaisir dans la brutalité – est le même que celui de Dirty harry, et le plus fort est toujours celui qui dispense la justice, celui qui sort son arme« , David Denby juge le film comme étant « vil« , Gene Siskel a vu une « suite médiocre » sur « le plaisir suprême de tenir sa carrière à distance tout en le mettant au défi de faire un geste afin qu’il ait une excuse de vous exploser la tête« , Nora Sayre dans le Times est allée droit au but, commençant sa critique par  » Ecoutons-le par hypocrisie… ». Seconde volée de bois vert pour le second opus de la saga de l’inspecteur Harry qui se voit taxer pour le coup de misogynie.

En 1974, deux étudiants en cinéma, Gail M. Hickman et S.W. Schurr, fans du personnage de Harry Callahan, décident de s’inspirer de l’enlèvement de Patty Hearst, jeune héritière victime d’un rapt de la part d’un groupe terroriste d’extrême-gauche et victime du syndrome de Stockholm, pour écrire une histoire de leur cru, Moving Target. Ils proposent leur travail à Paul Lippman, alors associé d’Eastwood. D’abord réticent, il finit par l’accepter et le remet à la star qui se montre particulièrement intéressée, notamment par le personnage du prêtre militant et par l’organisation de militants noirs inspirés des Black Panthers.

Dans le même temps, la Warner Bros a demandé à Stirling Silliphant, scénariste de Nightfall et de Dans la Chaleur de la Nuit, d’écrire une histoire afin de capitaliser sur le succès de Magnum Force qui a rapporté au Studio plus de 44 millions de dollars sur le sol américain. Clint Eastwood, trouvant le script trop axé sur la collègue féminine de son personnage et avare en action, propose à la Warner l’histoire du duo d’étudiants. Le Studio accepte et propose à Silliphant d’inclure son personnage féminin à l’histoire de Hickmann/Schurr. Eastwood approuve le script mais de peur de décevoir ses fans une fois encore par le manque flagrant d’action, demande à Dean Reisner (Un Frisson dans la Nuit, Un Shérif à New-York) de le rendre bien plus violent. Ainsi né L’Inspecteur ne Renonce Jamais.

1976. L’entente entre Ted Post et Clint Eastwood n’ayant pas été particulièrement cordiale sur le tournage de Magnum Force, ce dernier pense dans un premier temps à occuper le rôle de réalisateur pour ce troisième opus. Mais, accaparé par son travail sur Josey Wales, Hors-la-loi, il décide de confier la réalisation à James Fargo. Celui-ci, même si son nom n’est pas des plus connus, peut se targuer d’avoir une carrière loin d’être honteuse. Il commence sa carrière en 1970 comme assistant réalisateur sur Duel de Steven Spielberg avant d’intégrer l’équipe d’Eatswood sur pas moins de 5 de ses films, Joe Kidd, L’Homme des Hautes Plaines, Breezy, La Sanction et enfin Josey Wales Hors-la-Loi. Il dirigera à nouveau la star dans la comédie Doux, Dur et Dingue avant de continuer sa carrière à la télévision.

Autant se l’avouer tout de suite, cet Inspecteur ne Renonce Jamais ne brille pas par son originalité. L’intrigue on ne peut plus banale d’un groupe terroriste cherchant à semer le chaos dans une ville tout en soutirant de l’argent à la municipalité, n’est qu’un prétexte pour James Fargo de multiplier les scènes d’action. Sur ce point, le film est une réussite. Entre les interventions musclées de l’inspecteur et ses confrontations avec le groupe terroriste (mention spéciale à la course-poursuite dans les rues puis sur les toits de San Francisco), le spectacle est assuré. Il en profite même, dans l’acte final, pour faire abandonner à Harry son fameux 44 Magnum au profit d’une arme autrement plus phallique, un bazooka, symbole de la toute puissance de la star.

L’autre intérêt du film est de constater à quel point Harry est en butte avec tout ce qui peut représenter l’autorité. Un comble pour un représentant de la loi! Répondant parfaitement au cahier des charges inhérent à ce qui est devenu une franchise, Fargo s’emploie à capter chaque moment où son héros se retrouve en opposition directe avec son supérieur, ici le capitaine McKay (voir le paragraphe consacré aux punchlines). Cible de Harry dans le premier opus, absent du second, le maire, lui, apparaît ici comme quelqu’un de naïf juste bon à être flatté et distribuer les lettres de félicitations. C’est aussi l’occasion de critiquer une institution qui recrute des débutants sans formation ni préparation à ce qui les attend et les lance sur la voie publique avec parfois à la clé des conséquences désastreuses. Devant tant d’incompétence et d’inexpérience, Harry le « raciste », se tourne vers des militants noirs pour faire avancer son enquête et ira même jusqu’à faire libérer leur chef injustement arrêté. Un nouveau pied de nez à la critique.

Malheureusement, le film échoue, en partie, à croquer avec plus de précisions les relations entre Callahan et son équipière Kate Moore. Et c’est d’autant plus dommage qu’il y avait matière à opposer l’homme à la femme, le vétéran à la débutante. Bien sur, tout n’est pas à jeter mais cette partie n’est pas suffisamment développée et le spectateur reste quelque peu sur sa faim, les scénaristes ayant choisi de traiter ce sujet comme une simple justification aux attitudes de Callahan. Et que dire des terroristes? Ils sont les grands oubliés des scénaristes. On n’en sait rien ou si peu qu’ils ne dégagent aucun réel danger. Des bribes d’informations sont bien disséminées ici et là mais aucune n’est poussée plus avant. Pourquoi ne pas avoir approfondi le fait que le groupe soit divisé en deux avec d’un côté les membres qui œuvrent pour une cause et de l’autre ceux uniquement intéressés par l’argent? De fait, on sent vraiment de la part d’Eastwood la volonté de ne pas trop s’encombrer de psychologie et de n’élever son film qu’au rang du simple film d’action.

Connu pour ses punchlines assassines dans L’Inspecteur Harry, Callahan semblait les avoir quelque peu mises de côté dans Magnum Force. Le ton plus léger de L’Inspecteur ne Renonce Jamais étant favorable à quelques pointes d’humour, ces dernières reviennent en force et c’est le supérieur d’Harry, le capitaine McKay, qui en fait les frais tout au long du film.

Extrait :

Vous êtes muté au service du personnel.
Au personnel ? Mais on n’y met que les trous du cul !
Je suis resté au personnel pendant plus de 10 ans.
Oui…

ou encore :

Capitaine, si vous voulez raconter des bobards à ces gens-là ça vous regarde, mais pas avec moi !
Il suffit Callahan ! Votre conduite vous vaut soixante jours de suspension !
Mettez-en quatre-vingt-dix !
Cent quatre-vingt et rendez-moi votre étoile !
– [Donnant son étoile] Tenez, ça va vous faire un suppositoire à sept branches !
Qu’est-ce que vous osez dire ?!
J’ai dit : collez-vous l’étoile dans l’cul !

sans oublier :

Je le répète cette histoire ne vous regarde plus et si vous essayez d’y coller votre nez votre carrière en tant que flic est terminée ! Alors donnez-moi tous les renseignements que vous avez pu recueillir, je veux des détails et que vous vidiez votre sac ! Est-ce assez clair ?
Je peux faire une déclaration McKay ?
Oui allez-y !
Votre bouche est trop près de votre rondelle…

Initié dans Magnum Force, le changement de comportement de l’inspecteur Harry face aux évènements et dans ses relations aux autres continue d’évoluer dans le but avouer de le rendre plus humain, moins distant. Eastwood met clairement de l’eau dans son vin et même s’il ne devient pas un joyeux drille reconnu de tous, il se fend à plusieurs reprises de petits sourires et de petites attentions notamment à l’égard de sa partenaire ou allant même jusqu’à refouler ses larmes à la mort de son collègue DiGiorgio. Mais le changement reste léger et Eastwood nous gratifie à de très nombreuses reprises de son regard noir lourd de menaces. Face à lui, Tyne Daly apporte une vraie bouffée de fraîcheur. Leur duo fonctionne parfaitement et reste relativement crédible. Le reste du casting, moins bien écrit que les deux personnages principaux, fait le job.

Même si cet opus apparaît comme plus faible que ses prédécesseurs, L’inspecteur ne Renonce Jamais s’avère être un divertissement efficace grâce à ses scènes d’action bien troussées et ses punchlines croquignolettes. Son franc succès commercial permettra à Clint Eastwood de retrouver son personnage pour une quatrième aventure, bien plus noire et violente.

Fiche technique :

  • Réalisation : James Fargo
  • Scénario : Stirling Silliphant et Dean Riesner
  • Montage : Ferris Webster et Joel Cox
  • Photographie : Charles W. Short
  • Musique : Jerry Fielding
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 93 mn

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