Ma Barker et son Gang (Ma Barker’s Killer Brood)

Ma Barker et son Gang (Ma Barker’s Killer Brood)

Synopsis :

L’ascension et la chute du gang Barker, dirigé d’une main de fer par la matriarche Katherine Clark ‘Ma’ Barker.

Critique :

Entre le 24 et le 29 octobre 1929, une crise sans précédent fait s’écrouler la place boursière new-yorkaise marquant ainsi le début de la Grande Dépression. Le chômage et la pauvreté explosent, des millions de gens prennent la route dans l’espoir d’un avenir meilleur. Ou se tournent vers la criminalité. Concomitamment, Al Capone chute en 1931 et deux ans plus tard, la prohibition prend fin obligeant les nouveaux caïds à se réorganiser. Finie la contrebande, place aux jeux, à la prostitution et plus tard au trafic de drogue.

En dehors de toute organisation structurée, des gangs virent le jour. John Dillinger, Clyde Barrow / Bonnie Parker ou bien encore Ma Barker accompagnée de ses fils commettent attaques de banques et kidnappings à travers tout le pays. Bien que combattus avec acharnement par un FBI, dirigé par J. Edgard Hoover, dont les pouvoirs ont été considérablement accrus suite à l’enlèvement et au meurtre du fils de Charles Lindberg, ils deviennent de véritables héros aux yeux d’une population ayant perdu toute confiance dans leur gouvernement et les banques.

Délaissant les hors-la-loi les plus célèbres, le producteur William Farris décide, en 1960, d’adapter très librement la vie criminelle de Ma Barker, moins connu que ces derniers mais jouissant d’une réputation bien plus violente.

William Farris fait appel à Bill Karn pour assurer la réalisation de Ma Barker et son Gang. Ce qui peut être considéré avec le recul comme le meilleur choix possible. En effet, durant toute sa carrière, Karn a produit, écrit et réalisé nombre de shows télé traitant sous différentes formes les exactions commises à travers le pays par des bandes de hors-la-loi dans les années 30. Les films Ma Barker… et le suivant, Five Minutes to Live avec Johnny Cash qui voit un gang de braqueurs de banque terroriser une petite ville, réalisés au tout début des années ’60, marqueront l’apogée de son travail. A la photographie, nous retrouvons le vétéran Clark Ramsey, un habitué du genre qui a déjà œuvré sur des films comme Men of Saint Quentin, Federal Men ou The Hoodlum.

Même si Ma Barker et son Gang appartient au néo-noir, Bill Karn va utiliser certains codes du semi-documentaire, genre alors en perte de vitesse en ce début des années 60, pour apporter à son film un surcroît de crédibilité. Ainsi, Ma Barker… débute par un long texte défilant situant le contexte économique de l’intrigue et arguant que tout ce qui va nous être donné de voir est véridique, le scénario ayant semble-t-il été écrit à partir de documents d’époque et de rapports de police. Une façon comme une autre de faire fi des réticences de certains quant au rôle réel tenu par Katherine Clark ‘Ma’ Barker. D’ailleurs Karn n’en est pas à une liberté près puisqu’il prendra quelques peu ses distances avec les faits pour dramatiser à l’excès la fin de celle qu’il a placée à la tête du gang. Et de clôturer son film comme tout bon semi-documentaire qui se respecte par une voix off tout ce qu’il y a de plus moraliste.

Entre ces deux parenthèses, Karn développe son intrigue avec intelligence. Il prend le temps de nous présenter les membres de la fratrie Barker au combien dysfonctionnelle. Entre une mère rancunière qui en veut à la société de ne pas avoir pu goûter aux joies d’une enfance normale et un père attentiste, les enfants auront tôt fait de choisir leur camp. Ce sera celui de l’action et de la résistance au pouvoir en place. Il y a bien le sensible Herman qui aurait aimé suivre une autre voie mais laissé par son père et brisé par sa mère il n’a d’autre choix que de suivre le mouvement de ce qui est devenu un gang. Les années passent. Les braquages se font de plus en plus violents tout comme les règlements de comptes (immolation par le feu, suicide forcé). Le film devient une sorte de film somme où le réalisateur convoque Dillinger, Machine Gun Kelly, Baby Face Nelson, Alvin Karpis faisant du gang Barker un incontournable pour qui voudrait se faire un nom. Une façon aussi pour Bill Karn de faire perdurer la légende.

Passionnant de bout en bout dans le traitement de son sujet, le réalisateur a le bon goût de ne jamais idéaliser ses « héros ». Mis à part Herman pour qui le spectateur peut ressentir au mieux de la pitié, aucun des autres personnages ne déclenche la moindre empathie chez le public. Ma Barker est une despote qui fait courir tous les risques à ses marionnettes d’enfants pour connaître une vie plus agréable, ces mêmes fils qui ne font en définitive que jouer, Machine Gun Kelly est ici un gros bêta trompé sans vergogne par sa femme, Dillinger joue sur sa réputation quand Baby Face Nelson semble dépassé par son propre personnage.

Interpréter des personnalités qui ont réellement existé est toujours risqué. Ici, point de risque. La réalité des faits s’étant mêlée au fil des ans à la légende, les acteurs ont eu le champs relativement libre. Lurene Tuttle, qui tournera la même année dans Psychose, incarne une Ma Barker détestable à souhait entre violence verbale, physique et minauderie. Don Spruance, Ron Foster, Roye Baker et Eric Morris, dans le rôle des fils, sont tous parfaits même si l’écriture des caractères de chacun peut paraître simpliste. Paul Dubov (Les Bas-fonds New-yorkais) dans le rôle de Karpis parvient à tirer son épingle du jeu par une belle présence malgré le peu de temps qui lui est attribué à l’écran.

Se tenant à distance de son sujet, Bill Karn livre avec Ma Barker et son Gang une vision pertinente de ce que pouvait être le quotidien d’une vraie bande de outlaws.

Edition dvd :

Après un début quelque peu laborieux (sautes d’images, décrochages sonores…), Ma Barker et son Gang dévoile très vite une copie honorable avec un beau noir et blanc et un niveau de détail assez élevé. Quelques petits défauts de pellicule subsistent mais sans que cela n’altère le confort de visionnage. Images d’archives naturellement en léger retrait. La bande-son, uniquement disponible en version originale sous-titrée français, est claire et puissante.

Ma Barker et son Gang est disponible directement chez Artus Films ici.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Bill Karn
  • Scénario : F. Paul Hall
  • Photographie : Clark Ramsey
  • Musique : Gene Kauer
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Criminel
  • Durée : 88 minutes

4 thoughts on “Ma Barker et son Gang (Ma Barker’s Killer Brood)

  1. Jusqu’ici, je ne connaissais que Ma Dalton (j’imagine que Gosciny avait la référence), mais me voilà inspiré par cette Madame Barker et son gang familial!

    1. Gosciny avait effectivement la référence tout comme Boney M avec Ma Baker (tu noteras qu’ils ont fait sauter le premier R pour une meilleure sonorité) et Roger Corman avec son Bloody Mama. On croise également cette brave femme dans un épisode des Incorruptibles et dans Public Enemies sous les traits de Theresa « la veuve noire » Russell.

      1. Il faut que je revoie Public Enemies alors !
        Jamais vu Bloody Mama de Corman, mais j’en avais entendu parler en effet. Par contre je n’avais jamais fait le lien avec Boney M. 😀

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