Magnum Force

Magnum Force

Synopsis : San Francisco. L’inspecteur Harry, chargé d’enquêter sur les meurtres de nombreux criminels, se retrouve confronté à une version américaine des escadrons de la mort.

Critique : « Dirty Harry est un fantasme de droite qui attaque les valeurs libérales et tire le potentiel fasciste du genre« , « si quelqu’un devait écrire un livre sur la montée du fascisme en Amérique, il devrait regarder Dirty Harry« , « Dirty Harry est simplement l’histoire du surhomme nietzschéen et de ses plaisirs sadomasochistes« , « Je doute que même le génie de Leni Riefenstahl puisse le rendre artistiquement acceptable« . Voici quelques extraits des critiques de l’époque assénées par les journalistes spécialisés de la presse américaine lors de la sortie de L’Inspecteur Harry (Dirty Harry), en 1971. Malgré tout, le succès commercial est au rendez-vous et dès l’année suivante la Warner décide de produire une suite au film de Don Siegel, intitulé Magnum Force.

L’idée générale naît sous la plume de Terrence Malick (La Balade Sauvage). Délaissant la figure du tueur en série, il imagine un simple individu, adepte de l’auto-justice, traquer les criminels qui ont réussi jusque là à échapper à la Justice. Clint Eastwood est conquis par l’histoire au contraire de Don Siegel qui pour Dirty Harry préférera opter pour une version de l’affaire du Zodiac. Qu’à cela ne tienne. La star, dont la société Malpaso Company co-produira le film, ressort le script de Malick et confie à John Milius le soin de le développer. Après le départ de ce dernier, Michael Cimino reprend l’écriture et met un point final à ce qui deviendra le scénario de Magnum Force. Tout deux, comblés par leur collaboration, se retrouveront en ’74 pour Le Canardeur (Thunderbolt and Lightfoot).

Il est de notoriété publique que Clint Eastwood a toujours eu pour habitude de s’entourer de gens en qui il a une absolue confiance. Magnum Force n’échappe pas à la règle. Pour la réalisation, puisque Don Siegel est retenu sur le tournage de Tuez Charley Varrick! (Charley Varrick), il fait appel à Ted Post. Les deux hommes ont fait connaissance sur le plateau de la série télé Rawhide puis, en 1968, sur le tournage du western Pendez-les Haut et Court! Ted Post sera assisté d’un autre ami d’Eastwood, Buddy Van Horn. Celui-ci, non content d’être la doublure de la star, est également le coordinateur des cascades sur ses films mais aussi sur ceux de Cimino. Et, histoire de boucler la boucle, il réalisera en 1988, La Dernière Cible (The Dead Pool), dernière enquête de l’inspecteur Harry.

L’Inspecteur Harry premier du nom ayant rapporté à la Warner la bagatelle de 35.976.000 dollars pour un budget de 4.000.000 dollars, il était évident que le célèbre policier allait retourner au charbon. Pour Eastwood, les raisons d’être de Magnum Force sont tout autre.

Estimant, à juste titre, que L’Inspecteur Harry avait été mal jugé et le personnage principal incompris, Clint Eastwood va se servir de Magnum Force pour recentrer son personnage et par là même rectifier la fausse image qu’ont certaines personnes de lui. Même s’il continue à s’opposer à la plus ou moins petite délinquance (ici trois braqueurs dans un commerce et deux preneurs d’otages), Callahan va se trouver très vite confronté à une nouvelle menace pour la société, menace d’autant plus inquiétante qu’il s’agit d’un groupe de policiers décidé à débarrasser la ville de truands relaxés par une Justice trop laxiste à leurs yeux. C’est désormais deux visions proches mais pourtant éloignées qui vont se heurter de front. D’un côté Harry Callahan, sans pitié pour ceux qui enfreignent la loi, allant même parfois jusqu’à les abattre. Mais à une nuance près. Il agit toujours en état de légitime défense, même s’il lui arrive souvent de la provoquer. De l’autre, ces quatre flics, anciens marines, qui exécutent littéralement leurs cibles comme le ferait un tueur à gages. Dirigé par un haut fonctionnaire, ils s’apparentent dangereusement à un escadron de la mort éliminant toute personnes interférant avec l’ordre social établi.

Le film nous réservera trois confrontations entre Callahan, les vigilantes et leur commanditaire. Nous laisserons sciemment de côté la plus basique, celle qui vient clôturer le film pour nous intéresser sur les deux qui précèdent, bien plus intéressantes. La première se déroule dans un parking souterrain lors du premier face-à-face entre le héros et les tueurs. Ces derniers tentent de rallier Callahan à leur cause arguant qu’il agit finalement comme eux. Ce à quoi Eastwood répond : « Vous vous faites une fausse idée de moi« , comme s’il s’adressait directement à Pauline Kael, critique farouchement opposée à la star. La seconde se déroule peu de temps après, dans un véhicule où ont pris place Callahan et le lieutenant Riggs, véritable chef du groupe armé. Ce dernier, prétendant être la seule solution alternative à une Justice dépassée par la violence qui gangrène la société, se voit rétorquer par son subalterne : « Je vous jure que je le déteste ce vieux système. Mais tant qu’on ne m’aura pas indiqué un autre système plus convaincant, je n’en connaîtrais pas d’autre« . Échange qui définit le personnage décrié de Callahan comme respectueux des lois en vigueur même s’il ne les accepte pas.

L’autre intérêt de Magnum Force pour Eastwood est qu’il lui ouvre les portes de productions plus intimistes mais qui finalement ressemblent plus à l’homme Eastwood. Ainsi, sa filmographie sera jalonnée de titres commerciaux et de petits projets personnels produits via Malpaso. Une sorte de deal entre lui et la Warner. Ainsi, l’année de sortie de Magnum Force, Eastwood réalisateur nous proposera Breezy avec Kay Lenz et William Holden, drame racontant l’histoire d’amour entre une mineure et un quinquagénaire. Bronco Billy, Honkytonk Man ou encore Chasseur Blanc Coeur Noir bénéficieront de ce même deal.

A la vision de ce Magnum Force, on se rend compte à quel point Ted post est un habile faiseur. Ayant parfaitement assimilé le travail de Don Siegel sur L’Inspecteur Harry, il va s’employer à respecter le cahier des charges. A savoir, des plans et des vues panoramiques de la ville de San Francisco, employer au mieux la configuration de la ville et tenter de ne pas trop se perdre en considération psychologique hormis celle relative à la mise au point voulue par la star. Si sa réalisation n’est pas originale, elle reste néanmoins très efficace.

Toujours dans la même optique de justification, Clint Eastwood apporte dans son jeu un supplément d’humanité à son personnage. Au faciès fermé du premier opus, il lui oppose un visage plus ouvert aux émotions. Ces relations avec les autres sont plus cordiales que ce soit avec son co-équipier, ses collègues voire même avec la femme de l’un d’eux ou sa belle voisine asiatique. On le découvre charmeur et attirant, mais toujours aussi prompt à se « fermer » lorsque les circonstances l’exigent. Autre différence flagrante entre les deux films, la quasi absence de punchline à l’exception de celles visant son supérieur, le lieutenant Riggs, avec, répétée à trois reprises dans des circonstances bien définies « l’homme sage est celui qui connaît ses limites« . Ce dernier, interprété par Hal Holbrook (Les Hommes du Président, Fog), est celui que l’on aime haïr. Pour son second film sur grand écran, David Soul (Les vampires de Salem), le futur Ken Hutchinson, a quant à lui déjà une sacré présence.

Magnum Force, s’il ne révolutionne par le genre, reste un polar solide, efficace, aux propos dans l’air du temps. Clint Eastwood entretient sa légende grâce à ce « salaud » de Harry qui lui apporte suffisamment de notoriété pour produire des films plus intimistes qui lui tiennent à cœur.

Fiche Technique :

  • Réalisation : Ted Post
  • Scénario : John Milius et Michael Cimino
  • Photographie : Frank Stanley
  • Musique : Lalo Schifrin
  • Montage Ferris Webster
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Policier
  • Durée : 118 mn

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