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Synopsis : Los Angeles. Un homme enlève et tue des petites filles. Devant l’incapacité de la Police a arrêter le coupable, la Pègre décide de prendre les choses en main.

Critique : 1951. Hollywood décide de réaliser le remake de M le Maudit de Fritz Lang. C’est Seymour Nebenzal qui se charge de produire le film, lui qui avait déjà occupé ce poste sur le film de Lang. La comparaison, à mon sens, s’arrête là tant Jospeh Losey s’empare du sujet pour en livrer sa propre vision. M existe très bien de lui-même sans qu’il soit nécessaire de le comparer à son illustre prédécesseur.

La grande force du film de Losey est de nous présenter le meurtrier, Martin H. Harrow (formidable David Wayne), non pas comme un simple monstre mais comme un homme malade, en quelque sorte victime lui aussi de la société. Sans jamais occulter les monstruosités commises par le personnage, Losey nous apporte une explication sur le pourquoi des agissements de cet homme au cours d’une scène finale particulièrement réussie où c’est la société qui est mise au banc des accusés.

Losey nous décrit une société en manque de repaires, où les institutions, en particulier la Police et la Justice, ont les plus grandes difficultés à évoluer. La vague de meurtres d’enfants que connaît Los Angeles donne la possibilité au réalisateur de dénoncer cet état de fait. A plusieurs reprises, ses personnages, pour la plupart des policiers mais aussi de simples badauds, se plaignent d’une Justice semble-t-il trop laxiste avec les délinquants et les meurtriers. De ce fait, les forces de l’ordre se sentent isolés dans leur lutte contre le crime. Mais ces mêmes forces de police ont aussi leur part de responsabilité. Les méthodes employées  par ces dernières pour retrouver le meurtrier sont d’un autre temps. Le crime est inhabituel mais la Police continue de faire comme à son habitude. Descentes dans les tripots et les bars, interrogatoires musclés comme s’il s’agissait d’un simple braqueur de banque qui était traqué. Sans parler de cette diffusion télé, où un officier de police déclame cinq conseils de prudence pour que les enfants de soit pas victime du sadique. Cinq conseils que le spectateur peut aisément battre en brèche puisqu’il a assisté au modus operandi de l’auteur. Conseil 1 : Ne laissez pas monter vos enfants dans une voiture inconnue / L’auteur se déplace à pied. Conseil 2 : Ne laissez pas vos enfants seuls la nuit / L’auteur opère le jour. Conseil 3 : Ne laissez pas vos enfants jouer avec les vieux messieurs du quartier / L’auteur est âgé de 35 ans. Conseil 4 : Ne laissez pas vos enfants jouer dans des lieux isolés / L’auteur opère dans les lieux publics… La crainte de Losey, c’est que cette inefficacité donne naissance à un contre-pouvoir et dans le cas présent, la Pègre.

Losey nous présente la Pègre comme un organisation hyper structurée. Son emprise tentaculaire sur la ville fait d’elle une puissance non négligeable qui va lui permettre de prendre le pas sur la Police puisqu’elle n’est pas freinée dans ses actions par la Justice, perçue, je le répète, comme laxiste. Mais il ne faut pas se tromper sur les motivations de la Pègre à vouloir attraper le coupable. A aucun moment la vie des enfants n’est mise dans la balance. Si le patron de la Pègre de Los Angeles veut voir disparaître le meurtrier c’est uniquement parce que la Police, multipliant les contrôles, fait du mal aux affaires. Losey n’a jamais le désir d’exacerber le côté romanesque des membres de l’Organisation. Ce ne sont pas des héros, ce sont des criminels qui, malgré leur action dans cette affaire, restent des criminels. Et ce n’est pas le simulacre de procès organisé à la va-vite, pour éviter un lynchage gênant, dans un parking souterrain qui viendra atténuer ce sentiment de malaise dû à cette inversion des rôles.

La réalisation de Losey est parfaite. La première scène, anxiogène à souhait, place la barre très haute et le reste du métrage est à la hauteur. Scènes mouvementées et plus intimistes s’enchaînent sans temps mort. Los Angeles est filmée sous toute les coutures, en plein soleil ce qui tranche avec la chambre de bonne, sombre, du meurtrier. Et encore une fois, la prestation de David Wayne est exceptionnelle. Un grand film!

Edition dvd :

Sidonis Calysta nous permet de (re)voir M dans d’excellentes conditions. La copie est magnifique, très détaillée. Les dialogues, uniquement en vost-f, sont clairs et la musique parfaitement restituée. Belle présence des ambiances.

Côté bonus, nous retrouvons les présentations de Bertrand Tavernier, François Guérif et Michel Ciment ainsi que l’interview de Harold Nebenzal.

M est disponible en dvd ici.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Joseph Losey
  • Scénario : Leo Katcher
  • Montage : Edward Mann
  • Musique : Michel Michelet
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 88 mn

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