Meurtres à Calcutta (Calcutta) de John Farrow

Meurtres à Calcutta (Calcutta) de John Farrow

Synopsis :

Leur ami lâchement assassiné, Neale Gordon et Pedro Blake, deux aviateurs américains, se lancent à la poursuite du meurtrier à travers les rues de Calcutta.

Critique :

L’année 1947 marque un tournant dans la filmographie de John Farrow. La seconde guerre mondiale a pris fin. Le réalisateur a contribué à l’effort de guerre durant cette période sombre de l’histoire en louant l’héroïsme des soldats américains et ce dès 1942. La Sentinelle du Pacifique, Le Commando Frappe à l’Aube, Le Défilé de la Mort et le documentaire Hitler et sa Clique n’ont eu d’autre but que de galvaniser les troupes et maintenir le public dans un état d’esprit guerrier et revanchard. Aujourd’hui, les soldats ont soigneusement rangé leurs uniformes et déposé les armes avant de retourner à la vie civile. Ils ne disparaissent pas pour autant des écrans de cinéma. Nous les retrouvons en effet à de nombreuses reprises dans le film noir, genre auquel John Farrow va participer à donner ses lettres de noblesse en nous livrant quelques pépites. La Grande Horloge, Les Yeux de la Nuit, Un Pacte avec le Diable ou bien encore Voyage sans Retour sont de celles-là.

Meurtres à Calcutta peut être considéré comme un trait d’union entre la période guerrière et celle consacrée au film noir du réalisateur. Seton I. Miller (Les Aventures de Robin des Bois, Espions sur la Tamise) va en effet puiser dans la soldatesque des précédents films du réalisateur pour mieux les confronter au crime. Le stress post-traumatique des combattants apporte un plus. De Calcutta, nous ne verrons pas grand chose, la plupart des scènes se déroulant dans des palaces ou dans les entrepôts d’une base aérienne dirigée par des occidentaux. Jamais il ne sera fait mention des bouleversements politiques de l’époque qui trouble le quotidien des hindous. 1947 est l’année de l’indépendance de l’Inde. 1947 est l’année où Calcutta perd son statut de capitale au profit de New Dehli. 1947 est l’année de la première guerre indo-pakistanaise. Meurtres à Calcutta élude tout cela. Ce que le scénariste n’oublie pas, c’est de faire la part belle à la figuration chinoise. De prime abord, cela peut sembler surprenant. Mais il suffit de se rappeler que les Etats-Unis et la Chine ont en cette fin des années 40 un point commun, celui d’avoir eu à combattre durement l’Empire du Soleil Levant, pour comprendre cet sorte d’hommage appuyé.

Ce refus de tout dépaysement se retrouve également dans la photographie de John F. Seitz. Pouvait-il en être autrement lorsque l’on sait que le monsieur a auparavant « éclairé » les classiques Tueur à Gages de Frank Tuttle, Le Poison et Assurance sur la Mort de Billy Wilder ? Puis, qu’après avoir délaissé ce Calcutta de studio, s’en est retourné aux ombres des Yeux de la Nuit pour le même Farrow avant de retrouver pour la dernière fois Wilder à l’occasion de Boulevard du Crépuscule ? Non. Meurtres à Calcutta est tout sauf un film dépaysant. Si cela avait été le but recherché alors nous serions en présence d’un véritable échec artistique. Mais John Farrow est bien trop talentueux pour échouer. Alors, quelle est la raison d’être de ce film ?

On ne va pas se mentir, Meurtres à Calcutta ne brille pas par l’originalité de son scénario. Les intrigues tortueuses faites de meurtres, de vengeances et de femmes fatales sont monnaie courante dans le film noir. Et on a connu John Farrow bien plus inspiré tant sa réalisation semble ici quelque peu académique, même si elle reste diablement efficace. Non, la véritable raison d’être du film se nomme Alan Ladd. Alan Ladd, figure emblématique du genre. Alan Ladd qui forme avec la sublime Veronica Lake le couple le plus glamour du Hollywood des années 40. Le personnage qu’il incarne dans Meurtres à Calcutta, Neale Gordon, est de tous les plans et ne laisse que fort peu de place à la concurrence. Même William Bendix, qui a pourtant partagé l’affiche plus d’une fois avec la star et qui apportait une réelle plus-value, est prié de débarrasser le plancher et se retrouve envoyé par monts et par vaux comme un ami gênant dont on ne sait que faire. La gente féminine, ici représentée par deux belles créatures figurant chacune l’une des deux faces d’une même pièce, ne sert qu’à louer les qualités et les défauts de Neale de façon si appuyée que l’on se demande sérieusement si elle ne s’adresse pas en réalité directement à l’acteur Alan Ladd. Le portrait dressé est flatteur. Son ego n’en demandait pas tant.

Au générique, Alan Ladd (Le Dahlia Bleu) incarne donc avec fermeté son propre rôle. Zut! Non, c’est pas ça. Il incarne avec fermeté un homme qui n’a de cesse de démasquer le ou les coupables du meurtre de son ami quitte à se substituer aux autorités. William Bendix (L’Indésirable Monsieur Donovan) n’a que peu de temps de présence à l’écran et n’a aucun moyen d’exister véritablement. Gail Russell (Le Fils du Pendu) joue les ingénues avec talent mais on lui préfèrera June Duprez (Dix Petits Indiens) au naturel désarmant. Le reste du casting se borne à faire de la figuration.

Meurtres à Calcutta est une honnête série B qui a le mérite de divertir, même si elle ne révolutionne pas le genre. Alan Ladd est comme à son habitude parfait. Mais si vous recherchez du dépaysement dans un film noir, vous pouvez vous tourner sans hésitation vers la Syrie et Sirocco (sorti en 1951) de Curtis BernhardtHumphrey Bogart, affublé de son habituel trench coat, donne dans la contrebande.

Edition dvd :

Elephant Films nous propose de (re)découvrir Meurtres à Calcutta dans des conditions, bien qu’elles ne soient pas optimales, tout à fait honorables. Si le noir et blanc et le grain sont parfaitement gérés, si le niveau de détail est élevé et si le master rend parfaitement hommage au travail de John F. Seitz, il n’en demeure pas moins que la présence de nombreuses tâches et autres dégâts de pellicule vient quelque peu doucher notre enthousiasme. Rien de bien rédhibitoire mais l’éditeur nous a habitué à tellement mieux… Par contre, aucun problème au niveau de la bande-son, uniquement proposée en version originale sous-titrée français ou anglais, si ce n’est sur le numéro chanté de June Duprez mixé un peu bas. Pour ce qui est des sous-titres, Elephant Films nous donne à choisir entre le jaune et le blanc.

Au rayon bonus, nous retrouvons une présentation de Meurtres à Calcutta par Eddy Moine, la bande-annonce du film, un livret de 24 pages et une jaquette réversible (pour la version combo).

Meurtres à Calcutta est disponible directement auprès de la boutique Rakuten d’Elephant Films en combo blu-ray / dvd ici et en dvd ici.

Fiche technique :

  • Réalisation : John Farrow
  • Scénario : Seton I. Miller
  • Directeur de la photographie : John F. Seitz
  • Musique : Victor Young
  • Montage : Archie Marshek
  • Pays  États-Unis
  • Genre : Film noir
  • Durée : 83 minutes
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