Maniac Cop – William Lustig / Larry Cohen

Maniac Cop – William Lustig / Larry Cohen

Synopsis :

Une vague de meurtres ensanglante les rues de New-York. Le lieutenant Franck MacCrae, persuadé que l’auteur des crimes est un policier, mène l’enquête.

Critique :

Que se passe-t-il lorsque trois esprits issus du cinéma de genre et débordant d’idées créatives se télescopent ? On obtient un film comme Maniac Cop, rencontre improbable entre obsessions urbaines, film noir, néo-noir et slasher !

James Glickenhaus commence sa carrière comme réalisateur en 1975 avec The Astrologer. Mais c’est avec le suivant qu’il se fera définitivement connaître des aficionados du genre. The Exterminator, vigilante movie à l’action débridée et aux dialogues peu nombreux, est d’une efficacité sans faille et marque les esprits. Suivront les sympathiques Le retour du Chinois avec Jackie Chan et Blue-Jean Cop avec Sam Elliott et Peter Weller. En 1988, il bascule dans la production en créant Shapiro-Glickenhaus Entertainment. Maniac Cop sera le premier film produit par la toute jeune société.

L’idée de Maniac Cop voit le jour dans le cerveau en perpétuel effervescence du réalisateur / scénariste / producteur Larry Cohen (Meurtres sous Contrôle). Imaginé dans un premier temps comme une suite au Maniac de William Lustig, le projet va très vite prendre son indépendance après une rencontre fortuite entre les deux hommes. ces derniers seront amenés de nouveau à travailler ensemble sur les deux suites de Maniac Cop et sur Uncle Sam, film d’horreur complétement barré qui voit un soldat, tué au Koweït, revenir d’entre les morts pour punir ceux qui ne respectent pas les valeurs américaines (!).

Au moment de se voir proposer le scénario de Maniac Cop par celui qui deviendra un ami, William Lustig sort de deux réalisations qui lui vaudront un culte toujours aussi fort, Maniac, voyage au cœur du cerveau malade d’un psychopathe et Vigilante – Justice sans Sommation, vigilante movie sans concession. Une réputation qui ne se démentira pas avec Psycho Killer et son tueur martyrisé durant l’enfance par son flic de père.

Comme je me plais à le répéter ici et là, le film policier a été de tout temps un reflet de la société et de la politique intérieur du pays où l’action se déroule. Tout comme un certain cinéma d’horreur, fantastique ou de science-fiction. Il suffit de se pencher sur Invasion Los Angeles d’un certain John Carpenter, avec sa répression policière au service d’un État capitaliste, pour s’en convaincre.

Manica Cop, au confluent du polar et du slasher, fait partie de ces films qui mixent avec brio différents codes propres à certains genres. Il faut une grande connaissance de ces derniers pour les équilibrer entre eux. Larry Cohen et William Lustig y parviennent parfaitement.

« To Protect and to Serve »

Maniac Cop puise son inspiration dans le néo-noir et sa défiance populaire envers des forces de l’ordre sensées protéger les citoyens. Les mesures gouvernementales des années Reagan, prônant un combat sans merci contre la criminalité, couplées à une notion d' »immunité qualifiée » pour les officiers de police qui empêche la « Justice de les poursuivre pour des actions discrétionnaires dans l’exercice de leurs fonctions » (Jesse Jannetta), font que certains des membres des forces de l’ordre usent et abusent de la force. Cette peur de la tenue bleue est matérialisée à de nombreuses reprises dans Maniac Cop notamment lors d’interviews de passants diffusées à la télévision au cours d’une scène entre les flics MacCrae et Ripley.

Mais le néo-noir n’est pas la seule source d’inspiration de Maniac Cop. Plus étonnant, il convoque l’une des figures récurrentes du film noir, dont Alfred Hitchcock s’est fait une spécialité (Les 39 Marches). Je veux bien évidemment parler de l’innocent accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, traqué par la police mais également par le véritable meurtrier, et qui se lance à la recherche de la vérité dans le but de se disculper. Ici, puisque tout se passe « en famille », c’est un flic qui est soupçonné d’être un tueur de flics. Il entraînera dans sa fuite sa maîtresse, mais également l’inspecteur chargé de l’enquête. Si le tueur reste une menace pour eux et la population, ces trois individus se retrouvent vite lâchés par une hiérarchie et une administration prêtes à les sacrifier pour répondre à une pression politique croissante. Idée renvoyant, une fois de plus, au néo-noir des années ’70 et à sa dénonciation d’une police abandonnée et livrée à elle-même (L’Inspecteur Harry).

La figure criminelle prend ici les traits d’un tueur comme l’on en rencontre très régulièrement dans le slasher. Insaisissable, disparaissant comme par magie, apparemment invincible, adepte du couteau mais ne faisant pas l’impasse sur d’autres objets contondants ou tuant à l’occasion à mains nues, il est comme ses « collègues de jeu » assez inventif. Dans la grande famille des tueurs hantant les films d’horreur, Matt Cordell, Maniac Cop pour les intimes (vous noterez d’ailleurs que les deux premières lettres de son prénom et de son nom sont les deux premières lettres des deux mots composants le titre), se rapproche plus d’un Michael Myers que d’un Jason Voorhees ou d’un Freddy Krueger. En effet, sa « naissance » n’a rien de surnaturelle mais est plutôt la conséquence d’un abandon par les autorités de son statut de policier lors de son incarcération. Avec les conséquences que l’on connaît. Son personnage est d’autant plus intéressant qu’en plus d’être lui-même une victime du Système, il continue de « jouer » au policier, comme le ferait un enfant, mais avec une perception de la réalité totalement tronquée. Ces petites touches intelligemment amenées par le réalisateur et le scénariste étoffe le personnage et en fait autre chose qu’un bourrin décérébré.

« On a pas de pétrole mais on a des idées »

Parlons-en d’ailleurs de la réalisation. Maniac Cop, à l’instar des autres productions de William Lustig et de Larry Cohen, n’a pas bénéficié de moyens financiers démesurés. Mais ce n’est pas le genre de détail qui va arrêter les deux hommes. L’action étant sensée se dérouler à New York mais les coûts de tournage y étant trop élevés, l’équipe technique prend la direction la Côte Ouest et la ville de Los Angeles aux tarifs bien plus abordables. Charge à Lustig de se dépatouiller pour faire croire aux spectateurs que l’on se trouve bien sur la Côte Est. De fait, la plupart des plans seront filmés, sans autorisation, dans des ruelles ou des rues désertées de toute figuration, de jour comme de nuit, sans qu’aucune identification des lieux ne soit possible. Avec pour conséquence inattendue de faire baigner l’entièreté du film dans une atmosphère proche de la fantasmagorie, du rêve ou plutôt du cauchemar.

Pour donner corps aux différents protagonistes, rien d’étonnant de retrouver au générique des acteurs connus et adulés, pour certains, par les aficionados du films d’horreur. Ainsi, dans le rôle de MacCrae, nous retrouvons Tom Atkins qui a plus d’une fois tourné sous la direction de John Carpenter (Fog, New York 1997), de William Peter Blatty (La Neuvième Configuration) ou de George A. Romero (Bruiser). Autre visage familier, Bruce Campbell, tout juste sorti des bois de Evil Dead 2 et qui se retrouve une fois de plus pourchassé, non par un esprit mais par un tueur impitoyable. Justement, ce dernier prend les traits d’un Robert Z’Dar devenu immédiatement culte pour toute une génération. Richard Roundtree, éternel Shaft, et William Smith, pugiliste dur au mal face à Clint Eastwood dans Ça Va Cogner, viennent compléter un casting de gueules comme on en fait plus. Laurene Landon, vue dans Hundra et The Stuff, apporte un peu de féminité à l’ensemble. A noter les apparitions de William Lustig en patron de motel et de Sam Raimi en reporter.

Efficace, sans temps mort, inventif et toujours cohérent, Maniac Cop est l’archétype même de la Série B agréable dont il est impossible de se lasser même après de très nombreux visionnages.

Fiche technique :

  • Réalisation : William Lustig
  • Scénario : Larry Cohen
  • Photographie : James Lemmo et Vincent J. Rabe
  • Montage : David Kern
  • Musique : Jay Chattaway
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Horror-noir
  • Durée : 85 minutes

7 thoughts on “Maniac Cop – William Lustig / Larry Cohen

  1. J’ai une furieuse envie de me faire arrêter par ce Maniac Cop après avoir lu ton article ! Javais vu Maniac de Lustig, un film dérangeant et remuant. Lustig est par ailleurs un type étonnant, fasciné par les traumas et les évincés de la société.
    Il se trouve que j’ai le coffret avec les trois films mais que je n’ai toujours pas pris le temps de les explorer. Je crois qu’il est plus qu’urgent que je remette le badge. 😉

    1. Le premier est un indispensable du genre. Le second est dans la continuité du premier mais il a pour lui une vraie prise de risque au niveau du casting. On va pas se mentir, mais pour le troisième, tu peux faire plein de trucs à côté, c’est pas bien grave !

  2. « Vous avez le droit de garder le silence… pour toujours ! »
    Pas besoin de passer par la case prison pour boire tes paroles ! « Maniac Cop », c’est à la fois un film d’action bien balancé, un slasher très original et un renversement subversif des valeurs (faire d’un flic un boogeyman, tout est dit). Comme tu le soulignes, le casting a vraiment de la gueule. J’ajouterais à ta liste le nom de Sheree North, une actrice méconnue mais qui m’a fortement marqué chez Michael Winner (« L’Homme de la Loi »), Don Siegel (« Charley Varrick »), John Flynn (« The Outfit »), Tom Gries (« L’Évadé »)…
    Suite parfois aussi kamikaze qu’une prod HK des années 80/90, « Maniac Cop 2 » est également à redécouvrir d’urgence. En revanche, je n’ai toujours pas vu le 3 (pas une réussite apparemment…).
    Sinon, j’aime aussi beaucoup Robert Z’Dar (l’invincible ?) dans « Tango & Cash » !

    1. Sheree North que je vais bientôt retrouver à l’occasion de la chronique de The Outfit, justement. Mais avant toute chose, un petit détour par Maniac 2 s’impose ! Il va me falloir de la Benzedrine pour tenir physiquement devant ce tombereau de reviews en attente lol

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