Meurtre sous Contrat (Murder by Contract)

Meurtre sous Contrat (Murder by Contract)

Synopsis :

Désireux de changer d’existence, Claude se lance dans une nouvelle voie professionnelle : celle de tueur à gage. Après avoir fait ses preuves, il reçoit pour contrat d’abattre un témoin capital qui doit témoigner devant le grand jury.

Critique :

Cela fait des mois, voire des années, que je m’évertue à répéter ici et ailleurs que les séries B, terme quelque peu dévoyé de nos jours, ont été un formidable tremplin pour une génération de réalisateurs et d’acteurs encore en devenir. Si elles ont vu le jour durant l’âge d’or hollywoodien c’est bien dans les années 40/50 qu’elles ont gagné leurs lettres de noblesse. Pour faire simple, une série B est un film relativement court, entre 70 et 90 minutes, diffusée au cinéma en deuxième partie de programmation après la série A. Le budget d’une série B est famélique, les moyens techniques réduits à leur plus simple expression. Ces restrictions poussent les réalisateurs à créer, tenter, en d’autre terme faire preuve d’inventivité. Et s’il est bien un film qui représente à lui seul la série B, c’est bien Meurtre sous Contrat.

L’histoire de Meurtre sous Contrat est l’oeuvre de Ben Maddow. Si sa carrière en temps que réalisateur reste anecdotique, c’est comme scénariste que ce dernier a marqué les esprits. Rien moins que Traquée, déjà une série B efficace avec Glenn Ford, Quand la Ville Dort, film noir, encore, réalisé par John Huston, L’Equipée Sauvage avec Marlon Brando, Quand la Marabunta Gronde avec Charlton Heston et des milliers de fourmis, sont à mettre à son crédit. Et je ne parle pas de Johnny Guitar, Le Vent de la Plaine ou encore La Route de l’Ouest. Malgré son excellent travail, il ne sera pas crédité pour la totalité des films sur lesquels il a travaillé en raison de son inscription sur la liste noire de Hollywood au cours des années 50. Seul Ben Simcoe (Bomb in the High Street), dont c’est ici le premier scénario, aura l’honneur de voir son nom au générique.

La réalisation de Meurtre sous Contrat, produit par la Orbit Productions, est alors confiée à Irving Lerner. Ce dernier vient au cinéma un peu par hasard après avoir œuvré de très nombreuses années dans le documentaire animalier puis politique et enfin comme soutien aux troupes durant la seconde guerre mondiale. La réalisation (au cinéma et à la télévision) n’est qu’une infime partie de la carrière de ce touche à tout qui portera la casquette de producteur pour Custer, l’Homme de l’Ouest avec Robert Shaw, de monteur et réalisateur de seconde équipe pour Spartacus de Stanley Kubrick et monteur pour New-York, New-York de Martin Scorsese. Lerner mourra alors qu’il travaillait sur ce film et ce dernier lui sera dédié.

Comme je l’affirmais plus haut, Meurtre sous Contrat est l’archétype même de la série B réussie. Pour pallier à un budget famélique, Lerner va s’appuyer sur un scénario simpliste pouvant être résumé en quelques mots : un tueur doit tuer un témoin gênant. Point! Dès lors, le réalisateur peut réduire drastiquement le nombre de lieux de tournage d’autant plus que la potentielle victime est assignée à résidence, le nombre de protagonistes et quasiment supprimer toute figuration. Après une entrée en matière où le personnage nous est présenté comme un être froid, calculateur, malin et professionnel malgré son inexpérience au travers de dialogues avec son futur employeur, de son quotidien rythmé par son réveil et ses entraînements (dont s’inspirera Scorsese pour son Taxi Driver), Lerner nous perd quelque peu en nous imposant de longues séquences où notre tueur se balade le long de la côte ouest en compagnie de deux comparses imposés par le commanditaire. Il est évident qu’ici le but n’est que de remplir de la pellicule pour atteindre une durée de film optimale. Malgré tout, le charme opère grâce à un ton léger que vient clore une explication en forme de pirouette finalement crédible (vérifier qu’ils ne soient pas suivis par les autorités) et surtout par l’ajout d’une musique planante signée Perry Botkin Jr., digne de la Nouvelle Vague française, qui accompagnera les déplacements de notre « héros ».

La seconde partie, consacrée à la préparation de l’assassinat et à ses tentatives, est plus enlevée tout en conservant son côté bricolé. Les méthodes inventées par le tueur pour abattre sa cible sont toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Voyez plutôt : l’explosion de la télé via les lignes à haute tension, le fusil à lunette après avoir allumé un feu de broussaille à l’aide d’un arc et des flèches enflammées et finalement se résoudre à pénétrer dans la maison surveillée via les égouts pour se substituer à un policier en charge de la surveillance et tenter d’étrangler la cible. Et toujours cette drôle de musique… Seule la mort du tueur qui renvoie à Il Marchait le Nuit et au Troisième Homme nous permet de classer ce film dans le genre du film noir. Complètement déstabilisé par le ton inclassable du film, la critique et les spectateurs de l’époque lui ont tourné le dos, le faisant ainsi tomber dans l’oubli. Il a fallu plusieurs années et un certain Martin Scorsese pour que Meurtre sous Contrat retrouve la lumière. Il faut dire que le réalisateur de Les Affranchis a placé ce film dans sa liste des plaisirs coupables, ce qui n’est pas une mince reconnaissance (par ici).

Casting réduit à sa plus simple expression mais casting de qualité. Vince Edwards vu auparavant dans Nuit de Terreur et L’Ultime Razzia est très bon dans ce rôle de tueur sans émotion intéressé uniquement par l’argent qu’il doit épargner pour s’acheter une maison. Herschel Bernardi (Irma la Douce) et Phillip Pine (Nous Avons Gagné ce Soir) forment un duo complémentaire et nous gratifient de dialogues savoureux. Côté actrices féminines, force est de constater que Caprice Toriel et Kathie Browne ne font ici que de la figuration.

Vous l’aurez compris, avec Meurtre sous Contrat Irving Lerner nous sert un film noir jamais crédible mais toujours divertissant que le spectateur suit comme dans un rêve porté par une musique entêtante. Une sorte de trip noir finalement jubilatoire.

Fiche technique :

  • Réalisation : Irving Lerner
  • Scénario : Ben Simcoe, Ben Maddow
  • Musique : Perry Botkin Jr.
  • Photographie : Lucien Ballard
  • Montage : Carlo Lodato
  • Pays : États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 81 minutes

2 thoughts on “Meurtre sous Contrat (Murder by Contract)

  1. Je ne sais pas pourquoi, je rapproche toujours ce film-ci de « Blast of Silence » mais je lui préfère ce dernier.

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