Même les Assassins Tremblent (Split Second)

Même les Assassins Tremblent (Split Second)

Synopsis : Deux évadés d’un pénitencier et leur complice prennent plusieurs personnes en otage et trouvent refuge dans une ville fantôme du désert du Nevada. Désert où l’armée s’apprête à tester dès le lendemain une bombe atomique.

Critique : Novembre 1952. Pas moins de deux essais nucléaires sont réalisés par l’armée américaine dans la course à l’armement que les Etats-Unis et l’URSS se livrent depuis le début de la Guerre Froide. Mais c’est probablement l’essai connu sous le nom de Trinity, effectué en 1946 dans le désert du Nouveau-Mexique, qui inspirera Irving Wallace et Chester Erskine pour écrire l’histoire qui deviendra Même les Assassins Tremblent.

Très vite attiré par l’écriture, Irving Wallace publie quelques histoires pour divers magazines avant de s’engager dans l’armée. Incorporé à Fort Fox, dans la même unité que Frank Capra et Theodor Seuss Geisel, il finit par rejoindre la First Motion Picture Unit de l’Air Force, unité où ont également servi William Holden, Clark Gable ou encore John Sturges. Après guerre, il se rend tout naturellement à Hollywood et signera quelques scénarios, dont Même les Assassins Tremblent, avant de se tourner définitivement vers la littérature. Dans sa tâche, Wallace sera secondé par le duo Chester Erskine / William Bowers, deux scénaristes issus du monde du théâtre, qui marquera de son empreinte le film de par le traitement en quasi huis-clos du récit.

La réalisation de Même Les Assassins Tremblent est confiée à un débutant, Dick Powell. Débutant uniquement comme réalisateur, car Dick Powell, l’acteur, est un vrai vétéran du film noir ayant été dirigé par de grands noms du genre. Adieu, ma Belle, où il tient tout de même le rôle de Philip Marlowe, et Pris au Piège d’Edward Dmytryk, L’Heure du Crime de Robert Rossen, Pitfall d’André de Toth, L’Implacable de Robert Parrish et Les Ensorcelés de Vicente Minnelli lui ont permis d’acquérir l’expérience suffisante pour se lancer dans l’aventure. D’autant plus qu’il s’appuie sur le savoir-faire de Nicholas Musuraca (La Femme au Gardénia), directeur de la photographie dont le travail a toujours été fortement influencé par l’expressionnisme allemand.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Dick Powell a été un élève assidu tant il maîtrise de bout en bout sa réalisation tout en jouant avec les codes du film noir.

La grande force du film est d’enfermer dans un seul et même lieu des individus aussi différents qu’un journaliste, une entraîneuse, un médecin et son épouse accompagnée de son amant, un vieil ermite et de les confronter à leurs ravisseurs, véritables révélateurs de leur nature profonde. Sous les coups de boutoir d’un chef de gang hyper violent n’ayant plus foi en la nature humaine, les apparences, souvent trompeuses, vont voler en éclat devant la caméra de Powell, prête à saisir les moindres faiblesses et forces de chacun. Les plus scrutées par le réalisateur restent cependant les femmes. L’entraîneuse, dont on comprend qu’elle a eu à certains moments de son existence à vendre son corps pour vivre, refuse de se donner au premier venu pour sauver sa vie, alors que la femme du monde est elle prête à le faire et à abandonner son amant par peur de mourir. Les hommes conservent tout leur courage face à l’adversité, époque oblige, mais en deviennent bien moins intéressants, exception fait du méchant interprété par un Stephen McNally totalement habité.

Ne dit-on pas que plus un méchant est réussi et plus le film est réussi? Preuve en est faite ici avec Sam Hurley, héros vétéran de la seconde guerre mondiale, braqueur de fourgons blindés, meurtrier et accessoirement évadé. Capable d’une violence inouïe la plupart du temps inutile, considérant les hommes comme des ennemis et les femmes comme des objets, il est capable de tendresse fraternelle pour son vieux compagnon d’arme blessé. Sollicitude qui l’oblige à devenir preneur d’otages et à se retrouver isolé dans un endroit voué à l’anéantissement signant ainsi son arrêt de mort.

Cette fine étude psychologique n’est en rien plombée par une mise en scène que l’on aurait pu craindre statique. Chaque mouvement de caméras, chaque déplacement des personnages contribuent à rendre le tout extrêmement dynamique et on ne sent à aucun moment Dick Powell gêné par les quatre murs qui retiennent ses personnages confinés. Entre des scènes au suspens plus que tendu, une rapide fusillade et une bagarre à la violence sèche, le spectateur n’a jamais le temps de trouver le temps long. Et comme si la situation n’était pas assez dramatique, l’imminence d’une explosion atomique, qui aura lieu quoi qu’il arrive, crée un sentiment d’urgence supplémentaire.

Face à un Stephen McNally (Pour Toi J’ai Tué, Les Inconnus dans la Ville) à la prestance indiscutable, il était nécessaire pour la crédibilité de l’histoire d’avoir des personnages tout aussi bien écrit. Là encore, c’est une réussite. Les deux personnages féminins aux caractères diamétralement opposés sont parfaitement incarnés par Alexis Smith (La Mort n’était pas au Rendez-vous) et Jan Sterling (Plus Dure Sera la Chute). Quant à leurs partenaires masculins, chacun tient son rang avec talent.

Une excellente série B au rythme soutenu et au suspense parfaitement entretenu doublé d’une brillante étude de caractères. Pour une première réalisation, Dick Powell fait preuve d’une très belle maîtrise. A découvrir de toute urgence.

Edition dvd :

Les Éditions Montparnasse, par le biais de leur collection consacrée à la RKO, nous propose de découvrir Même les Assassins Tremblent dans des conditions certes pas optimales mais suffisamment flatteuses pour que l’on se laisse happer par l’histoire. Les images manquent parfois de netteté et le niveau de détail n’est pas très élevé. Les images d’archives sont naturellement plus abîmées. Néanmoins, le noir et blanc sait se montrer à l’occasion à son avantage. La bande-son, uniquement proposée en version originale, est claire, sans souffle et par moment puissante.

Du côté des bonus, nous avons droit à une courte présentation du film par Serge Bromberg.

Fiche technique :

  • Réalisateur : Dick Powell
  • Scénaristes : William Bowers et Irving Wallace
  • Musique : Roy Webb
  • Photographie : Nicolas Musuraca
  • Montage : Robert Ford
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Film Noir
  • Durée : 85 mn

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