Lutte sans Merci (13th West Street)

Lutte sans Merci (13th West Street)

Synopsis : Walt Sherill, ingénieur aéronavale, se fait agresser par cinq jeunes voyous alors qu’il rentre chez lui. Malgré le bon travail de la police, il se lance à la recherche de ces agresseurs bien décidé à se venger.

Critique : Leigh Brackett naît en 1915 et publie dès 1940 de courtes histoires de science-fiction qui deviendra son genre littéraire de prédilection, genre qu’elle partagera avec son mari Edmond Hamilton. Au cours de sa carrière, la romancière publiera quelques romans policiers dont The Tiger Amound Us en 1957, sorti en France la même année dans la Série Noire sous le titre Sonnez les Cloches. Leigh Brackett travaillera également comme scénariste sur Le Grand Sommeil (The Big Sleep), Rio Bravo, Hatari!, El Dorado, Rio Lobo, Le Privé (The Long Goodbye) mais aussi L’Empire Contre-Attaque (The Empire Strikes Back).

Les droits du film furent acquis par Charles Schnee (L’Aigle vole au Soleil) qui venait de quitter la MGM pour signer chez Columbia Pictures. Schnee engage John Michael Hayes (Fenêtre sur Cour, L’Homme qui en Savait Trop…) comme scénariste et pense à John Wayne pour tenir le rôle principal. Mais des désaccords avec le Studio lui feront abandonner le projet et quitter la Columbia pour créer sa propre société. Cependant, le projet reste toujours viable pour la Columbia qui confie la production à Boris Kaplan, l’adaptation du roman à Bernard C. Schoenfeld (Les Mains qui Tuent, L’Impasse Tragique…) et Robert Presnell Jr (Screaming Eagles) et la mise en scène à Philip Leacock, réalisateur anglais expatrié aux Etats-Unis ayant dirigé de grands noms comme Dirk Bogarde, Ernest Borgnine, Steve McQueen…

La période dite classique du film noir a pris fin voilà quatre ans (ou deux selon le ressenti de certains). Place au néo-noir, genre qui verra son apogée au cours des années ’70. Lutte sans Merci, sorti en 1962, se situe à cheval entre les deux genres et puise son inspiration dans le film noir tout en développant des thèmes du néo-noir. A la réalisation, Philip Leacock utilise encore certains codes du noir et donc de l’expressionnisme allemand comme les scènes de nuit le long des entrepôts ou celle qui voit un personnage remonter une allée, tout en symétrie, mais c’est surtout dans son propos avant-gardiste que le film trouve toute sa puissance et sa filiation avec le néo-noir.

Vous pensiez que Michael Winner avait créé un genre avec le personnage de Paul Kersey interprété par Charles Bronson dans Un Justicier dans la Ville? Regardez Lutte sans Merci et vous comprendrez à quel point vous vous trompez. Vous pensiez que Death Wish est ambiguë? Erreur! Paul Kersey, dont la femme a été tuée et la fille violée au cours d’une agression, prend les armes car la police n’est pas en capacité de faire son travail (voir l’article consacré au Justicier). Ici, Walt Sherill s’arme et cherche à retrouver ses agresseurs uniquement parce qu’il a été touché dans son orgueil de s’être fait rosser par de jeunes adolescents, lui l’ancien soldat. Attitude d’autant plus incompréhensible que la police avance doucement mais surement dans l’identification de ses agresseurs.

Leacock filme avec distanciation, sans prendre partie, la descente aux enfers d’un homme qui ne pense qu’à s’armer et se mesurer une nouvelle fois à ces voyous qui l’ont vexé même s’il doit terroriser une jeune fille au volant d’une voiture qu’il pensait avoir reconnu comme étant celle des auteurs de son passage à tabac. Parfaitement à l’aise avec son sujet, Philip Leacock crée de vrais moments de tension et de suspense parfaitement réussis, ce qui en fait également un très bon divertissement.

Alan Ladd et Rod Steiger

Au casting, nous retrouvons dans le premier rôle une figure emblématique du film noir, Alan Ladd (Tueur à Gages, La Clé de Verre). Et force est de constater que ce dernier apparaît fatigué et passablement abîmé par son addiction à l’alcool dont il souffre depuis le début des années ’50. Mais, contre toute attente, cela sert aussi le propos du film et son interprétation reste très juste. Rod Steiger (Les 7 Voleurs, Dans la Chaleur de la Nuit) apporte un contrepoids salutaire en incarnant un flic empathique et mesuré dans ses propos et ses actions, aux antipodes des rôles qu’il sera amené à tenir par la suite. Tout comme Dolores Dorn (Les Bas-Fonds New-Yorkais), qui forme avec Ladd un couple bien mal assorti, ne reconnaissant plus son mari tant ses actions sont en opposition avec ce qu’il est habituellement. Michael Callan (L’Île Mystérieuse) est, lui, parfait en chef de bande prêt à tout pour s’imposer aux yeux des autres. On peut aussi remarquer la présence, dans un tout petit rôle, de Bernie Hamilton, le capitaine Dobey de Starsky et Hutch.

En temps que précurseur, Lutte sans Merci pose les bases de ce que sera le revenge movie des années ’70 sans toutefois franchir la ligne de la violence frontale et choquante. Très ambiguë, ce film est à voir pour comprendre l’évolution d’un genre trop souvent décrié.

Edition dvd :

Après un générique et une première scène très accidentés, le master ne présente plus aucun dégât de pellicule, les noirs sont profonds et on note une absence total de grain. C’est parfait et rend hommage au très bon travail de Charles Lawton Jr. Niveau bande-son, c’est un peu moins glorieux. Si la version originale sous-titrée français est sans souffle et puissante, la version française est elle complètement étouffée forçant à monter le volume pour devenir compréhensible.

Bonus habituels chez Sidonis avec les présentations de François Guérif et Patrick Brion.

Lutte sans Merci est à retrouver en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisateur :Philip Leacock
  • Scénario : Bernard C. Schoenfeld et Robert Presnell Jr
  • Musique : George Duning
  • Photographie : Charles Lawton Jr
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Néo-noir
  • Durée : 80 mn

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