Mark Dixon, Détective (Where the Sidewalk Ends)

Mark Dixon, Détective (Where the Sidewalk Ends)

Synopsis : Mark Dixon, détective à New York, enquête sur la mort d’un riche texan, poignardé à l’issue d’une partie de dés qui a tourné à son avantage. Au moment d’appréhender le principal suspect, il le tue en état de légitime défense et décide de cacher le corps.

Critique : Otto Preminger jouit d’une certaine réputation, grâce à Laura (1944), avec déjà Dana Andrews et Gene Tierney, lorsqu’il adapte le roman de William L. Stuart en 1950 sur un scénario de Ben Hecht (La Maison du Docteur Edwards, Gilda, Duel au Soleil…). Et contrairement à bon nombre de films noirs de l’époque, le réalisateur aura à sa disposition un budget conséquent pour mener à bien son projet.

Oublions donc, la mise en scène statique, les décors peu nombreux et la figuration quasi nulle. Otto Preminger élabore de savants mouvements de caméras alternant plongées/contre-plongées et plans séquences afin de mieux coller à ses personnages mais aussi pour se démarquer des classiques du genre lorgnant vers le minimalisme dû à des budgets parfois serrés. Autre aspect qui saute aux yeux, les décors sont démultipliés. A chaque scène un nouveau décor. Nous passons de la suite d’un hôtel transformée en tripot d’un soir à une chambre miteuse, d’un commissariat de police à l’appartement de la belle. Sans oublier les ruelles sombres, les entrepôts, la gare, les scènes en voiture… Et n’allez pas imaginer que ces différents lieux sont vides. Non, Preminger y fait vivre une véritable foule. Les seconds rôles sont légions et participent tous à l’action. Chacun d’eux à son importance, soit pour faire avancer l’histoire soit pour mettre en valeur les personnages principaux (le chauffeur de taxi, la serveuse du restaurant…). Mark Dixon évolue dans un monde peuplé ce qui a pour conséquence de faire ressortir encore plus sa solitude.

Parce que oui, Mark Dixon est seul. Flic brutal, il s’attire les foudres de sa hiérarchie et la méfiance de ses collègues. Il agit en solitaire, toujours dans l’action, sans réflexion. Il faut dire qu’il a un but, une obsession. Effacer la filiation qui le lie à son père, escroc reconnu. Et pour se faire, il n’a qu’une mission. Arrêter Tommy Scalise (Gary Merill), important truand de New-York qui a été lancé dans le « métier » par le propre père de Dixon. Mais la violence dont use parfois Dixon vont le mener à tuer un homme, soupçonné de meurtre. Et sa filiation, une fois de plus, va lui sauter au visage. Il n’est plus un défenseur de la loi mais un meurtrier. Et il va agir comme tel, en cachant le corps. Puis en essayant de faire accuser les hommes de Scalise. Il échouera et ce sera un innocent qui sera arrêté.

C’est là qu’entre en scène Morgane Taylor (Gene Tierney), séparée du mort depuis peu et fille de l’homme accusé du meurtre commis par Dixon. Ce dernier tombe immédiatement amoureux d’elle et tente de faire innocenter son père tout en tentant de faire accuser Scalise. Devant l’amour que lui porte la jeune femme et son impossibilité à en finir avec Scalise, Dixon ira jusqu’au « sacrifice » pour sauver le père de sa bien-aimée et conserver l’amour de cette dernière. D’où un happy-end peu répandu dans le Film Noir mais somme toute naturel dans cette histoire de rédemption.

Dana Andrews incarne à la perfection ce policier brutal, sans concession, qui ne distingue plus le bien du mal dans sa quête éperdue de rachat. Gene Tierney met toute sa beauté au service de la candeur de son personnage avec naturel. Gary Merill, en truand sur de lui est parfait. Son jeu, tout en ambiguïté, nous rappelle qu’un personnage homosexuel a été ôté du script original et semble s’être confondu confondu avec le sien. Karl Malden, dont c’est le huitième film, est parfait dans le rôle du supérieur hiérarchique de Dixon. C’est de lui que vient la retenue dont s’oblige parfois par Dixon dans ses actions mais Malden finira par employer les mêmes méthodes que son détective pour faire éclater la vérité. Mention spéciale à Ruth Donnelly, en propriétaire du restaurant où Dixon a ses habitudes, pour ses échanges savoureux avec ce dernier.

Mark Dixon, Détective, de par sa mise en scène et la qualité de son interprétation, n’est pas qu’un grand Film Noir. C’est aussi le drame d’un homme croulant sous le poids de sa filiation et l’histoire de sa rédemption.

Edition Blu-ray : Le film nous est présenté dans une très belle copie à l’image quasi parfaite et à la VO très claire. Le tout présenté dans un magnifique coffret signé Wild Side.

Fiche technique :

  • Réalisation : Otto Preminger
  • Scénario : Ben Hecht
  • Montage : Louis Loeffler
  • Pays d’origine : Etats-Unis
  • Format : Noir et blanc
  • Durée : 95 mn

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