Maigret version Jean Gabin en 3 films

Maigret version Jean Gabin en 3 films

A l’occasion de la sortie dans la collection « La Séance Prestige » signée Coin de Mire de Maigret Tend un Piège, Maigret et l’Affaire Saint Fiacre et enfin Maigret Voit Rouge revenons quelques instants sur ce personnage emblématique de la littérature policière francophone mais également sur ces trois films avec dans le rôle titre l’immense Jean Gabin.

Qui est Jules Maigret?

Jules Maigret entre dans la police à l’âge de 22 ans, sur les conseils de son voisin de palier et accessoirement inspecteur de police. Il commence comme simple agent de surveillance avant d’intégrer le commissariat du 9ème arrondissement puis le fameux 36 quai des orfèvres après être passé par la brigade des mœurs et la Mondaine. Il gravit les échelons jusqu’au grade de commissaire divisionnaire. En fin de carrière, il refusera le poste de directeur de la Police Judiciaire.

Pour créer le personnage de Maigret, Georges Simenon puise son inspiration chez des personnes qu’il a été amené à croiser au cours de sa vie. Ainsi, physiquement, le célèbre commissaire renvoie au régisseur du château de Paray le Frésil (dans l’Allier) où l’auteur a officié comme secrétaire du marquis de Tracy. Éléments que l’on retrouvera dans L’Affaire Saint Fiacre. Le côté professionnel, lui, a été travaillé après une rencontre avec le commissaire Guillaume de la Police Judiciaire de Paris. Rencontre organisée pour pallier aux erreurs commises par Simenon dans son approche de la police. Maigret partage dès lors avec Guillaume sa façon de s’habiller, de se comporter et d’appréhender ses enquêtes, mélange de mise à distance des faits et de position d’attente dans le but d’exploiter la moindre faille du ou des suspects.

Entre 1931 et 1972, Simenon publiera pas moins de 75 romans et 28 nouvelles narrant les enquêtes du commissaire à la pipe. Le succès à l’international de ces écrits engendrera très vitre pléthore d’adaptations cinématographiques dès 1932 et télévisées à partir de 1950 à travers le monde. Pierre Renoir, Harry Baur, Albert Préjean, Michel Simon, Jean Gabin et bientôt Gérard Depardieu, Charles Laughton, Gino Servi et Heinz Rühmann incarneront Maigret au cinéma quand Jean Richard, Bruno Cremer, Rupert Davies, Michael Gambon, Rowan Atkinson, Henri Norbert, Gino Servi, Kinya Aikawa,  Jan Teulings,  Boris Tenine,  Herbert Berghof, Luis van Rooten, Luis van Rooten, Louis Arbessier,  Sergio Castellitto, Boris Tenin,  Mikhail Danilov,  Armen Djigarkhanian, Rudolf Hrušínský,  Radovan Lukavský, Jiří Schwarz et Ljuba Tadić prêteront leurs traits au commissaire pour les adaptations télévisées (séries et téléfilms).

Maigret Tend un Piège

Synopsis :

Paris. Confronté à une vague de meurtres dans le 4ème arrondissement, le commissaire Maigret décide de livrer à la presse un faux coupable espérant ainsi forcer le meurtrier à commettre une erreur qui lui sera fatale.

Critique :

S’appuyant sur le roman éponyme de Simenon, Jean Delannoy (Le Baron de l’Écluse), qui participe également au scénario avec Michel Audiard (Le Bateau d’Émile) et Rodolphe-Maurice Arlaud (Maigret et l’Affaire saint Fiacre), s’attache à décrire un Paris populaire fait de commerces de proximité, de ruelles plus ou moins malfamées où tout le monde se connaît et se côtoie. Ce même Paris mis en opposition avec celui plus froid, du Paris de la petite bourgeoisie où le Mal a pris ses quartiers. La photographie signée Louis Page (Rue des Prairies) et les mises en scène des meurtres renvoient elles aussi au Londres de 1888 et aux exactions de Jack l’éventreur. C’est également pour lui l’occasion de décrire les méthodes policières en vigueur et plus spécialement celles du 36 quai des Orfèvres auquel appartient Maigret. Les enquêtes de voisinage et les interrogatoires tendus s’enchaînent sans temps mort, bien servis par la gouaille des acteurs et des actrices. Il va sans dire que le casting est impeccable avec en tête d’affiche un Jean Gabin incarnant à la perfection un Maigret bien plus dans l’action que sa version littéraire, une Annie Girardot tout en froideur et surtout un Jean Desailly parfait dans son rôle d’homme écrasé par le poids d’une mère castratrice.

Maigret Tend un Piège est à ce jour une des meilleurs adaptations cinématographiques des enquêtes du célèbre commissaire, une réussite qui sera renouvelée l’année suivante avec Maigret et l’Affaire Saint Fiacre.

Edition blu-ray :

Ce ne sera pas une surprise pour personne mais une fois de plus Coin de Mire signe là une édition superbe. Outre la qualité du coffret digibook incluant un blu-ray, un dvd, un livret de 24 pages cousu au boîtier, 10 photos d’exploitation et une affichette, le film nous est proposé dans une copie restaurée avec soin au noir et blanc sublime et à l’absence totale de défaut (hormis l’apparition fugace de deux lignes verticales à peine visibles). La bande-son, quant à elle, est puissante et sans souffle.

Pour l’immersion dans l’année ’58, choisissez de visionner avant le film la bande-annonce de Maxime de Henri Verneuil, le journal Pathé de la 5ème semaine de 1958 et les réclames de 1958 pour les marques Brochet, Rhodia, Rosso Antico, Bic, Volkswagen, Monsavon, Ribet Desjardin, Superlait

Maigret Tend un Piège est disponible ici.

Maigret et l’Affaire Saint Fiacre

Synopsis :

La comtesse de Saint Fiacre fait appel aux services du commissaire Maigret après avoir reçu une menace de mort. L’occasion pour ce dernier de se replonger dans les souvenirs d’un village auvergnat qui l’a vu grandir.

Critique :

Pour la seconde adaptation cinématographique mettant en scène Jean Gabin dans le rôle du commissaire divisionnaire Maigret, Jean Delannoy prend quelques libertés avec le roman éponyme, notamment dans la façon dont le policier est saisi des faits mais également dans la résolution de l’enquête. L’affaire Saint Fiacre est l’un des rares romans où Maigret subit plus qu’il ne domine les faits, comme engourdi par le poids des souvenirs. Situation irréaliste et irréalisable au cinéma, d’autant plus lorsqu’un monstre sacré du septième art incarne le rôle titre. Delannoy filme un Maigret agressif dans son enquête, n’hésitant pas à malmener ses interlocuteurs et à les confronter dans un final théâtral au possible. Le réalisateur parvient à créer une atmosphère lourde et inquiétante au sein d’un château vide de meubles où repose la dépouille de la comtesse. Le fantastique n’est jamais très loin. Là où Delannoy se montre fidèle au roman, c’est dans l’évocation des souvenirs du commissaire sous-entendant ainsi que sous la carapace du flic endurci se cache un petit garçon qui n’a rien oublié de Saint Fiacre.

Ce Maigret et l’Affaire Saint Fiacre est un très bon cru, doté d’un casting de grande classe, chacun des acteurs incarnant son personnage avec conviction.

Edition blu-ray :

Une fois n’est pas coutume, la copie proposée ici se révèle moins éblouissante que celles auxquelles Coin de Mire nous avait habitué jusqu’ici. Malgré cela, nous restons quand même sur du très bon travail de restauration. Si le générique laisse présager du pire, la copie s’améliore au fil des minutes pour atteindre par moment une certaine certaine excellence. La bande-son est parfaite, claire et puissante.

« La Séance Prestige » vous propose de vous plonger dans l’année ’59 avec le journal Pathé de la 36ème semaine de 1959, la bande-annonce de Le Baron de L’Écluse de Jean Delannoy et les publicités pour les marques Miko, Krema, Jean Mineur, Gibbs, Sous le signe de Paris, Nescafé, Boom Hec 1959, Colgate, Peter Pan, Toulouse Stylos, Rapid neuf.

Maigret et l’Affaire Saint Fiacre est disponible ici.

Maigret Voit Rouge

Synopsis :

Maigret est cette fois-ci confronté à des gangsters américains venus à Paris régler leurs comptes.

Critique :

Pour ce troisième et dernier volet des enquêtes du commissaire Maigret incarné par Jean Gabin, Jean Delannoy passe la main à Gilles Grangier avec qui la star a déjà travaillé à de nombreuses reprises (Le Rouge est Mis, Le Cave se Rebiffe…). Inspiré du roman Maigret, Lognon et les Gangsters, le film peut être vu comme une réponse aux films policiers américains. Dès le début du film, Maigret est prévenu par un suspect qu’il « va se casser la gueule » car les gens qu’il traque sont autrement plus dangereux que les meurtriers français, taxés d’artistes et d’amateurs. Sous-entendu que les criminels et policiers américains sont bien plus durs que leurs homologues français. Le réalisateur va donc leur opposer des flics du 36 taillés dans le roc, aux mines patibulaires. De ceux que l’on n’aimerait pas croiser de nuit dans une ruelle sombre. Même les agents, habituellement traités avec peu d’égard sont ici représentés sous leurs meilleurs atours, agissant comme une véritable armée (cf. la scène du marché couvert). C’est là la grande réussite du film. Bien qu’un peu confuse, le nombre de belligérants et le coup de théâtre final n’y sont pas étrangers, l’intrigue reste agréable à suivre grâce notamment à un rythme enlevé. L’autre atout du film est l’abattage des acteurs, bien dans leur rôle. Gabin continue de promener sa silhouette fatiguée et sa mine bougonne dans le Paris des années 60 avec toujours autant de présence. Quant aux autres, Marcel Bozzuffi, Michel Constantin et Jacques Dynam en tête, ils s’imposent au milieu d’un casting de choix où l’on retrouve des habitués du genre, comme Paul Frankeur, ou encore Françoise Fabian (Un Condé), Paulette Dubost (Maigret Tend un Piège) et Laurence Badie (Razzia sur la Chnouf).

Même si Maigret Voit Rouge peut-être considéré comme le plus « faible des trois Maigret avec Gabin, il n’en demeure pas moins un solide divertissement qu’il serait dommage de louper.

Edition blu-ray :

Retour aux affaires pour Coin de Mire avec ce Maigret Voit Rouge en tout point remarquable. Le noir et blanc est magnifique, le niveau de détail élevé. La bande-son est également de très bonne qualité avec une belle mise en valeur de la musique de Michel Legrand et Francis Lemarque.

Envie d’un retour en ’63? Optez pour « La Séance Prestige » avec le journal Pathé de la 38ème semaine de 1963, la bande-annonce de La Chasse à l’Homme d’Edouard Molinaro et enfin les publicités pour Nuts, Crunch, Galliot d’Isigny, Jean Mineur, Radiola, Bendor , Calor, Kodak, Gulf et Jean Mineur.

Maigret Voit Rouge est disponible ici.

Points communs à ces trois éditions : un livret, dix photos d’exploitation et une affichette du film.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :